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Petits points de suture dans le dos d'un mort

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Petits points de suture dans le dos d’un mort par  Joe Lansdale, pp. 257 – 283 in « Ombres portées (Scott Baker Présente…), Denoël éd., 1990, coll. « Présence du fantastique » N°4, 1 vol. broché, in-12ème, couverture illustrée par Pascal Moret, anthologie. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1ère parution : 1986   titre original: Tight Little Stitches in a dead man’s Back
fins du monde et fins de l’humanitémenaces végétales



Joe LANSDALE

(1951-) Romancier américain et scénariste de comics. Ses influences (E.R. Burroughs, Jack London, Mark Twain, ainsi que les grands de la SF) Des romans, des nouvelles policières en attente de consécration ce qui lui évitera d'autres métiers (charpentier, plombier, etc.)

Le narrateur consigne les faits  dans  un journal intime familièrement appelé "Monjournal". La situation n’est pas brillante. Isolé, avec sa femme Mary, à l’intérieur d’un phare, il attend la mort. Comment en est-il arrivé là?
Heureux père de famille, amoureux fou de Rae, sa fille adolescente, et de Mary, son épouse-peintre, il travaillait dans le cadre du domaine nucléaire. Ce qui lui a valu d’être sauf lorsque la « MaxiSuper » a été lancée. Il a juste eu le temps de se réfugier au sein du souterrain de la Base, avec sa femme, tandis qu’au-dessus de lui se déchaînaient les feux de l’enfer et que, bien sûr, Rae était pulvérisée.
Après la décomposition de la mini-société souterraine lui, et quelques compagnons d’infortune sont revenus à la surface, dévastée et méconnaissable. Depuis ce jour, Mary a haï son époux profondément traumatisé et culpabilisé par la responsabilité liée à son engagement professionnel. Ils ont formé dès lors un couple blessé et sado-masochiste. Sa femme  qui dorénavant se refusait à lui, le poursuivait toutes les nuits de sa haine, tatouant sur son dos un portrait de Rae et empêchant, jour après jour, que les lèvres de la plaie ne se suturent :
« Chaque soir, je dénude impatiemment mon dos à Mary et ses aiguilles. Elle pique en profondeur et je gémis de douleur tandis qu’elle gémit de plaisir et de haine. Elle ajoute de la couleur au motif et travaille avec une précision brutale pour faire ressortir le visage de Rae avec plus de relief. »
Une douleur subie, acceptée par le narrateur, car c’était tout ce qui lui restait de sa vie d’avant. A l’extérieur, le paysage plat laisse apercevoir des formes de vie mutante. La mer – l’océan Pacifique- s’est retirée au loin,  découvrant une immense zone pélagique sur laquelle se traînent des baleines empoisonnées. Les formes les plus dangereuses s’appellent les « Roses » , ainsi nommée de par l’aspect de leur corolle, une vie végétale carnivore, parasitaire, qui, à l’aide de vrilles, s’insinue dans tout être vivant, se coulant à la place du réseau nerveux et transformant le corps en zombie, en pantin articulé :
« Au centre de ces corolles palpitait un cerveau noir tout neuf, et une fois de plus des antennes duveteuses sondèrent l’air à la recherche de nourriture et d’aires de reproduction. Des ondes énergétiques jaillirent des cerveaux floraux et fusèrent tout au long des kilomètres de vrilles qui s’étaient nouées à l’intérieur des cadavres, et comme elles avaient remplacé les nerfs, les muscles et les organes vitaux, elles mirent les corps debout. Puis les cadavres orientèrent leur tête fleurie vers les tentes sous lesquelles nous dormions, et ces cadavres enflés, ces cadavres en fleur (encore un petit jeu de mots, monsieur MonJournal) se mirent en marche, impatients de nous rajouter à leur bouquet animé. »
Déjà, ses derniers amis Jacob, Suzan, Jane ont été atteints et parasités. Il reste donc seul en compagnie de sa femme tortionnaire, rongé par sa culpabilité et ses fantasmes incestueux, isolé au sommet d’un phare dans lequel le couple a trouvé un dernier refuge.Plus pour longtemps, hélas! Les vrilles ont découvert un interstice le long de la porte et, durant son sommeil, transformé Mary. Alors le narrateur sait que c’en est fait de lui. Après avoir consigné ses derniers mots, il ouvre la porte pour que cesse enfin l’enfer :
« A ce moment-là, je me dresserai et lui présenterai mon dos nu. Les vrilles me cingleront et m’entailleront avant qu’elle puisse m’atteindre, mais je peux le supporter. Je suis habitué à la douleur. Je ferai comme si les épines étaient les aiguilles de Mary. (…) Elle me tiendra pour que les vrilles et la trompe puissent faire leur travail. Et tandis qu’elle me tiendra, je saisirai ses mains délicates, les presserai contre ma poitrine, et nous serons trois une fois de plus, dressés contre monde, et je fermerai les yeux et me délecterai du contact de ses mains douces, si douces, une dernière fois. »
Une nouvelle originale, cruelle, désespérée qui détonne dans le champ de la science-fiction et dans laquelle l’auteur subvertit le thème de l’irradiation atomique pour en extraire toute l’horreur. Un effet stylistique  particulier contribue à l’envoûtement. Un joyau bien taillé.



couverture du recueil "Ombres portées"
couverture du recueil de nouvelles "Ombres portées" dans l'éphémère collection "Fantastique" de "Présence du futur"
 
 
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