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Plein gaz

les oeuvres > L'AIR EMPOISONNE

Plein Gaz par Charles Platt , le Sagittaire éd., 1977, Coll. " Contre-Coup ", 1 vol., grand in-12 ème , 315 pp. couverture illustrée. roman d’expression anglaise (GB)
1 ère  parution : 1970   Titre original : The Gas
l’air empoisonné



Charles PLATT

(1945-) Ecrivain anglais de science-fiction. Romancier, journaliste, critique et programmateur informatique. Emigre aux USA et adopte la nationalité américaine. Fréquente d'abord  le cénacle des auteurs de SF britannique et de la revue "New Worlds". Son roman"Gas" fit scandale et fut saisi. Manifeste aussi un grand intérêt pour les jeux d'ordinateur et la menace informatique.  A été fortement impliqué dans le mouvement pour la cryogénie et la vie suspendue après la mort.

Vincent connaît le risque que court la Grande-Bretagne. Employé dans un service ultra secret-défense, il est à la fois responsable des événements et victime d’un gaz libéré accidentellement, susceptible de provoquer une excitation érotique totale en imprégnant et activant les hormones sexuelles du corps de tout être vivant. Le gaz, de couleur jaune, s’étend progressivement en direction de Londres. Vincent désespérément tente de regagner la capitale pour  emmener sa famille en Ecosse à l’abri (provisoire) de l’effet du gaz. Il sait que la désorganisation sociale suivra immanquablement le déchaînement de pulsions érotiques dans la population et craint que ce dérèglement hormonal ne devienne une constante permanente de la vie, défaisant tous les liens sociaux. Il est confronté au problème en la présence de Cathy, une auto-stoppeuse qui le provoque de la manière la plus crue sans que Vincent n’arrive à lui résister. Cela s’achève par un accident, avec la voiture dans le fossé. Ils reprennent la route à pied. Vincent s’injecte de temps en temps des hormones femelles ce qui lui permet de garder les idées claires plus longtemps :
" Cathy l’avait écouté bouche bée, les yeux écarquillés. Mais…, dit-elle, qui pourrait être assez naze pour vouloir fabriquer une cochonnerie pareille ? Vincent ne lui répondit pas. Elle soupira, haussa les épaules. Bon, je sais, tu n’as pas le droit de me le dire… Que va-t-il arriver quand le gaz retombera ? Est-ce que la population de villes entières sera prise de … ? Ce sera l’orgie généralisée, dit Vincent avec un rire sinistre. "
Les conséquences de la transe érotique ont des effets de plus en plus considérables : durant les phases d’excitation érotique les souvenirs disparaissent, émergent par contre des pulsions sadiques ou de mort avec le déblocage des inhibitions. Vincent, après avoir sodomisé Cathy ainsi qu’un vieillard lubrique (un ¨Pasteur !), erre dans une ville en folie. Il aperçoit :  
" La grosse femme toujours occupée à sucer le garçon de ferme. Autour d’eux, les corps inanimés revenaient tour à tour à la vie. Un garçonnet de douze ou treize ans, ravi, hilare, tressautait de plaisir sur l’asphalte tandis qu’un homme entre deux âges, en costume et en cravate, lui tripotait habilement le sexe. Une très jeune fille aux boucles dorées avait le visage enfoui entre les cuisses d’une dame qui aurait pu être sa grand’mère. Une femme à lunettes fourrait de force un petit caniche gris sous le tablier qui était son seul vêtement. Vincent s’approcha d’eux à pas de loup. Des buissons et des herbes qui bordaient la route s’élevaient un bruit de frottement continu et des couinements d’animaux minuscules. Dans les arbres, des milliers d’oiseaux gazouillaient frénétiquement. Un pivert martelait au loin, et des insectes vrombissaient et bourdonnaient de tous côtés. Cette symphonie champêtre était plus qu’à moitié couverte par la cacophonie grandissante produite par les villageois emmêlés, mélange de grognements, de ahanements, de gémissements  et de bruits de succion avides"

Profitant du désordre total, ils s’emparent d’un avion de tourisme. Curieusement, jamais le temps n’aura été aussi beau, l’air aussi transparent. Survolant la région, luttant avec énergie contre leurs pulsions mais pas toujours avec succès, ils sautent en parachute sur la cité, l’avion allant s’écraser au loin. Vincent a un seul objectif : mettre Judith sa femme, Annette et Malcolm, ses enfants, hors de danger. Ils se cachent de la police devenue imprévisible et dangereuse du fait qu’elle est armée. Celle-ci quadrille la ville. Judith, en attendant Vincent, s’est préparée au départ en bourrant la Range-Rover de victuailles et en emportant des réserves importantes d’injection hormonales. Le petit groupe, en compagnie de Cathy et du Pasteur, se dirige vers le nord et décide de s’arrêter à Cambridge pour s’y reposer chez Edmond, le frère de Cathy, un étudiant. Vincent remarque qu’Edmond est atteint de troubles graves en ce qu’il se comporte de manière sadique avec Mme Denans, la logeuse. La soirée débouche sur une bacchanale indescriptible dans laquelle tous les personnages, y compris Annette et Malcolm se livrent à des excès érotiques impensables, de la zoophilie (avec le petit chien de la logeuse), en passant par l’inceste, jusqu’à la mort de Mme Denans, littéralement mise en morceaux par Edmond qui en apprécie gustativement  la qualité:
" L’espace d’un court instant, un silence de mort les recouvrit de son aile blanche. Puis, une formidable détonation secoua la maison, et la pénombre du salon fut illuminée d’une grande lueur blanche et fulgurante. Avec un ensemble parfait, Vincent, Annette, Judith, Malcolm et le pasteur jouirent en poussant de grands cris, envoyant des giclées de sperme jusqu’au plafond. La logeuse explosa et la force de la déflagration les envoya tous rouler à terre. Toute la pièce fut éclaboussée d’un mélange indescriptible de sang, de viscères, de fragments de peau, d’excréments, d’urine, d’humeurs, de sperme, de morve, et de sueur. Le cylindre avait déchiqueté la grosse dame en mille petits fragments. "
Cathy, devenue folle, s’empare de la voiture et disparaît dans la nuit. Edmond kidnappe Judith et l’entraîne vers la cité universitaire de Cambridge pour se livrer sur elle à des expériences scientifiques de la plus haute importance. Vincent reste seul avec ses enfants. Il erre à la poursuite de Judith. Le monde entier délire autour de lui. En ses rares moments de lucidité, il retrouve la trace de Judith pendant que ses enfants se livrent à des jeux sexuels dans un parc, avec d’autres enfants de leur âge.
Vincent refait surface en contemplant avec horreur Edmond qui l’a drogué et qui lui fait accomplir – avec la monomanie qui le caractérise – des meurtres " à titre d’expérience ". Il lui laisse rencontrer Judith qui est encore entière et, le couple ne l’intéressant plus, il permet à Vincent de repartir avec Judith jusqu’à ce que Cathy réapparaisse dans sa vie. Totalement paranoïaque, elle hait Vincent en le rendant responsable de son état (ce qui est un peu la vérité). Avec d’autres mégères qui partagent sa haine du mâle, elles émasculent, étripent, lacèrent et tuent tous les hommes qu’elles enlèvent, les attachant au maître-hôtel de la cathédrale de Cambridge.  Vincent est capturé , prêt à être énuclée et châtré. Il est sauvé à la dernière extrémité par le Pasteur qui se prend pour le Christ et qui broie la pécheresse Cathy avec une croix avant de finalement se suicider devant toutes les femelles en rut. Vincent en profite pour s’éclipser vers sa famille qui l’attend en voiture grâce à la sagesse de Judith , heureux de s’échapper vers l’Ecosse dont ils atteignent les frontières vers le soir. Les choses rentrent dans la norme se disent-ils, tout en se livrant entre-eux  à l’inceste, Judith avec Malcolm et Vincent avec Annette , pratiques dont ils ne perçoivent même plus la déviance , l’effet du gaz étant devenu permanent :
" Malcolm jouit le premier, bien avant sa mère. Il aurait voulu que cela dure plus longtemps, mais elle apaisa ses scrupules en lui disant qu’il l’avait agréablement foutue, et qu’elle avait bien pris son plaisir malgré tout. Annette jouit à son tour, mais elle continua à s’agiter sur Vincent jusqu’à ce qu’il éjacule. En sentant le sperme de son père jaillir en elle, elle eut un deuxième orgasme. Ils étaient tous au comble du bonheur.(…) Comme c’est merveilleux d’être à nouveau réunis , reprit Judith d’une voix pleine de langueur. (…) Nous sommes redevenus nous-mêmes. J’avais si peur… Si peur que nous restions comme  cela jusqu’à la fin de nos jours… Je craignais que…Que le gaz ait des effets irréversibles ? demanda Vincent. Judith hocha lentement la tête dans la pénombre. Oui, fit-elle en se serrant contre Malcolm et en lui attirant une main entre ses cuisses pour qu’il lui caresse le con. Vincent embrassa tendrement les mamelons dardés comme deux boutons de rose au bout des seins naissants de sa fille, qui dormait déjà à moitié. Tu vois, dit-il, tu avais tort de t’inquiéter. Tu as raison. De toute évidence, le gaz n’a pas d’effets durables. "
Un roman étonnant, à la limite de  l’insoutenable. Débutant comme un récit de pure pornographie, il bascule dans l’horreur d’une apocalypse inattendue prouvant la charge explosive de la libido, sa nature profondément antinomique et sauvage, exclusive de toute récupération sociale. L’usage débridé de la sexualité lié au sadisme/masochisme de l’être humain dynamite toute structure sociale et provoque un malaise d’autant plus grand chez le lecteur lorsqu’il prend conscience que l’apocalypse est en lui, en quelque sorte. Une fin du monde originale qui peut se comparer aux romans de Farmer (" Comme une Bête "), ou de Ian Watson (" Orgasmachine ").


couverture du roman "Plein Gaz"
couverture du roman paru dans l'éphémère collection "le Sagitttaire"
 
 
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