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Londres engloutie

les oeuvres > SOCIETES POST-CATACLYSMIQUES 1

Londres engloutie par Richard Jefferies, Miroir Editions,1992, 1 vol. grand in-12ème, 283 pp. couverture muette. roman d’expression anglaise (GB)
1ère parution:1885  titre original: After London or Wild England
sociétés post-cataclysmiques 1


Richard JEFFERIES

(1848-1887) Ecrivain anglais. Thèmes prédominants: description de la vie rurale, expérimetnation du monde des sensations, interaction de l'homme avec la nature. Jeunesse dans une petite ferme du Wiltshare. Atteint très tôt par la tuberculose. Longues promenades solitaires et recherche d'un accord mystique entre la nature et l'homme. Après quelques voyages avortés devient journaliste au Swindon Advertiser,  puis se lance dans une carrière d'écrivain  (romans de moeurs, uchronie, etc.) Du succès terni par sa maladie qui rend ses dernières années difficiles.

Félix Aquila est le héros de cette histoire qui se déroule quelques siècles après qu’un astre errant a bouleversé la configuration de la Terre, balayant les sociétés et les états, noyant les territoires émergés sous une vague gigantesque :
« Au bout de trente ans, en-dehors des collines, il ne restait plus un seul espace ouvert où l’homme aurait pu se frayer un chemin sans suivre les pistes d’animaux où être obligé de se défricher un passage. Depuis longtemps, les fossés s’étaient emplis de feuilles et de bois mort, si bien que l’eau qui aurait dû s’écouler stagnait et se répandait dans les creux et les rigoles de ce qui avait été autrefois des champs, formant ainsi des marais où prêles, iris et joncs dissimulaient les eaux. »
Le site de Londres se trouve enseveli sous un lac gigantesque autour duquel se sont établis les descendants des derniers survivants en une nouvelle société féodale:
« Car cette cité merveilleuse source de tant de légendes, n’était en fait qu’une construction de briques et quand le lierre, les arbres et les buissons se mirent à croître, et que finalement les eaux souterraines jaillirent, cette vaste métropole fut vite engloutie. De nos jours, tout ce qui était construit sur des terres basses s’est transformé en marais. Les maisons des hauteurs, furent, comme toutes celles des grandes villes, pillées de leur contenu; même le fer en fut extrait. Les arbres fendirent les murs qui ne tardèrent pas à s’effondrer et à se recouvrir de buissons; lierre et orties engloutirent bientôt les amas de briques. »

Des bois immenses entourent le lac où des « hommes des buissons» primitifs et des « gitans » constituent un réel danger pour les petites cités moyenâgeuses:
« Dépravé, sans vergogne, l’homme des buissons est essentiellement vêtu de peaux de moutons, ou d’effets volés, s’il est habillé. Il n’observe aucune sorte de cérémonie. Le nombre de ses « camps » doit être considérables, et pourtant on a rarement l’occasion de voir l’homme des buissons et d’entendre parler de ses exactions, ce qui nous donne une indication du terrain qu’il couvre. C’est surtout lors des hivers rigoureux qu’il devient dangereux; poussé par la famine et le froid, il s’approche des villages pour dépouiller les enclos.
Il est si habile à se faufiler parmi ronces, roseaux et joncs, qu’il peut passer à quelques mètres de vous sans se faire remarquer, et seul le chasseur expérimenté a une chance de déceler sa trace, mais ce n’est même pas toujours le cas. »

Tout a basculé dans la barbarie car il ne subsiste rien de l’ancien monde, ni écrits, ni technologie. L’arc et la flèche triomphent, les moeurs sont brutales, les sujets plient devant des roitelets ignares ou incompétents, l’esclavage est particulièrement apprécié:
« La campagne aussi est affaiblie par la multitude des esclaves. Dans les royaumes et les provinces qui jouxtent le Lac, il n’est guère de villes où ils ne sont pas dix fois supérieurs en nombre aux hommes libres. Les lois sont forgées pour réduire la population à la servitude. Quelle que soit l’offense, la punition en est l’esclavage, et les offenses sont artificiellement aggravées pour que la richesse des rares êtres privilégiés s’accroisse encore. »

Félix, fils de noble, est un être à part dans ce monde rude. Très habile au maniement de l’arc, il est plus emprunté, plus sensible, plus frêle que son frère Olivier qui frappe de taille et d’estoc (avec une épée magnifique, vestige du passé). Se sentant insatisfait au château familial et honteux de son père qui se livre à l’agriculture au lieu de briller dans la haute société, Félix Aquila conçoit le projet d’explorer les pourtours du Grand Lac, ce qui n’a jamais été fait, en dépit de l’amour qu’il porte à Aurora Thyma, sa dulcinée.
En grand secret, et avec l’aide d’Olivier, il construit un canoë qui sera le véhicule idéal. Il s’embarque, après une dernière fête au château du baron Thyma, durant laquelle il a pu mesurer toute l’hostilité que le baron manifeste à son égard. Félix rêve de reconquérir Aurora après son périple.Celui-ci s’avère très vite difficile et dangereux, autant pour éviter de s’échouer contre les rochers affleurants avec sa barque que pour échapper aux gitans.
En dépit du danger, il traverse de nombreuses contrées, vierges d’hommes et débordantes de vie sauvage. Il se rend compte de l’intérêt stratégique que représente une avancée de terre bloquant tel un verrou le détroit donnant accès au lac. C’est là qu’il décidera de construire son château afin de contrôler la totalité de la région. Cachant son esquif sous des roseaux, il poursuit à pieds vers une ville entrevue -qui n’est en réalité qu’un hameau - , décidé à s’engager dans l’armée du roi. Cela va prendre du temps car les obstacles s’élèvent nombreux, qui l’empêchent de se faire reconnaître par le seigneur du pays. Enfin mis en sa présence, il est engagé dans un conflit qui n’est pas le sien. Félix, déçu par l’attitude grossière du roi et son incompétence de tacticien, désertera de l’armée.
Repartant en canoë sur le lac, il lui arrive une aventure singulière. L’air autour de lui se transforme, l’eau devient toute noire, des vapeurs méphitiques se soulèvent au fur et à mesure de sa progression, sur les bords une terre noire et souillée laisse deviner en creux des silhouettes de squelettes. C’est le site de l’ancienne « Londres engloutie », devenu lieu de mort et de rejet:
« Il était entré au coeur de cet endroit terrifiant dont il avait tant entendu parler: la terre empoisonnée, l’eau empoisonnée, l’air empoisonné, empoisonnée aussi la lumière des cieux qui traversait cette atmosphère. On disait que par endroits, la terre brûlait et crachait des fumées sulfureuses, venant sans doute des énormes réserves de produits chimiques inconnus, fabriqués par le merveilleux peuple de l’époque. Sur la surface des eaux flottait une huile vert-jaunâtre, fatale à toute créature qui la touchait; c’était l’essence même de la corruption.
Parfois, elle voguait au vent, et des fragments se collaient aux roseaux ou aux iris, bien loin des marais. Si une foulque ou un canard effleurait la plante contaminée, ou si une seul goutte d’huile tombait sur ses plumes, l’animal en mourait. Des eaux rouges, et du lac noir sur lequel le hasard l’avait conduit, il n’avait jamais entendu parler. »
Se sauvant à grand’peine, en un dernier sursaut d’énergie, du piège empoisonné de cette région maudite, il est recueilli par une tribu de pasteurs qui le soignent. Pleins d’admiration envers sa personne - il est le premier à avoir survécu à cette épreuve - , ils lui reconnaissent des qualités supérieures. Menant victorieusement un combat contre les Gitans - les ennemis naturels des Pasteurs - Félix est proclamé roi. L’admiration pour Félix se transforme en dévotion. D’autres tribus se rallient à sa bannière. Bientôt à la tête d’une fédération puissante de guerriers, Félix n’a pas oublié son projet premier: celui de construire son château au lieu stratégique découvert précédemment.  Pendant que ses guerriers s’attellent à la tâche, il les quitte  pour annoncer la bonne nouvelle à Aurora.
« Londres engloutie » est l’un des premiers romans du genre développant la thématique post-cataclysmique: une nature redevenue sauvage, la disparition de la technologie, un retour à la barbarie mesurée d’un nouveau moyen-âge. Les épigones de ce type romanesque feront souche à leur tour, les auteurs développant jusqu’à la satiété tel ou tel aspect de la thématique, jusqu’au cliché.
Aujourd’hui, les « nouveaux barbares » sont légion et « le nouveau moyen âge » forme la toile de fond de nombreux romans. Jefferies est cependant plus intéressé par la psychologie de son héros que par le décor, par sa volonté affirmée de libération,  par l’amour que Félix porte au lac , symbole de virginité. L’horreur de la technologie et son pessimisme se traduisent par la description étonnante du marécage qu’est devenu l’ancienne cité de Londres.
Peu connu en France, avec une traduction à diffusion quasi-confidentielle, le roman mérite une place de premier plan dans le courant de la science-fiction cataclysmique.


couverture du roman "Londres engloutie"
couverture muette de ce roman dont il a fallu attendre très longtemps la traduction en français. Merci à Jean-Pierre Moumon!
 
 
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