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une Seconde après

les oeuvres > APRES LA BOMBE...

Une seconde après par William R. Forstchen, Ixelles Editions, Bruxelles,  2009, 1 vol. broché, in-octavo, 398pp. couverture illustrée par l’Atelier Didier Thimonnier. roman d’expression anglaise (USA)
1ère  parution : 2009   titre original : One second after
guerres futures 2après la Bombe...


William R. FORTSCHEN

(19850-) Auteur américain. Docteur en histoire militaire. Passionné d'archéologie. Plusieurs expéditions sur le terrain en Mongolie. A écrit une quarantaine de livres, (Essais) Aujourd'hui, glisse de l'essai vers la fiction, uchronie, et science-fiction. Ses ouvrages sont appréciés et traduits.

John Matherson, colonel et instructeur militaire, prend sa retraite dans le village de Black Mountain, près de Charlotte, en Caroline du Sud, une région de collines boisées et isolée. Là, il vit en famille avec ses deux filles, Elisabeth et Jennifer (Jen), sa belle-mère (sa femme étant décédé),  et ses deux chiens, loin de se douter du destin qui lui est réservé. Un jour, soudainement, l’électricité disparaît, aucun artefact technologique ne fonctionne (surtout les voitures), toute radio ou télé reste muette. Inquiet, John prend sa vieille Edsel, une automobile de collection et l’une des rares qui fonctionne encore,  pour aller aux nouvelles vers Asheville, le bourg voisin :
« Il fait incroyablement noir, murmura-t-elle. Il regarda autour de lui. Il faisait très noir, effectivement. Pas une seule lueur ne provenait de la ville, sauf peut-être ce qui semblait être le vacillement d’une lampe Coleman ou de quelques bougies. Toutes les maisons qui bordaient la vallée étaient sombres, elles aussi. Aucun phare ne perçait de l’autoroute, on ne voyait plus rien du détestable éclairage au néon de la station-service, en haut de la bretelle de sortie, et plus aucune lumière ne leur provenait de derrière la ligne des toits d’Asheville. Une clarté rouge et sombre apparaissait cependant dans la pénombre, sans doute l’incendie qu’il avait remarqué au pied de la colline vers Craggy Dome. »
En roulant il se rend compte du désastre : des files de voitures bloquées sur l’autoroute, des hommes en armes, au loin des incendies…En tant qu’expert militaire, il croit savoir ce qui s’est passé. Il l’expliquera à ses amis du village, lors d’une réunion de crise, à Charlie, le futur mentor de Black Mountain, à Kate, le maire, à Washington, ancien sergent de l’armée,  qui deviendra le commandant des forces de la milice constituée. Il leur apprend qu’une ou plusieurs bombes thermonucléaires lâchées dans la haute atmosphère, au-dessus du territoire des Etats-Unis, avaient déclenché un effet IEM (pour « Impulsion Electromagnétique), lequel a paralysé toute activité électromagnétique, informatique, électrique, etc. C’est ce qui a dû se passer ici, et, peut-être dans le reste du monde également :
« -Comment est-ce que personne ne sait rien, ici interrogea Kate de plus en plus irritée.-C’est le but d’une frappe d’IEM, répondit John. Que ce soit une attaque à grande échelle venant d’un ennemi traditionnel tel que l’URSS lors de la guerre froide ou une attaque terroriste aujourd’hui… Vous faites exploser une bombe qui déclenche cette puissante onde électromagnétique, ça grille toutes les communications et bien d‘autres choses, et ensuite, soit vous vous arrêtez là, soit vous continuez. Ce qui nous a terrifiés c’était de comprendre que n’importe quel cinglé, qu’il soit membre d’une cellule terroriste ou dirigeant d’un pays comme l’Iran ou la Corée du Nord, pouvait, avec seulement une ou deux bombes nucléaires en sa possession, se retourner contre nous et nous attaquer, et cela malgré nos milliers d’armes. C’est ce qu’on entend par « frappe asymétrique ».
Cet effet, bien qu’éphémère engendrera des conséquences incalculables en replongeant le pays victime dans un moyen âge barbare d’où émergent l’anarchie et l’arbitraire puisque l’on prive d’action toute force légale et constituée. Les acheminements de toute nature disparaissent (aliments, médicaments, artefacts technologiques, habits, et). L’on ne pourra attendre aucun secours de personne. Bientôt la haine, la faim, l’agressivité pousseront les gens les uns contre les autres, laissant les habitants de Black Mountain en proie à toutes les convoitises du fait de leur situation géographique privilégiée,  où la survie pourrait être meilleure qu’ailleurs. Il importe donc de prendre des mesures immédiates et drastiques pour sauver la communauté. Charlie, en accord avec le Conseil, promulguera la loi martiale. John supervisera l’organisation de défense du bourg :
« En arrivant en ville, ce fut une fois encore un monde totalement changé qui les accueillit.Le barbecue gratuit de Pete était fermé, et l’ambiance de foire qui l’entourait avait disparu. Deux agents de police armés d’un fusil se tenaient devant l’école, une longue file d’attente s’étirant jusqu’au coin de la rue. Près d’eux brûlait un feu de bois au-dessus duquel était accrochée une bouilloire. Une dizaine de policiers et autant de pompiers formaient un cordon de sécurité autour de l’hôtel de ville. »
L’ambiance de la vie dans la bourgade s’est profondément modifiée. Après le premier moment d’affolement, des citoyens ont dévalisé le supermarché, vidé le drugstore de tout médicaments, emportant ce qui pourra leur assurer une survie maximum. Plus tard, apparaîtront les tickets de rationnement et la milice, constituée par des étudiants, chargés d’empêcher les pillages. Durant les premières semaines la mortalité augmente, touchant les plus fragiles, les vieillards surtout, où ceux hospitalisés , patients dont la vie ne tient qu’aux médicaments qui dorénavant n’existent plus. John y est d’autant plus sensible  que  sa petite fille Jen, atteinte du diabète de type 1, est étroitement insulino-dépendante :
« Pratiquement tous nos malades du diabète de type 1 mourront ce mois-ci. Les pharmacies distribuent en général une bouteille de mille unités par personne. Un stock qui commence nettement à se réduire pour eux. On peut donc s’attendre à ce que tous, environ cent vingt dans notre communauté, commencent à mourir. Personne n’ouvrit la bouche.-Les autres morts qui sont à prévoir durant le mois qui vient : les asthmatiques sérieux qui seront bientôt à court d’inhalateurs, et ceux qui souffrent de graves arythmie cardiaque et qui manqueront de bêta-bloquant. »
Dans un tel contexte, il est amené à prendre sa première et cruelle décision, celle d’exécuter deux jeunes voleurs de médicaments, drogués pris la main dans le sac. Les contacts avec Asheville n’aboutiront à aucun accord, chaque cité campant sur ses acquis.Heureusement, Black Mountain possède un avion, un ancien Cessna de collection bichonné par Don,  un « Old Timer » qui se transforme en observateur aérien. John, bien que très engagé dans la survie de la cité, est constamment rongé par un doute affreux : jusqu’à quand Jen, qu’il chérit, vivra-t-elle sans insuline ?
En attendant, il a fait la connaissance de Makala, une jeune infirmière naufragée de l’autoroute qu’il autorise exceptionnellement à résider chez lui. Un tendre sentiment se fait jour entre les deux personnes, Makala lui étant d’un précieux secours en ces jours sombres.Au fur et à mesure que passe le temps, les tensions s’exacerbent, les morts augmentent, les décisions se font plus radicales. Il s’agit à tout prix d’empêcher des envahisseurs d’entrer dans la cité, de circonscrire d’éventuelles épidémies, d’utiliser la milice  prête à tuer sans hésitation pour sauver le groupe. Parallèlement, les signaux de danger se multiplient. Les citadins de l’autoroute cherchent à rentrer chez eux, à Charlotte pour la plupart. On ne peut les arrêter, car ils sont trop nombreux. Il importe donc de créer un couloir de circulation, parfaitement délimité, ouvert sous la surveillance de miliciens, dans lequel aucun contact ne sera possible avec les habitants de Black Mountain. Ceux ou celles qui franchiraient les limites imposées, seraient impitoyablement abattus. Mais les gens utiles, médecins, techniciens, artisans, militaires, seront autorisés à résider sur le territoire de la commune.
Des nouvelles en provenance de l’extérieur filtrent enfin. Les citadins savent maintenant que le Texas et la Californie ont fait sécession, que l’Europe (notamment la Russie) a été atteinte dans la même proportion que leur pays, ainsi que le Japon et les îles indonésiennes, que l’on se bat en Iran et en Corée du Nord. Le seul espoir réside encore dans l’aide que sont susceptibles d’apporter les porte-avions géants américains, croisant dans d’autres eaux au moment de la catastrophe. L’un de ceux-là serait en voie d’atteindre les côtes du Sud de la Caroline. Mais une autre terrible nouvelle attend John et les siens : la Posse, une bande de fanatiques hallucinés et cannibales se dirigent vers Black Mountain :
« La Posse, c’était le nom d’un gang d’avant-guerre, qui avait des ramifications dans tout le pays ; des espèces de voyous qui vous balançaient une balle en pleine tête, histoire de rigoler, des trafiquants de drogue, des violeurs, tout ce que la terre peut compter comme vauriens et fripouilles. Bref, des ordures, prêtes à n’importe quoi pour survivre… maintenant que notre pire cauchemar nous est tombé dessus. (…) -Oui, la Posse… Une pauvre femme qu’on a laissée passer avec le dernier groupe a dit qu’elle avait été retenue prisonnière par eux pendant plusieurs jours avant de réussir à s’échapper. Elle a refusé de raconter ce qu’ils lui ont fait… inimaginable. Tout le monde parle d’eux, de l’autre côté de la barrière. Le bruit court qu’ils seraient plus d’un millier, et armés jusqu’aux dents. Ils approchent de notre région comme une bande de barbares prêts à tout saccager.-Incroyable, soupira John.»
John est conscient qu’il faudra  livrer une bataille qui décidera de la mort ou de la vie de chacun, et qui demandera à tous les plus grands sacrifices. John mettra au point une stratégie d’élimination des adversaires qui impliquera  beaucoup de morts.Personne ne sera épargné, ni Washington qui mourra frappé d’une balle, ni Ben, le futur gendre de John, père de l’enfant que porte déjà Elisabeth… Grâce à ces sacrifices, la manœuvre réussit : la Posse sera intégralement éliminée. Devant l’énormité de la menace, l’inhumanité des agresseurs, John se montrera sans pitié :
« -Une corde, s’il vous plaît.
L’un des étudiants s’avança et lui en tendit une… dont le nœud était déjà fait. John lui indiqua le poteau métallique des feux de croisement. Il lança la corde en l’air, qui s’enroula au sommet et se bloqua. Plusieurs hommes se chargèrent de soulever le leader, qui, s’attendant à être abattu d’un coup de pistolet, commença à se débattre et à pousser des cris rauques. On lui passa le nœud coulant puis on le serra autour de son cou. Alors, John s’approcha et articula d’une voix forte :-Par les pouvoirs qui m’ont été attribués par les citoyens de Black Mountain et de Swannaoa, je déclare que cet homme est un criminel, un meurtrier et un mangeur de chair humaine, et que, pour cela, il doit être condamné à la pendaison. Il ne mérite même pas de recevoir une balle. Il recula puis ajouta :-Qu’on le pende. On le hissa au bout de la corde et de longues minutes de gesticulations spasmodiques s’écoulèrent avant qu’il ne meure… sous les yeux de ses fidèles horrifiés. (…)-Pendez tous ceux que vous pourrez et abattez le reste de ces ordures. Et je veux qu’on peigne en gros sur les flancs de ce camion, là-bas : CANNIBALES. »
Vainqueurs, les citoyens soignent leurs blessures et leur désespoir. Le terrain de golf de la commune qui aura servi de cimetière compte maintenant plus de trois mille morts. Les cadavres éparpillés rappellent à John les plus atroces souvenirs :
« Un champ de bataille… Les photos de morts de Gettysburg lui revinrent à l’esprit, des cadavres balayés par les vagues, à Tarawa, les Marines blessés à bord d’un tank, à Hué. Mais jamais sur ces photos il n’y avait l’odeur.L’odeur de cordite mais aussi de sang, d’excréments, d’urine, de vomi, de viande crue… la chair à vif des humains qui jonchaient le sol. Et, mêlés à cela, la puanteur des véhicules en feu, de l’essence, des pneus, de l’huile et, plus atroce encore, celles des corps qui brûlaient, grillaient, gonflaient et explosaient comme s’ils étaient frits. »
Jen, elle aussi, est à l’agonie, par absence d’insuline. La nourriture manque, quoique les champs soient ensemencés et promettent de belles récoltes, car le moment de la soudure est le plus terrible. Soudain, une lueur d’espoir : une colonne de blindés et d’engins militaires, en provenance de la côte, et qui se dirige vers Asheville, s’arrêtera à Black Mountain, y apportant nourriture, soins, médicaments et… informations. Le général Whrigt, commandant du convoi, explique aux habitants la situation dramatique dans laquelle sont plongées les Etats-Unis :
« -On dit qu’à New York il ne reste pas plus de vingt cinq mille personnes, et ce sont soit des bandes de sauvages, soit des gens qui se cachent et se nourrissent de détritus. Une bombe thermonucléaire les anéantissant tous aurait été plus… humaine, si j’ose dire. Le choléra les a aussi frappés, l’automne dernier, et le gouvernement a décidé d’abandonner la ville, de l’isoler, en fait : personne n’est autoriser à y pénétrer. Ceux qui se trouvaient à l’intérieur n’ont jamais pu en sortir. Un de mes amis en mission là-bas m’a dit que ça ressemblait à l’âge des ténèbres. »
Bien que l’on entreprendra tout pour redresser le pays, les Etats-Unis auront vécu : jamais plus ils ne joueront un rôle prédominent dans le concert politique mondial!
Un roman didactique sur les dangers d’un futur proche, sans grands effets littéraires, sans invasion extra-terrestre, sans mort radioactive. La dégradation sociale est vécue au quotidien, analysée jour après jour, avec la précision du chirurgien. Les états d’âme, les craintes et les espoirs sont concentrés en un petit nombre de personnages. L’effet de réel qui se dégage de cette lecture est tel qu’on y lit le protocole d’un désastre annoncé. Une œuvre inquiétante et, ne l’espérons pas, prophétique.


couverture du roman "une Seconde après"
Première édition de ce roman récent classé parmi les "polars"!
 
 
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