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Zombies, un horizon de cendres

les oeuvres > L'APOCALYPSE REALISEE

Zombies, un horizon de cendres par Jean-Pierre Andrevon, Le Bélial’ éd., 2004 , 1 vol. broché, in-12 ème , 218pp. couverture illustrée par Eric Scala. roman d’expression française
1 ère  parution : 2004
l’apocalypse réalisée


Jean-Pierre ANDREVON

(1937-) Ecrivain. après des études aux Ponts et Chaussées, son service militaire en Algérie, devient enseignant. En 1969, l'écriture sera pour lui une occupation à temps plein.De nombreuses activités: journalisme, scénariste, illustrateur, écrivain. Ses premiers textes paraissent dans des fanzines, puis dans la revue "Fiction" . Publie en moyenne quatre ouvrages par an, d'abord au Fleuve Noir ou chez Denoêl.  Plutôt spécialisé dans la SF cataclysmique. Aujourd'hui travaille surtout au profit du thriller et de la littérature pour enfants. De sensibilité écologiste.

Cela avait commencé très discrètement. Le narrateur, employé dans un centre de crémation, en vit déambuler dans les prés. En rentrant, il aperçut sa fille Clémentine et sa femme Emilie absorbées par la télévision. De partout dans le monde, l’on annonçait que les morts revenaient à la vie, tels quels, dans leur état squelettique ou cadavériques. Enterrés de frais ou de longue date, ils dressaient leur carcasse pourrie, tendant de manière poignante et inoffensive leurs bras décharnés vers les vivants, comme poussés par un tropisme positif :
« Ils sortent de partout, maintenant. Pas seulement de la terre des cimetières, mais tout aussi bien d’un vieux mur de pierre, d’un tumulus, de la paroi d’un bâtiment qu’on voit se gondoler, se craqueler, avant de libérer ce qu’il contenait : une substance éthérée, demeurée longtemps, très longtemps dans le calcaire, le granit, l’humus, et transportée avec sa gaine minérale devenue remblai, terrassement, brique, mortier, ciment, ayant servi à élever un bâtiment. (…) En quelques minutes le plus souvent, on le voit se condenser. On le voit reprendre chair, ou un semblant de chair racornie, accrochée à l’armature de son squelette reformé. Les plus récents portent encore des vêtements à divers degrés de décrépitude ou de loques. Les anciens, cent ans ou plus, bien plus parfois, vont nus : écorchés couleur de bois mort. »
Sans que l’on en sût vraiment la cause, il semblerait, selon les savants, que la Terre soit entrée dans une zone magnétique inconnue que l’on baptisa la « nécrozone » dont l’effet aurait été de revitaliser toutes les dépouilles mortelles humaines depuis l’origine de l’humanité, ce qui faisait beaucoup de monde. A l’incrédulité première succédèrent les crémations, de plus en plus importantes et répandues, la seule question étant : « comment re-tuer tant de morts déjà morts ? ».L’on s‘aperçut assez vite que concasser, brûler, dissoudre, écraser ces carcasses ne servaient à rien : comme par magie, elles se reformaient, ressoudant leurs os pour se retrouver en individu complet et en état de marche.
Emilie et Clémentine en prirent leur parti et, pleines de bonnes intentions, affichaient une grande bienveillance à l’égard des zombies que l’on massacraient de partout, comme par jeu. Elles accueillirent même sous leur toit la défunte belle-mère du narrateur, au grand dam de ce dernier,  jusqu’au moment où les zombies, dans un désir légitime de devenir intelligents,  se mirent à sucer la cervelle des vivants. Ce fut lorsque le narrateur détruisit le zombie familial par le feu que sa vie bascula, ainsi que celle de tous les vivants au monde. Comme les zombies étaient en tous lieux et représentaient désormais un danger, l’on employa des moyens industriels ou militaires pour les anéantir, jusqu’à l’utilisation d’une bombe nucléaire en Chine. Mais la méthode la plus courante fut de les brûler. L’on mena des expéditions militaires à l’aide d’une milice opportunément apparue :
« Les corps étaient débarqués sur le terre-plein, par des militaires en treillis. Ils y étaient jetés  en tas obscènes, membres mêlés dans leur nudité parfois ultime de squelette. Un des camions était muni d’une benne basculante et lorsque son chargement s’est déversé presque à mes pieds, j’ai dû me détourner et reculer de plusieurs mètres, main plaquée contre ma bouche. »
Après les avoir désarticulés à l’arme lourde, ce qui les rendait inactifs pour quelques heures, les zombies étaient entassés  sur d’énormes bûchers dressés dans des stades d’où ils empuantissaient l’horizon de leurs cendres…Au bout d’une semaine, les vivants comprirent que la lutte était vaine. Les sociétés se délitèrent les unes après les autres, les nouvelles en provenance de l’étranger cessèrent. Le narrateur qui avait été obligé de quitter sa maison, se retrouva à l’intérieur d’une caserne où quelques centaines de résistants , toutes classes sociales confondues, tentaient de survivre vaille que vaille. La vie dans ce camp s’organisait sans contraintes, l’approvisionnement en nourriture  étant assurée par un centre commercial proche ; les seules occupations des assiégés étant de « casser du zombie » ou de faire l’amour :
« -Tu sais qu’il y en a qui le font avec eux ? murmure mon compagnon. – Qui font quoi ? il gratte sa panse débordante crépis de poils gris ; ses petits yeux brun-vert brillent de contentement. – Qui les baise, pardi ! J’ai dû le fixer avec une trop visible mimique d’incrédulité, car il éclate d’un rire gras. – Qui les baise, oui, a-t-il répété, content de son effet. –Tu déconnes… ce n’est pas possible. – pas possible ? Qu’est ce que tu veux dire ? Physiquement ou psychologiquement ? – je ne sais pas. Ils sont dangereux. Ils sont répugnants… - Et enculer des gosses de trois ans, ou de six mois, c’est pas répugnant ? Il y en a qui le font, pourtant… Ou qui le faisaient. Le sexe mène le monde, mon vieux. Même aujourd’hui. Et pour certains, toute expérience nouvelle est bonne à tenter. »
Le narrateur y rencontre une guerrière noire, Fatoumata, qui devint son amie, puis sa maîtresse. Avec elle, il participa à plusieurs sorties couronnées de succès mais qui laissèrent de nouveaux morts sur le terrain, lesquels devenaient de suite de nouveaux ennemis. Il constatait également que les zombies changeaient. Leurs corps étant devenus plus fermes, plus remplis, leurs yeux moins vagues, leurs gestes plus rapides et précis dénotaient l’intelligence d’un enfant de trois ans. Des myriades d’entre eux stationnaient devant la caserne. Pour desserrer le carcan et se procurer de l’essence, l’on projeta une sortie jusqu’à la zone industrielle des Mézins, ce qui tourna à la catastrophe. Peu nombreux furent ceux qui en revinrent vivants comme le narrateur et Fatoumata.Le couple savait qu’ils étaient parmi les derniers humains « normaux » sur terre. Réfugiés dans le grenier –les zombies ayant pris possession de la caserne-, leur avenir était tout tracé : ils allaient mourir… et renaître.
« L’ère nécrozootique » pouvant durer des milliers d’années, que deviendrait une terre remplie de zombies et sans vraie humanité ? Ni lui, ni Fatoumata ne le savaient. Dès que le narrateur aurait achevé la dernière ligne du journal qui relaterait ces événements (pour qui ?), il partirait, tenant sa compagne par la main, à la rencontre de son destin :
« Je me demande ce qu’ils vont faire. Je veux dire : ce qu’ils vont faire de la Terre. En ont-ils seulement une idée ? Ou, comme les animaux, sans vision du futur, se contenteront-ils d’exister au jour le jour ? Je pense à notre pauvre planète, que six milliards d’individus ont réussi à saccager de fond en comble, courant en toute inconscience à la catastrophe terminale. Quel pourrait être l’impact de cent milliards de zombies (à supposer qu’ils soient cent milliards) ? Nul, peut-être. Je ne les imagine pas remettre en route les usines, continuer à polluer, à bétonner, à épuiser les dernières ressources fossiles. Etant donné que le soleil leur suffit, qu’ils n’ont aucun besoin de se nourrir grâce à cette sorte de photosynthèse qui les anime, ils ne devraient pas faire beaucoup de mal à la Terre. Mais est-ce que je ne devrais pas plutôt écrire : nous ne devrions pas faire beaucoup de mal à la Terre ? »
Le roman d’Andrevon est une réussite. S’emparant d’un sujet difficile à la thématique éculée dont les poncifs et les clichés auraient fait hésiter plus d’un écrivain, l’auteur sublime le sujet dans l’humour, l ‘énorme, l’extraordinaire. Chez lui la catastrophe est vraiment universelle. Les zombies,  sans vraie agressivité, juste à travers leur «inquiétante étrangeté », font disparaître les humains de la terre. Le thème de l’altérité lui permet aussi de montrer les plaies dont notre vingtième siècle a fait l’expérience, celles du fascisme, des camps de concentration, de la haine raciale, de l’intolérance et de la guerre.


couverture du roman "Zombies un horizon de cendres"
couverture de la 1ère édition du roman
 
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