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les Saints d'or

les oeuvres > INVASIONS EXTRATERRESTRES

les Saints d’Or ou Colomb découvre l’Europe par Herbert Rosendorfer, Fayard éd., 1992, 1 vol. broché, in-octavo, 316 pp. couverture illustrée. roman d’expression allemande.
1ère parution : 1992   titre original : Die goldenen Heiligen oder Columbus endeckt Europa.
invasions extraterrestres



Herbert ROSENDORFER

(1934-2012) Ecrivain et juriste allemand. A vécu à Münich après des études de théâtre et d'arts palstiques, puis des études de Droit. Devint assesseur juridique, puis professeur honoraire de littérature allemande (bavaroise). Une production énorme le caractérise dans tous les domaines: romans (essentiellement fantastiques), histoire, adpatations théâtrales et cinématographiques, guides de voyages, aquarelles, ouvrages satiriques, etc.

Jessica Richter et Cornélia, deux sœurs, résident à Obermenzing, en Allemagne. Jessica, souffrante, prête à essayer tous les remèdes « spirituels » qui guérissent, vit avec Karli Schwöhrer qui dort toute la journée,  et « un certain Michaël », n’hésitant pas, à l’occasion, à se faire faire un enfant, le petit Ménélik, par Tobias Seelewig, lesquels deviendront des personnages fondamentaux dans la suite du récit. Jessica fait aussi la rencontre d’Eugène, dit «Nostradamus Deux », un charlatan doué, enseignant les sciences spirituelles de « l’Ere du Verseau ». Cependant, ce fut Cornélia qui s’entichera le plus de cette personne et qui connaîtra une carrière fulgurante grâce à la rencontre inattendue de Jessica avec un vaisseau extraterrestre.  Ces immenses engins spatiaux atterrissent un soir près de Paderborn :
« Quand quatre-vingt-huit vaisseaux spatiaux avec des Saints d’or à leur bord atterrirent le vendredi 2 janvier, par une chaude journée annonciatrice du printemps, dans le territoire mentionné, les maisons, les forêts, les clôtures, les gens et le bétail furent aplatis comme par un gigantesque fer rouge. »
Après quelques heures, l’un des vaisseaux repartit non sans avoir prélevé des échantillons de la faune et de la flore terrestre. Jessica fut témoin de l’événement et, en fouillant les ruines avec Nostradamus Deux, elle découvrit un objet extraordinaire, une sorte d’artefact bleu pyramidal qu’elle baptisera « trèfle » et qui s’avèrera être un instrument de communication pour extraterrestre. A partir de ce jour Cornélia, enseignant « l’amour extraterrestre de l’Ere du Verseau », devint célèbre et riche par ses conférences données dans tout le pays. Elle parcourut le monde avec Eugène en écrivant de nombreux ouvrages.
Un deuxième atterrissage, puis un troisième, en Autriche, mit l’émotion à son comble. Cette fois-ci, Cornélia, bien décidée à prouver la sainteté des extraterrestres, suivie d’une foule nombreuse, s’approcha du gigantesque vaisseau  en susurrant des mots d’amour et de bienvenue. Ce fut sa dernière tentative puisqu’elle fut proprement décapitée par un rayon issu de l’engin. Sans le savoir, l’humanité venait de basculer dans la nouvelle « Ere du Verseau »! Le premier contact avait eu lieu en 1993. En 2011, la Terre est totalement envahie. Partout s’étaient posés des vaisseaux extraterrestres grands comme des cathédrales :
« Aux premières heures du jour (heure d’Europe centrale), les Saints d’or apposèrent sur le globe à peu près à la hauteur du cinquantième parallèle une marque au fer rouge ayant la forme d’une couronne : tous les cent ou deux cents kilomètres, il y eut une brûlure qui fit siffler la terre et transforma en fumée et en cendres tout ce qui se trouvait sous les sceaux incandescents : les hommes, les  animaux, les plantes, tout. »
Les « Saints d’or » ou les « On-ne-peut-plus-Vénérables » - c’est ainsi que l’on nomme les E.T.- sont incompréhensibles, énormes, muets, luisants et roulants, et se déplacent à grande vitesse. Ils n’entrent pas en relation avec les Terriens mais les exterminent en accaparant leurs territoires. Jessica – toujours muni de son trèfle d’or, appelé « Treutling », - y entend par hasard la voix de Nostradamus Deux, enlevé par les Aliens. Cette voix lui conseille de vénérer les Saints d’or qui, lors d’une sortie d’extermination, découvrent les sabots en bois portés par un autochtone autrichien. Poussés par on ne sait quelle motivation, ils demandent immédiatement une immense quantité de ces sabots. Les Européens, ne sachant comment lutter contre les entités, accèdent à leur désir en contrepartie d’un contrat qui leur laisse encore quelques terres à cultiver. L’intermédiaire privilégié et obligé entre les extraterrestres et les habitants d’Obermenzing est un certain Seelewig, dont le (supposé) fils Ménélik note les faits et les gestes .
Sous la pression étrangère, l’humanité a fondu. Il reste encore de par le monde quelques cinq cents millions d’êtres humains menacés également par l’effet de serre et la montée des eaux :
« A partir de cette époque, nous vécûmes au sein d’une communauté qui ressemblait à la fois à une forteresse assiégée, à une petite bourgade médiévale et à un îlot perdu au milieu du chaos. Comme les médias disparaissaient, les gens perdaient la vue globale des choses (…) Notre «village» fortifié compta tout d’abord cinq à six mille habitants, plus tard, quelques autres « villages » de ce genre, à l’ouest de l’ancienne Munich, se joignirent à nous pour constituer finalement une ville moyenne comptant quelque vingt mille habitants. « Village fortifié » n’est pas simplement une métaphore ; peu à peu on construisit effectivement autour du Grand-Menzing une enceinte surveillée jour et nuit. A l’extérieur, la violence et la peste faisaient rage. »
Ménélik, maintenant adulte, continue la relation des événements. Deux camps d’extraterrrestres se partagent la terre, les Saints d’or bleus en Europe, les « Violets » en Amérique, deux clans antagonistes. Les Bleus refusent que les Violets poussent plus avant leurs conquêtes territoriales. S’étant avisés que la seule arme terrienne susceptible de les anéantir était le bruit, ils chargent les habitants d’Obermenzing, sous la conduite de Tobias Seelewig, d’anéantir les Violets infiltrés dans la haute vallée du Rhin. Grâce à la « sirène atomique », un engin humain inventé à l’occasion et qui produit un son terrifiant, les hommes font littéralement « fondre » les Saints d’Or envahisseurs qui abandonneront la région. En contrepartie, les vainqueurs, dans leur réserve d’Obermenzing, seront choyés par les «Bleus » qui leur distribuent de la nourriture ainsi que des Treutlings, appareils agissant sur le cerveau humain à l’instar de drogues mais qui font tomber l’utilisateur en poussière au bout de quelques années :
« Certes, la pollution de l’environnement diminua et il n’y avait plus de plastique. Les nuits de pleine lune étaient longues et romantiques, et quand une jolie fille en jupe courte traversait la rue, tenant une cruche à la main gauche et une lanterne dans la main droite, pour aller chercher une bière à la buvette – peut-être pour son amant épuisé-, c’était un spectacle charmant. Mais quand un incendie se déclarait, comme c’était parfois le cas, et que les puits étaient vides, quand on entendait les hurlements d’un violeur que l’on éventrait sur la Steuber-Platz ou d’un voleur de petits pains auquel on coupait la main, quand les latrines, par temps lourd, répandaient leurs émanations nauséabondes et quand, comme chaque année, le grand fléau des mouches vertes s’abattait sur Grand-Menzing, les choses étaient très différentes. Les charmantes vitres en culs-de-bouteille des petites maisons de la Kemnahten-Strasse étaient ravissantes, mais quand un arracheur de dents opérait sans anesthésie et que les hurlements de son patient s’élevaient bien haut au-dessus du parc du château, ceux qui se souvenaient encore du bon vieux temps se disaient qu’il aurait tout de même été préférable que les Saints d’or ne vinssent pas nous « sauver ».
La situation reste critique dans la réserve à humains. Hormis la fabrication des sabots en bois, l’économie a disparu, la médecine remplacée par un chamanisme dégradée dont Jessica est la grande-prêtresse. Sous la tutelle de Seelewig, les humains filent doux sauf Burschi, le contestataire, qui suggère d’essayer la sirène atomique contre les Bleus, «ceux-là de là-bas qui nous ont volé nos terres ». Avec une bande de révoltés extérieurs à Menzing, il vole la sirène et entreprend une campagne victorieuse contre les Saints d’or. Rolff, le correspondant extraterrestre de Seelewig, affolé, demande aux humains « fidèles » d’éradiquer le péril, leur confiant l’arme à « rayons oranges découpeurs ». Burschi et les siens seront exterminés. Pour fêter l’événement, grande distribution de Treutlings. Quant à Seelewig et famille, ils accèdent à un statut de commandement privilégié.
En 2035, il ne reste plus que quelques centaines d’humains sur Terre, tous réunis dans le village d’Obermenzing, dont Ménélik et Jessica, maintenant vieille et toujours souffrante. Pour éviter à jamais toute révolte, les derniers humains, parqués dans le « zoo Menzing » devront avoir une jambe coupée, sauf Seelewig, évidemment. Ménélik, choyé par Jupp le remplaçant de Rolff, sera le dernier terrien. Il aura pour mission de relater le plus sincèrement possible, à l’usage des extraterrestres, ce qu’a pu être la civilisation humaine du temps de sa splendeur :
« Pendant un certain temps, je ne remarquai même pas que j’étais le dernier homme en vie. C’est lorsque six semaines eurent passé sans que j’eusse vu un unijambiste ou une femme que je commençai à m’inquiéter et que j’inspectai toutes les maisons  les unes  après les autres.Je criai, mais il n’y avait plus personne pour me répondre.
Récemment, j’ai rêvé que Mara était revenue. Elle avait onze ans et disait qu’elle continuait à rêver le monde, que je pouvais être assuré. Mara était âgée de plusieurs centaines d’années et elle était complètement nue. Elle portait le chapeau rouge puceron de tante Jessica. Dans mon rêve, Mara me dit qu’elle avait cessé de rêver les Saints d’or. Le monde n’est qu’une chimère argentée sortie des rêves de Mara. Je suis rassuré. »
Un récit grinçant, dérangeant, burlesque, révolutionnaire, relatant sous la forme d’une immense métaphore, la rencontre des Européens avec les Américains primitifs, et ce qui en résulta. Avec un style foisonnant, baroque (même en traduction, ce qui donne à penser de l’original), l’auteur s’attaque aux tares humaines : l’égoïsme, les jeux de pouvoir, les fausses religions et les combinaisons méprisables. Un récit à mettre en parallèle avec celui de Silverberg « le Grand Silence ». Une réussite !


couverture du roman "les Saints d'Or ou Colomb découvre l'Europe"
couverture du roman dans sa première édition française
 
 
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