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Shadrak dans la fournaise

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Shadrak dans la fournaise par Robert Silverberg, Laffont éd., 1981, coll. " Ailleurs et Demain ", 1 vol. broché, in-octavo, 283 pp. couverture muette. roman d’expression anglaise (USA)
1 ère  parution : 1976    titre original : Shadrach in the furnace
épidémiessociétés postcataclysmiques 1


Robert SILVERBERG

(1935-) Ecrivain prolifique de science ficiton. A produit plus de deux cents nouvelles et romans, récits isolés, cycles romanesques de héroïc-fantasy, anthologies. Une période de production alimentaire affine sa technique (thèmes historiques, archéologiques, western, etc et "plume" de secours pour d'autres écrivains. Sort de la spirale mercantile grâce à F. Pohl et "Galaxy". A reçu de nombreuses récompenses: Hugo, Nebula, Locus.

Comme chaque matin, Shadrak Mordecaï, le médecin personnel du dictateur du monde Gengis 2 Mao IV, se réveille. Relié par des implants informatiques à son auguste supérieur, il est averti immédiatement des états kinesthésiques de Gengis, se transformant pour lui en une sorte de prothèse électronique. Gengis 2 Mao IV ne tient pas à mourir en ce matin de l’an 2100. S’étant hissé au sommet du pouvoir mondial, il a instauré le règne de la dictature prolétarienne absolue, reposant sur la théorie de la double redondance.Grâce à lui, un semblant de cohésion sociale existe encore de par un monde irrémédiablement réduit à quelques dizaines de millions de personnes, en diminution constante. Tout a commencé avec le réveil du volcan Cotopaxi en Amérique du Sud qui, en crachant des nuages ininterrompus de cendres empoisonnées a déstabilisé l’écologie de la planète :
"L’air s’est raréfié et refroidi, il porte une âcre odeur de soufre. Ce n’est encore que le milieu de l’après-midi, mais la cendre tombe si dru qu’il faut déjà éclairer les rues, où la couche de fine neige grise atteint la hauteur des chevilles –tandis que le Cotopaxi gronde et siffle, et que les gens se pressent en désordre vers le nord. Mordecai sait ce qui va se passer (…)L’explosion n’est plus loin, celle qu’on entendra à des milliers de kilomètres de là, puis il y aura le tremblement de terre, les nuages de gaz empoisonnés, le déversement insensé de tonnes de cendre volcanique qui effaceront le soleil de l’horizon de la planète entière ; en cette nuit du Cotopaxi, les anciens dieux courront libres à la surface du monde, et les empires s’effondreront. "
Des troubles politiques et sociaux s’en sont suivis à travers les populations fragilisées, provoquant des guerres totales qui ont fait basculer tous les régimes et détruit tous les systèmes gouvernementaux existants. Enfin, la " Guerre virale " a provoqué le syndrome du " pourrissement intérieur", maladie qui affecte le patrimoine génétique de l’homme. L’être humain n’a plus que le choix de mourir soit très vite (forme rapide de la maladie), soit en pourrissant sur pieds (forme lente) :
" Ici tout le monde souffre du pourrissement organique, mais la chose est acceptée et ne provoque aucune panique. Les corps des New-Yorkais sont transparents ; Shadrak voit rougeoyer les légions internes, les zones de purulence et de décomposition, les éruptions, les érosions, les suppurations qui affectent intestins, poumons, tissus vasculaires, péritoine, péricarde, rate, foie, pancréas. La maladie se signale par des vagues de pulsations électromagnétiques qui martèlent lourdement sa conscience, rouge, rouge, rouge. Ces gens sont bourrés de trous de la cave au grenier… "
L’empire de Gengis, dont la capitale mondiale se situe à Oulan-Bator, s’est répandu universellement, comme l’énonce son journal fictif :
" L’ancienne société se meurt. Il y a seulement dix ans, je pensais qu’un bouleversement fondamental était impossible; puis il y a eu le volcan, la terreur, les soulèvements, la Guerre virale, le pourrissement organique. Trois milliards d’êtres humains ont péri et les institutions s’écroulent comme autant de mauvaises constructions, frappées par un tremblement de terre. Je ne partirai pas d’Oulan-Bator. Je crois que mon heure est enfin venue. Mais le gouvernement que je vais constituer ne portera pas le nom de République populaire. "
Instaurant un état dictatorial absolu, une sorte de stalinisme technologique selon la théorie de la " dépolarisation centripète " où tout le monde est surveillé vingt quatre heures sur vingt quatre, où tous les noms sont enregistrés, où la police est omniprésente à travers le système de surveillance de Vecteur 3, où le monde est dirigé par un vieillard de plus de quatre vingt dix ans qui n’a plus rien d’humain. Ses organes internes sont régulièrement remplacés de telle manière qu’il puisse se survivre à lui-même, sinon éternellement, du moins le plus longtemps possible. Des banques d’organes sont constamment réapprovisionnées avec les opposants – supposés ou non - du régime. Son seul problème est le remplacement de ses  neurones. Craignant à terme que la sénilité le gagne, Gengis a ordonné la mise en œuvre de trois projets qui devraient assurer sa survie.
Le premier consiste à créer un double mécanique, miroir de sa personnalité. Le deuxième recherche toute possibilité de faire repousser les neurones. Le troisième envisage le transfert de l’esprit de Gengis en un nouveau corps plus jeune. Il compte utiliser à cet usage son neveu Mangu. Mais Mangu se suicide. Gengis attribue cette mort à une action terroriste et, du haut de sa sénilité, décrète une immense purge. Même les dignitaires du régime se sentent menacés. Shadrak qui informe constamment le Khan de son état de santé,  apprend de la bouche du chef de projet N°3 que le dictateur s’est réservé le propre corps de Shadrak en remplacement de celui de son neveu.Troublé, déchiré par sa vocation médicale qui met sa loyauté au service du vieillard et désireux cependant de préserver sa propre vie, Shadrak s’autorise un voyage autour du monde pour prendre ses distances par rapport à un avenir menaçant.
Lui, comme les autres dignitaires du régime, sont régulièrement préservés du pourrissement lent par le sérum "Roncevic ", du nom de son découvreur. Contrairement aux annonces officielles qui destine le médicament au monde entier, celui-ci est réservé à  l’élite politique de Gengis. Shadrak découvre dans sa pérégrination autour du monde, le mal dans toute son horreur : Jérusalem, Istanbul, Pékin offrent le même visage de décomposition et de mort. A Pékin, il est accueilli par le chef de service de la police de Gengis qui est envoyé pour le ramener chez le dictateur. Shadrak apprend que Gengis souffre d’atroces maux de tête dus à une accumulation du liquide céphalo-rachidien, ce qui augmente la pression intracrânienne.
Une intervention est décidée afin de mettre en place, à l’intérieur même du cerveau de Gengis, une dérivation à l’aide d’une valve. Trouvant là une solution à son problème, Shadrak, avec l’aide d’un informaticien contestataire, se fait greffer un implant-maître dans sa main gauche qui aura pour effet d’inverser le sens d’ouverture de la valve lorsque le médecin serre le poing ce qui tuerait à coup sûr Gengis. A partir de ce moment, Shadrak tient au sens propre du terme la vie du dictateur dans sa main et pourra le diriger telle une marionnette. Gengis, vaincu, accède à sa demande de devenir le directeur de l’autorité médicale mondiale dans le but de faire distribuer le médicament salvateur au restant des populations.
Une œuvre originale qui, comme souvent chez Silverberg, explore l’inconscient de ses personnages, tous d’exception, fouille leur motivation, décrit leur évolution psychologique, le tout sur fond de cataclysme et de décrépitude. Un roman qui atteint au classicisme dans le genre.


couverture du roman "Shadrak dans la fournaise"
première éditionfrançaise de ce roman paru dans la collection "Ailleurs et Demain"
 
 
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