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les oeuvres > ADAM ET EVE REVISITES


Ward MOORE

(1903-1978) Ecrivain américain (Canada et New York) Intéressé très tôt par l'écriture. Ses genres préférés sont l'uchronie et le roman-catastrophe.  (Contes et nouvelles post-cataclysmiques)

01: L’aube des nouveaux jours, pp. 46-73 in revue «Fiction » N°23, octobre 1955, Opta éd. nouvelle reprise in " Histoires de fins du monde ", Livre de poche éd., N° 767, coll. " La Grande Anthologie de la science-fiction ", 1 vol. broché, in-12 ème , 409 pp. couverture illustrée par Dedalus. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1 ère  parution : 1953   titre original : Lot
Lorsque les villes de la côte ouest des Etats-Unis sont annihilées par des bombes atomiques russes, Mr. Jimmon, qui habite Malibu, prend la fuite en voiture avec ses deux fils, sa fille Erika, et sa femme Molly.
Il reste raisonnablement optimiste car il a tout calculé, tout prévu. Il sait qu’à partir de cet instant jamais plus la vie ne sera ce qu’elle a été. Alors il a entassé dans son véhicule l’essentiel pour une survie basique, en une retraite prévue dans la montagne proche, lieu retiré , loin d’un village ou d’un bourg, où ils pourront espérer survivre.
Il a tout prévu, même les difficultés des embouteillages, le temps nécessaire pour y accéder en distançant tous les autres, et les pleins d’essence. Tout, sauf les réactions de sa famille; car ce parcours vers l’enfer est aussi pour lui une sorte de voyage dans le passé.
Sa psychologie se modifie à toute vitesse comme son code moral,  même si ses apparences physiques restent identiques.
Hormis Erika, jeune vierge de 14 ans qui le soutient inconditionnellement, les autres membres de sa famille lui deviennent graduellement étrangers. Les récriminations de Molly, qui n’a rien compris à la chute de la civilisation et qui lui reproche sans cesse de ne pas avoir prévenu leur voisin (son amant), les remarques fielleuses de son fils Jil sur ses incapacités, les criailleries de Wenders qui pleure ses jouets perdus, lui font  entrevoir un avenir difficile.
Alors, profitant d’un arrêt pour un ravitaillement dans une station d’essence isolée, Jimmon, en compagnie d’Erika, abandonne les autres à leur destin. Il vivra comme Loth avec sa fille pour se perpétuer.
Une nouvelle classique et cruelle, tenant du parcours initiatique, en rupture totale avec les valeurs de « l’american way of life », et qui fit scandale.
02: Les nouveaux jours, pp. 44-72 in « Fiction » N°24, nov. 1955, opta éd. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1 ère  parution : 1954   titre original : Lot’s daughter
Sept ans ont passé. M. Jimmon et Erika se sont installés non loin de l’autoroute, sous le couvert des arbres, dans une cabane préexistante, vers la mer, d’où ils tirent l’essentiel de leur nourriture. Ils sont seuls.
La station de radio de Monterey a finalement cessé d’émettre après quelques mois seulement, les plongeant davantage encore dans leur solitude.
Le petit Erik est né, fruit de l’inceste. Toujours prévoyant, toujours calculateur, Jimmon constate la lente dégradation de leur état. Bien que chaque artefact issu de la civilisation avait été pieusement recueilli et utilisé, les survivants luttent farouchement contre l’entropie universelle : ici, la perte d’une cartouche, là celle d’un hameçon les rapproche infailliblement de la sauvagerie :
« Il soupira et se remit debout. Encore une cartouche de perdue, encore un pas de plus vers le moment où il n’aurait plus de fusil, plus d’arme sinon les deux arcs et les flèches.
Il avait eu beau limiter son ambition au minimum, il ne réussissait même pas à sauver Erika et à se sauver lui-même; chaque projectile gaspillé rétrécissait la marge qui séparait leur sort de celui des autres survivants. »
Les conditions de vie sont donc de plus en plus difficiles, car l’on ne s’improvise pas Robinson.  Les peaux de chèvre mal tannées, donc puantes, la bouilloire qui fuit, la crasse, la recherche quotidienne de nourriture désespèrent Erika, qui reste convaincue, en dépit du bon sens, qu’au delà de leur univers vivent encore des êtres humains mieux lotis qu’ils ne le sont.
Ce jour-là, Erika est bizarre. Elle se coiffe, s’arrange, puis propose à son père/mari d’aller en bord de mer pour apprendre à pêcher au petit Erik. En s’y rendant, Jimmon traverse l’autoroute déjà couverte de végétation et découvre les traces récentes d’un engin mécanique, une jeep. Son esprit logique enchaîne les plus sombres déductions. Sur le chemin du retour, après avoir encore perdu un hameçon, il sait ce qui l’attend et ce qu’il a obstinément refoulé dans son inconscient. Erika a disparu, emportant avec elle toutes les armes et munitions. Elle a suivi l’étranger de passage pour s’assurer une vie meilleure. M. Jimmon reste seul avec son fils.
Cette suite de la première nouvelle, sans concession, ni romantisme, ni fioritures littéraires, n’est pas la description d’une vie idyllique dans un paradis perdu, mais celle d’une nature implacable, ainsi qu’une analyse des états internes du personnage prenant conscience de sa régression culturelle. Ni leçon de morale, ni fable, mais réflexion lucide et réaliste des rapports de l’homme confronté à sa propre essence.


couverture du numéro 23 de la revue "Fiction"
numéro de la revue contenant la première partie de la nouvelle de Ward Moore
 
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