Si le soleil ne revenait pas - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

Si le soleil ne revenait pas

les oeuvres > MENACES COSMIQUES

Si le soleil ne revenait pas par C.F. Ramuz, Grasset éd.,1 vol. broché, 1939, 1 vol., in-12 ème, 238pp. couverture muette, roman d’expression française (Suisse)
1 ère éd : 1939
menaces cosmiques


C.F. RAMUZ

(1887-1947) Ecrivain et romancier suisse de langue française. Licencié es lettres. Enseignant, précepteur. De fréquents et constants voyages à Paris. Ses grands thèmes: la solitude de l'homme face à la nature, la poésie de la terre. Mène une vie retirée et méditative. Ses romans sont centrés sur les forces obscures qui règnent dans les communautés agraires. Ses audaces stylistiques, ainsi que sa vision  tragique de l'homme dans sa quête, surprennent. La dernière partie de sa vie fait place aux Mémoires et aux Souvenirs.

Le bourg de Saint-Martin-du-Haut, encaissé dans une haute vallée des Alpes suisses, connaît un événement singulier au sortir de l’hiver : le soleil est en passe de disparaître. C’est du moins ce que disent Follonier et Denis Revaz qui a fait soigner son genou chez le vieil érudit Anzévui, le sage de la petite communauté, lequel prétend, après avoir lu  la bible et opéré les calculs astrologiques nécessaires, que le soleil disparaîtra pour de bon, très bientôt, et qu’il est temps pour chacun de se préparer. Lui-même, au moment ultime, mourra :
" Tu as pourtant refait les calculs, tu es arrivé au même résultat que moi…Et bien, je vais te dire, parce que tu n’as pas compris. Eh bien, dans le livre, il y a une guerre ; - il y a justement une guerre à présent. Et il y a  aussi une guerre dans la région du soleil. 1896 et 41 ça fait le compte. Il est dit que le ciel s’obscurcira de plus en plus, et, un jour, le soleil ne sera plus revu par nous, non plus seulement pour six mois, mais pour toujours (…)
" C’est pas ça, disait Revaz.
-Et qu’il y ait eu des filles qui avaient des inquiétudes à leurs fins de mois…
-C’est pas ça ?.
-C’est quoi ?
-C’est le soleil.
-Le soleil ?
-Oui
-Et qu’est ce qu’il va lui arriver , au soleil ?
-Du pas tant bon, dit Revaz "
Chaque habitant vivra cette révélation en fonction de sa psychologie. Les uns (surtout les jeunes) traitent ceci de faribole et Anvézui de menteur :
-Alors ce soleil ?
-Eh bien, je ne sais pas, moi ; je ne suis pas un savant comme Anzévui ; j’ai pas lu ses livres…
-On te demande seulement de nous dire comment ça se passera, le soleil qui n’éclaire plus. Pourquoi est-ce qu’il n’éclaire plus ?
-Je sais pas, il y a extinction, ou bien c’est nous qu’on cesse de tourner…
-Oh ! justement, disait Follonnier, c’est qu’on tourne et on ne peut pas cesser de tourner . Comment veux-tu qu’on cesse de tourner ?
-Je sais pas.
-On tourne même doublement, parce qu’on tourne autour du soleil et ensuite autour de nous-mêmes, et ça fait la nuit et le jour. Pour qu’il n’y ait plus que la nuit, il faudrait qu’on soit comme la lune.
-Justement…
-Ou bien que le soleil éclate en morceaux ; comment est-ce qu’il peut éclater en morceaux ? Il faudrait qu’il rencontre une comète…
-Justement.
-Mais il n’y a point de comète… Ou bien qu’il se refroidisse tout à coup et qu’il devienne noir comme quand on pisse sur le feu… "
Les autres, à l’exemple de la vieille Brigitte qui allume une chandelle par semaine écoulée, entreprennent de constituer des réserves de bois.  Follonier, le rusé et avisé paysan, envisage le temps qui reste pour réussir des affaires, notamment celle de racheter le terrain d’Arlettaz qui a impérieusement besoin d’argent pour pouvoir rechercher sa fille enfuie et alimenter son alcoolisme. Vivant dans une crasse inimaginable, il déboursera sans compter l’argent du terrain, payant à boire à qui le souhaite.
Le jeune Métrailler désire en avoir le cœur net. Armé de son fusil et dans la nuit noire, il grimpe au sommet du grand Dessus pour vérifier si effectivement le soleil a disparu :
" Il n’y avait plus de ciel ; il y avait seulement un brouillard jaunâtre qui était tendu d’une pente à l’autre, comme une vieille serpillière, un peu au-dessus du village, et les montagnes sont derrière, ou bien est-ce qu’elles n’existent plus, les pointues, les carrées, les rondes, celles qui sont comme des tours, celles qui sont comme des cornes, celles qui sont toutes en rochers, celles qui sont toutes en glace  qui brillaient toutes ensemble autrefois sous le ciel bleu. "
Mais un faux pas, une entorse, réduit son projet à néant. Ses camarades de Saint-Martin-du-Haut, à l’instigation de Métrailler père, se chargent de le ramener. Le bistrot de Sidonie se transforme en centre opérationnel. Dans l’atmosphère enfumée se commentent les événements ; les jeunes qu’Anzévui met mal à l’aise projettent de lui jouer un bon tour : ils espèrent lui faire peur en se déguisant en femmes.  Entre-temps,le père Métrailler tombe dans le coma. Effrayé de le voir ainsi, Métrailler fils cherche Anzévui qui seul est capable de libérer l’agonisant d’une vie devenue inutile. Quant au père Revaz, il pense à mettre ses affaires en ordre avant le grand départ de la fin du monde et transmet son héritage à ses enfants. Soudain, Brigitte se rend compte que la chandelle restée habituellement allumée sur le rebord de la fenêtre de la maison d’Anzévui, n’éclaire plus : le vieux sage est trouvé mort dans son fauteuil. Pour la communauté, c’est une catastrophe car à partir de maintenant, le soleil ne reviendra plus ! Seule Isabelle, la femme de Revaz, espère secouer l’espèce d’engourdissement qui pétrifie la volonté de ses concitoyens:

" Et voilà ils sont morts là-dessous parce qu’ils consentent à la mort. Ils sont couchés ensemble dans le mauvais air, sous un édredon, sous un plafond, sous un toit, puis sous un autre qui est la neige, et un troisième toit encore qui est la nuit ; moi, je vais chercher la lumière parce que je suis vivant. "

  S’habillant avec ses plus beaux atours, elle part de bon matin avec Jeanne Emery sa compagne, le jeune Métrailler et Jean le berger à la recherche du soleil disparu. Soufflant régulièrement dans son cor, Jean précède la procession qui s’engage dans la montée du Grand Dessus pour prouver que le soleil ne s’est pas éteint avec Anzévui. Tout-à-coup le miracle s’accomplit : là-haut, sur les crêtes, les premiers rayons percent la brume matinale :
" -Regardez là-bas ; qu’est ce que j’ai dit ? Elle montrait un point à l’horizon. Ils s’étaient arrêtés, ils se tournent vers elle. Et on la voyait aussi, elle, et elle, elle les voyait. On voyait la couleur de leurs visages, on voyait la couleur de leurs vêtements (…) – Ca va être le beau temps. Souffle dans ton cornet Jean, qu’ils nous entendent du village. Souffle comme à la caserne. Dis-leur : " Debout, les vieux. C’est le moment " Jean a soufflé dans son cornet.
Un récit savoureux, une étude des mœurs paysannes, une approche ethnologique, un conte païen, l’histoire d’une angoisse commune, le roman de Ramuz est tout cela et bien plus. A la manière de Giono, en un style inimitable, direct et passionné, il creuse les grandes énigmes de la vie et de la mort.


couverture du roman "Si le soleil ne revenait pas"
couverture muette pour cette édition chez Grasset
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu