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Si les Allemands avaient gagné la guerre...

les oeuvres > MENACES IDEOLOGIQUES

Si les Allemands avaient gagné la guerre… par Gaston Homsy, les Editions Indépendantes, 1921, 1 vol. broché, in-12 ème , 288pp. couverture muette. roman d’expression française
1 ère  parution : 1921
menaces idéologiques

Gaston HOMSY

(1869-?)  Peu de références. Résidant à Marseille,  il fut le descendant du général Jacob (Ya'kub, 1745-1801), collaborateur de la puissance française en Egypte sous Napoléon, auquel il a consacré la seule biographie connue.

Les Allemands ont gagné la guerre de 14-18. Ils envahissent l’Europe, installent leurs valeurs et leur culture dans tous les pays, surtout en France :
«Le parti essaya de discuter, il éleva la voix, il en appela aux socialistes allemands, aux membres de la sozial-demokratie, à tous ceux-là qui faisaient partie de l’ancienne Internationale… O illusionnés ! Qu’attendaient-ils ? Qui sait même si ces camarades d’antan : les Wendel, les Noske, les Haase, les Kautsky, les Sudekum, les Fischer, les Barth, les Dittmann n’avaient pas poussé à ce régime, sachant précisément comment on fait marcher l’ouvrier ? – Mais nous sommes tous frères ! clamaient les hommes de la S.F.I.O. – Ja wohl, ja wohl ! Deutschland über alles !  répondaient les autres. »
Leur main-mise  sur toutes les richesses, leurs manières de germaniser le pays pour l’assouplir et l’intégrer au grand Reich allemand sont décrites à travers les yeux de la famille Ferrat. Le père, Mathieu Ferrat, capitaine de vaisseau en retraite, vit avec ses deux filles Gabrielle et Emma en regrettant l’absence de son fils Lionel dont il n’a plus aucune nouvelle. Ecoeuré par la situation sociale, il envisage d’abandonner son lieu de naissance en Touraine pour terminer sa vie à Sainte-Maxence, dans le Sud, dans une «réserve» française que les Prussiens ont laissé subsister pour « l’exemple » :
« Quatre parties seulement du territoire, parce qu’elles se trouvaient en dehors de la ligne des grands fleuves, ne devaient connaître la germanisation qu’en dernier lieu, tout en étant aussi Deutschland que le reste. Ces quatre parties : la Bretagne – tout le pays entre Loire et Garonne – la Gascogne au sud de la Garonne – et la contrée à l’est du Rhône, constituaient les réserves.»
Sa fille Gabrielle l’y suivra. Emma, elle,  volera de ses propres ailes. Fille intelligente, elle avait fait la connaissance d’Otto Mayer, un professeur d’université bavarois qui, sensible à sa beauté, l’encourage de s’installer à Paris d’où elle pourra continuer à suivre ses cours puisque, lui aussi, y a été nommé (par favoritisme). Car l’une des actions principales des Prussiens aura été d’interdire l’usage et la pratique de la langue française sur tout le territoire national (sauf dans les réserves). Tout manquement au règlement provoquait la mise en détention ou le bannissement du contrevenant dans une forteresse prussienne. Une dictature militaire s’était donc installée en France :
« C’est nous, les Français, qui inventons et ce sont les autres qui appliquent. Et cette invention ?… - Elle consiste à fournir le courant électrique sans qu’il soit besoin de câbles ni de fils. (…) -  C’est tout bonnement merveilleux (…) Je sais ce que vous allez dire. Un progrès, n’est ce pas ? La fin de la houille, plus de mineurs, plus de ces pénibles travaux souterrains… Seulement, voilà, les Allemands sont venus. Alors, savez-vous ce qu’ils ont imaginé ? De ce servir de cette invention pour ajouter à leurs moyens de répression. Aussitôt l’installation terminée, tout autre mode d’éclairage ou de chauffage sera supprimé : gaz, pétrole, huile, alcool, bougie ; obligation d’utiliser le sans fil.  Et dès lors, quand ils voudront nous courber sous tel arrêté nouveau, nous obliger à payer des contributions supplémentaires, nous contraindre à quoi que ce soit ou supprimer un mouvement d’indépendance, crac ! Ils tourneront un bouton : la ville sera privée de lumière et tous nous devrons manger nos repas froids. C’est beau le progrès… le progrès au service de la force. »
Comme un nuage de sauterelles qui s’abat et ravage tout un pays, les Allemands, portant leurs préférences sur Paris et l’Ile de France, verrouillent les postes administratifs, contrôlent tout déplacement sans visa, interdisent tout rassemblement en groupe, pratiquent la délation, encouragent la collaboration. Ils écrasent les Français avec un poing de fer, germanisent les monuments et les noms de lieux, rêvent de transformer le plus rapidement possible la France en une succursale de l’Allemagne. Emma, malgré ces difficultés, s’installera chez son amie Rose Déjean, à Paris :
« Quelque étrange que puisse paraître l’aspect des rues de Paris étiquetés en caractères gothiques, cela ne la surprenait pas trop : Tours lui avait offert le même spectacle. En approchant du centre, toutefois, des enseignes d’hôtels aux dénominations teutonnes, des réclames voyantes de maisons germaines, des affiches aux images coloriées commencèrent à l’intéresser. Mais ce fut à la place de l’Opéra, à l’intersection des grands boulevards, qu’elle ouvrit des yeux étonnés. A cet endroit s’élevait le premier monument dressé dans Paris à la gloire de la Germania. C’était, sur un soubassement en granit rose du Rhin, une colonne de marbre, sans ornements, mais lourde et massive, portant à son sommet, toutes ailes déployées, l’aigle des Hohenzollern. Aux pieds de l’aigle, sur la frise, quatre mots, la nouvelle devise de Wilhelm, I.R., Das habe Ich gewolt (J’ai voulu cela) »
Lorsqu’elle prit contact avec se nouvelle famille, Mme Déjean lui fit part du malheur qui la frappait. Son fils Victor, francophile convaincu et bon ouvrier linotypiste, venait d’être emprisonné pour des peccadilles et risquait de longues années de détention. Emma se rappelle l’existence d’Otto Mayer, elle court lui demander de l’aide. Troublé par la beauté de la jeune fille, le professeur lui promet d’agir en faveur de Victor à condition toutefois qu’une telle démarche ne soit pas défavorable à sa carrière. Victor libéré, à la grande joie de sa mère, Emma chercha un travail. Rose lui présenta Georges Dorman, imprimeur de son état, qui avait non seulement besoin d’un ouvrier typographe mais aussi d’une bonne secrétaire et correctrice pratiquant parfaitement la langue allemande. C’est ainsi que Victor et Emma furent embauchés. La pression germanique n’empêchait cependant pas la parution de nombreux journaux et feuillets contestataires, dont « la France Libre » qui occupait une place importante dans les cœurs et les esprits.
De multiples perquisitions imposant un coup d’arrêt qui aurait pu être fatal au journal, Georges Dorman fut pressenti, de le prendre en charge. En toute discrétion il installa une petite presse non répertoriée dans le grenier des Déjean et, avec Victor, se chargea de « la France Libre ». Emma, bien qu’elle fût au courant de ces actions d’opposition, avait d’autres soucis : elle venait d’avoir des nouvelles de Lionel, emprisonné à vie dans une forteresse en Germanie. Elle pensa donc, grâce à sa connaissance de la langue, se faire passer pour allemande, éviter le visa obligatoire pour voyager, et rendre une visite à Lionel.
Elle partit pour Bruxelles au moment où une perquisition s’opérait chez les Dorman et les Déjean. Trahie par Otto Mayer qui s’étonnait des fréquentations d’Emma, la jeune fille fut arrêtée par la police, tout comme ses amis. Son cas, dissocié des autres, fut considéré comme gravissime par les maîtres prussiens qui voulaient voir en elle une espionne :
« Elle entra dans la salle d’audience et prit place sur le siège réservé aux accusés. En face d’elle vinrent s’asseoir les juges, des officiers revêtus de brillants uniformes, à l’air rogue, rigides, compassés, bombant leur torse sur lequel s’étalaient de multiples décorations à commencer par la croix de Fer – le fer, symbole de la race. Autour d’elle, rien que des militaires et son défenseur d’office, un oberleutnant. Aux quatre angles de la salle, des drapeaux ; sur le mur du milieu, derrière les juges, l’oiseau de proie, l’aigle noir de la Prusse.»
Après une parodie de procès, Emma fut fusillée dans la cour d’une caserne.
Ce roman, apparenté clairement au genre de l’uchronie n’est donc, à priori, pas susceptible de figurer dans notre répertoire. Néanmoins nous avons considéré que la description quotidienne de la vie française sous la botte des allemands, les conséquences idéologiques et sociologiques d’une occupation de longue durée, la mise à mort proclamée d’une nation européenne par consomption et assimilation, l’usage de la délation et de la science en un but d’oppression, puissent être assimilés à une catastrophe. Nulle part, il nous a été donné de lire un ouvrage aussi fouillé, un réquisitoire aussi terrible contre l’Allemagne du Kaiser où, grossissant par la charge et la caricature les traits des traîtres « boches », la haine et l’esprit de vengeance jaillissent à chaque page de l’ouvrage


couverture du roman "Si les Allemands avaient gagné la guerre..."
couverture muette pour cette édition d'un roman autant uchonique que cataclysmique
 
 
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