les Stas ou journal d'un dieu - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

les Stas ou journal d'un dieu

les oeuvres > ADAM ET EVE REVISITES

les Stas ou journal d’un Dieu par Raymond Caen, Trois Mousquetaires éd., 1950, 1 vol. broché, in-12 ème , 225pp. jaquette illustrée,  roman d’expression française
1 ère  parution : 1950
guerres futures 2 - menaces telluriques - Adam et Eve revisités


Raymond CAEN
(aucune référence)

Les membres de la famille Dubrankman, lors d’un pique-nique, étaient loin de se douter que le destin allait leur jouer un tour.
A cause d’une combinaison moléculaire extraordinaire, le fromage ingurgité contribua à faire d’eux des « Stas » (pour « Stabilisés »), soit des êtres humains improbables, figés dans une immobilité physiologique pour l’éternité. Leur cœur ne bat plus, ils ne respirent, ils ne mangent plus et surtout, ils ne meurent plus.
Pour Hector Petitpas, le gendre, l’immobilité fut lourde de conséquences. Survenue au cours de la sieste érotique d’après-repas, il fut affligé d’un priapisme persistant identique à celui du « Bandard fou » de Moebius. Situation qui lui valut le succès auprès des dames pour les siècles à venir sans qu’il en retire une satisfaction quelconque, ses sens eux-mêmes s’étant stabilisés.
Marie, la petite bonne paysanne, inculte et sauvageonne, mit à profit sa longévité pour acquérir une culture telle qu’elle devint, quelques siècles plus tard, une exploratrice interstellaire, disparaissant en une mission extragalactique.
Juliette, la femme d’Hector, se trouvait enceinte au septième mois lorsque le phénomène eut lieu. Elle garda son enfant trente quatre ans dans son giron puis eut la douleur de le perdre quand, après une césarienne réussie, celui-ci put vivre une vie d’adulte normal, puis de vieillard, à côté d’une maman toujours aussi jeune.
Plus tard, les Stas ne purent dénombrer leur descendance tant elle était nombreuse, sans toutefois que celle-ci pût profiter de leur pouvoir.
Mais le véritable héros du livre est Léopold Dubrankman, dont le nom « Léopold » se déforma en « Popoff » après la catastrophe mondiale qui s’inscrivit autour des années 3770. Témoin modeste et ironique des siècles futurs, il vécut 2324 ans avant d’être annihilé sur un bûcher funéraire, le feu seul pouvant avoir raison d’un Stas. Il avait ouvert un journal intime pour y relater sa formidable expérience d’homme-dieu.
Devenu immensément riche après un judicieux placement d’argent, il s’intéressa aux divers secteurs de la culture (politique, linguistique, économique…) pour finalement jouer un rôle effacé dans l’histoire des hommes qu’il se contenta d’observer.
Au cours des premiers millénaires, la science fit d’énormes progrès, y compris dans l’exploration du cosmos jusqu’à l’invention du « transmut », un appareil de transmutation permettant la métamorphose de tout en tout ( du sable en poulet, par exemple, ou de l’eau en vin) offrant le paradis à une humanité laborieuse.
Laborieuse mais agressive. Un désaccord avec des extraterrestres amènera sur eux la malédiction des cieux, soit la disparition totale de l’espèce humaine, des catastrophes géomorphologiques généralisées, un bouleversement des continents et la disparition de toute vie :
« Après ces hors-d’œuvre prometteurs, ce fut le chaos, le cauchemar d’un feu d’artifice dans toute sa splendeur. Les continents pétaient comme des châtaignes. La carte du monde changeait à chaque instant. La France, notre belle province, ne fut pas épargnée.
Si la Manche disparut entre le Pas-de-Calais et les environs de Douvres, un coup bien placé, fit de Brive-la-Gaillarde un port de mer, l’Atlantique s’étant engouffré dans une crevasse ouverte par une explosion atomique, entre le Massif Central et Arcachon. »
Seul Léopold Dubrankman, le dernier Stas survivra au désastre, grâce à sa nature. Il entreprit de marcher à la rencontre d’autres hypothétiques survivants, traversant des années durant des territoires stériles, vides d’animaux mais couverts d’une épaisse forêt :
« Inde, Chine ou URSS, c’est toujours la sempiternelle forêt, sans bêtes, sans oiseaux, sans hommes. Et je poursuis ma randonnée solitaire, avec pour tout bagages et richesses : ce présent cahier, mon stylo Eternit, mon portefeuille bourré de dérisoires billets de banque, un costume qui commence à n’en plus vouloir et des chaussures qui n’en veulent plus du tout. »
Le froid, la neige, la température glaciale ne constituaient pas de barrières pour lui. Se dirigeant vers les plus hautes montagnes du monde –d’après lui, l’Indou-Kouch -, il eut l’immense surprise de découvrir une tribu humaine, oubliée de l’histoire, les « Kouchiques », qui l’adoptèrent comme un dieu.
Là, de façon paternaliste, il conseilla ses sujets dans leur évolution, tout en évitant de leur donner des indications technologiques propres à les mener sur la voie du progrès scientifique. Comme démocrate il déplora que le réflexe agressif réapparaissait cycliquement dans l’être humain et ne put que s’incliner lorsque de hardis explorateurs marins kouchiques, partis sur l’océan indien, revinrent en rapportant les expériences malheureuses du contact avec des sauvages de « Cinghalaisie », des descendants d’anciens rescapés australiens survivants sur une île-continent apparue au cours du cataclysme.
Les Cinghalaisiens, ayant tué quelques-uns de leurs camarades, l’on décida d’une expédition punitive malgré les conseils de prudence du dieu « Popoff ».
Léopold, pour mettre du piment dans sa vie, accompagna l’expédition guerrière qui, prise au piège, fut anéantie. Lui-même, à cause de ses pouvoirs ,  considérés comme malfaisants, brûla sur le bûcher :
« Popoff renonça à se défendre et à se disculper. Il se laissa aller à son destin. Est-ce lassitude ou conviction d’impuissance ? Les deux hypothèses sont plausibles.
Vingt-trois siècles d’existence suffirent peut-être à son désir de vivre et son instinct de conservation, s’en était émoussé d’autant. Sans doute aussi, l’impossibilité de se faire comprendre dans la langue cinghalaisienne, lui enleva ses dernières velléités de résistance. »
Son journal intime, retrouvé par hasard dans une strate archéologique par une nouvelle civilisation humaine, fournira la preuve que jamais l’évolution humaine ne se fait de manière progressive mais que l’être humain, prisonnier d’un cycle de développements et de régressions, était condamné à répéter sans fin les mêmes erreurs :
« Grâce aux Stas, et singulièrement à Popoff, nous savons maintenant, en toute humilité, que l’on n’invente rien. On recrée tout au plus. Le progrès scientifique dont nous jouissons aujourd’hui, n’est pas l’apanage exclusif de notre temps. Le même stade de perfectionnement technique a existé sous l’ère chrétienne et vraisemblablement donc, sous les ères précédentes. »
Les Stas, journal d’un dieu, forme une petit ouvrage intéressant.Sans que jamais l’auteur ne se prenne au sérieux et avec une grande économie de moyens littéraires, il développe pourtant, avec finesse et ironie, ce que l’on peut lire dans des pavés conséquents (comme ceux de Stapledon), soit l’application des thèses d’Oswald Spengler sur le déclin de l’Occident. Un récit plaisant et profond. A rééditer.


couverture du roman "les Stas ou journal d'un Dieu"
couverture (médiocre) de la jaquette du roman dans sa seule édition connue.
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu