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Soldat, lève-toi!

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 2

Soldat, lève-toi ! par Stephen Goldin, pp. 17 – 37  in «Images de la troisième guerre mondiale », Londreys éd., 1986, anthologie, 1 vol. broché, in-octavo, 272pp. couverture illustrée par Henri Galeron. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1 ère  parution : 1974   titre original : But as a Soldier, for His Country
guerres futures 2


Stephen GOLDIN

(1947-) Ecrivain américain de science-fiction et fantasy. Diplômé d'astronomie. A travaillé dans la marine américaine avant d'écrire. Fit ses premières armes dans le journalisme (San Francisco Ball). Travaux théoriques sur les jeux informatiques, ateliers d'écriture à l'Université de Nothridge. Prix Nebula  pour la meilleure nouvelle.

Harker et son ami Garry ont décidé de s’engager. L’armée leur offre la situation avantageuse de pouvoir se mettre en hibernation à la fin des combats afin de reservir dans une guerre ultérieure. Les premiers réveils, quoique difficiles, sont suivis par un briefing détaillé : on leur dit contre qui ils étaient censés se battre, à quelle unité ils appartenaient et, après une séance de remise en forme, les dirigeait-on sur les zones de combat. Jamais, au cours de leurs nombreux réveils, Harker ne quitta Garry. Peu à peu domina un sentiment d’étrangeté, les mobiles pour lesquels ils se battaient perdant progressivement de leur intérêt.
Un jour, le théâtre des opérations se situait en Afrique, tel autre en Antarctique, puis sur la Lune (en fait trois siècles plus tard), puis sur Vénus, enfin sur des planètes extrasolaires, avant qu’ils ne se retrouvent  sur la Terre. Savoir contre qui et dans quel camp ils luttaient n’avait plus aucune importance. Les seuls éléments concrets qui leur restaient étaient le théâtre des opérations, des champs de ruines, la farouche attention qu’ils apportaient à préserver leur vie, et les meurtres qu’ils accomplissaient régulièrement. Quoiqu’on leur permît, à chaque réveil, de se désengager des opérations, ils n’y pensaient même pas. Etrangers à eux-mêmes, étrangers à l’époque, ne pouvant plus s’insérer nulle part, ils s’étaient transformés en machines à se battre. Les conflits leur paraissaient de plus en plus oniriques, surtout lorsqu’on leur appliqua une nouvelle procédure, sensée économiser le transfert des corps : le seul enregistrement des données de leur esprit.
C’est ainsi que Harker eut l’immense surprise, lors d’un de ses engagements, d’abattre son ami Garry : on avait dupliqué son essence vitale en de nombreux exemplaires pour économiser d’autres vies de soldats ! La guerre perpétuelle atteignit enfin l’horreur absolue le jour où Harker se rendit compte que l’homme qu’il venait d’abattre était en réalité lui-même, les armées du futur ne se composant plus que de soldats clonés,  indéfiniment ressuscités :
« Il chercha la trousse des premiers soins dans son ceinturon pour panser sommairement sa blessure. Il ne la trouva pas. L’idée lui prit une minute pour se frayer un chemin dans son esprit : ON NE LUI AVAIT PAS REMIS DE TROUSSE MEDICALE. Pendant un bref instant, il éprouva de la colère. Mais ce fut bref. Pourquoi lui en aurait-on fourni une ? Qu’était-il pour ceux qui l’employaient ? Une créature rappelée du passé, un anachronisme auquel on ne demandait que de se battre et, si nécessaire, de mourir. Rien de plus. Un spectre en un temps qui n’était plus le sien, se raccrochant à la vie au milieu de la mort. Un charognard qui se repaissait de cadavres et de destruction pour survivre, n’ayant d’autre utilité que de donner la mort. Et lorsqu’il avait achevé de tuer on le remisait pour la fois suivante. »
Une vision cauchemardesque semblable à l’enfer de Dante établie avec la plus froide logique.


couverture de l'anthologie "Images de la troisième guerre mondiale"
Anthologie proposant cette nouvelle au public français
 
 
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