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les Rivages de lumière

les oeuvres > LA NOUVELLE GLACIATION

Les Rivages de lumière par Jean-Marc Auclair, Anne Carrière éditeur, 2003, 1 vol. broché, in-octavo, 375pp. couverture illustrée par Ernst Haas. roman d’expression française
1ère éd. : 2003
menaces cosmiquesla nouvelle glaciation


Jean-Marc AUCLAIR

(1962-) Scénariste et écrivain français. Vendeur de films puis producteur. Scénarios pour des séries télévisées (Indaba, Brigad). Plusieurs projets de longs métrages dont l'adaptation de son roman au cinéma.

François Renaud, parisien de son état, dirige le Bureau Central des Services Internationaux de la rotation terrestre. Or la Terre perturbée sans raisons apparentes, d’abord d’une manière infinitésimale puis de plus en plus nettement, ralentit sa course : " Le lendemain à l’observatoire de Paris, le relevé indiquait un retard de 2 millisecondes. 86 400 secondes et 2 millisecondes. Rien que l’homme de la rue puisse percevoir, mais assez énorme pour ébouriffer François. "
Avec ses deux collègues au nom transparent de Tocante et de J.&B., François tente d’alerter les édiles politiques sur la singularité du phénomène. Selon ses projections, la Terre s’arrêtera de tourner dans neuf ou dix mois, plongeant la moitié du globe dans l’obscurité :
" Du côté jour, il y aurait autour de l’équateur une région très chaude et humide, due à l’évaporation des océans. Au-delà, vers le nord et le sud, on trouverait des régions sèches, puis progressivement des régions plus froides au fur et à mesure que l’on s’éloignerait de l’équateur. Autour de l’équateur on devait imaginer des températures avoisinant 40°C, peut-être plus. Et ces températures allaient devenir permanentes. 40° ou 50°C tout le temps, toute l’année, à jamais, sans nuits pour faire tomber la température. Celle-ci monterait-elle beaucoup plus haut ? Difficile de répondre. (…) Du côté nuit, la situation serait terriblement simple. Il n’y aurait plus de réchauffement par le soleil et peu de transport de chaleur du côté jour vers le côté nuit, du fait de la forte diminution de la circulation atmosphérique et océanique. Ainsi, si Paris se situait dans cette nuit éternelle, les températures seraient celles rencontrées en hiver en de ça du cercle polaire, c’est-à-dire entre moins 20° et moins 30°C, sans exclure quelques pointes à moins 50°C. "
Les conséquences économiques, écologiques, humaines d’un tel événement étant dramatiques, la seule question à laquelle il faudra trouver réponse est de connaître la position finale de l’hémisphère éclairé :
" -Si le phénomène se poursuit… et que la planète s’arrête de tourner, quels pays vont se retrouver dans l’obscurité ?
François soupira. (…) Le président avait posé
la bonne question, car si la rotation de la Terre sur elle-même ralentissait au point qu’elle présente toujours la même face au Soleil, il allait devenir fondamental, primordial, de savoir au plus vite quelle partie allait se retrouver dans la nuit. "
Alors que le black-out est décidé pour éviter une panique généralisée, le Président constitue une cellule d’études et de prévisions du phénomène, avec à sa tête François, coiffé par le directeur de Cabinet, Richard Chambaz, dont le scientifique sent l’hostilité à son égard.
La vie de François basculera tout d’un coup. Devenue la personne du monde la mieux protégée, il disposera d’un garde du corps, Rémy, il habitera à l’Elysée, sa famille même étant mise au secret pour éviter la divulgation de la nouvelle. Comme un bouleversement n’arrive jamais seul, il rencontre Nathalie, une jeune femme mystérieuse, qui prendra soin de ses enfants. Son ami J.&B. en face de l’horreur du phénomène à venir, s’acoquine avec Chambaz et complotera contre François. Partout, dans le monde, des comités scientifiques divulguent la nouvelle et les Etats se mobilisent dans l’attente de la réponse ultime : quels pays resteront éclairés ? A Paris en proie à quelques convulsions sociales, les amis et la famille de François commencent à organiser leur survie. Enfin, la cellule d’étude est en mesure de donner une réponse : la France, au moment fatal restera éclairée !  C’est une explosion de joie dans le pays qui prend toutes les mesures nécessaires pour bloquer l’invasion sur son sol des nouveaux immigrants fuyant leur destin, en provenance d’Amérique du Sud, notamment :
" Il tira. La boule de feu alla s’écraser en mer à quelques centaines de mètres de la côte de l’île d’Oléron. D’autres avions furent abattus de la même manière.(…) Quelques heures plus tard, les fuyards qui songeaient encore à partir pour l’Europe renoncèrent pour la plupart, et les avions demeurèrent sur les pistes des aéronefs civils ou clandestins d’Amérique latine. "
Mais, pour une raison indéterminée, un grain de sable cosmique (survenue d’une comète dans le système solaire, aimantation du soleil ?), une légère perturbation allongera finalement le processus, inversant la position des hémisphères face au soleil : c’est l’Europe et non l’Amérique qui souffrira des affres du froid et de la nuit éternelle ! Aussitôt la nouvelle connue, les structures sociales de la France explosent :
"Quel Etat accepterait que des millions de Français débarquent sur son territoire ? L’annonce par la Chine de la fermeture de ses frontières le 23 février (…) accentua la panique. Les jours suivants, à Paris, le ministère des Affaires Etrangères – à demi déserté - ordonna l’installation au Trocadéro et à la Concorde, de deux mappemondes lumineuses gigantesques, divisées en deux moitiés égales – la nuit d’un côté le jour de l’autre. On pouvait y suivre du regard quels pays, au fil des heures, fermaient leurs frontières au reste du monde. Après la Chine, vinrent le Japon, l’Inde, le Pakistan, la plupart des Etats de Malaisie et d’Indonésie. "
François sera enlevé, mis en hôpital psychiatrique et sa mort simulée. Difficilement, Mano (le père de François) et Rémy le tireront de cette mauvaise situation. La vie n’étant plus possible dans le pays, le petit groupe programme son départ vers Tahiti où résident d’autres membres de la famille (une chance !). Le départ vers la Rochelle pour y embarquer sur le voilier " Sun Society ", appartenant à un oncle de Nathalie, s’avère extrêmement compliqué. Les routes bloquées, l’agressivité générale, l’affolement et l’effondrement de l’économie n’empêcheront pas la réussite du groupe mais sans Nathalie, disparue mystérieusement dans la foule. Le 23 juin, à Paris, l’on célèbre dans une tristesse infinie , le dernier coucher de soleil :
"Quand les derniers rayons du Soleil disparurent, une immense clameur s’éleva, relayée bientôt dans toute la ville par des cris de ferveur, de crainte, de désespoir, de douleur, des pleurs , des gémissements, des chants religieux, des hurlements hystériques et les vociférations de ceux qui, des ponts, se jetaient dans la Seine. (…) Et soudain la luminosité, déjà faible, diminua encore. François leva la tête et comprit. Sur les cieux désormais bleu foncé et rouge flamboyant se découpaient une multitude de points noirs venant de l’Est, qui se dirigeaient vers l’Ouest. Les oiseaux. Des millions d’oiseaux traversèrent le ciel de pairs pour voler vers la lumière. La plus grande migration jamais observée devait durer trois jours. La France venait d’entrer dans la Grande Nuit… "
Navigants sur une mer encombrée, évitant les actes de piraterie, se défendant de toute pulsion humanitaire, les fugitifs auront à affronter en plein océan l’ultime barrage à leur fuite, la " Vague ", une gigantesque turbulence marine produite par le choc thermique entre le front froid et le front chaud, séparant la zone éclairée de la zone obscure :
" Grelottant, François regardait cet himalaya d’eau, de vent, de tornades et de crêtes gigantesques. (…) Jusqu’à quelle altitude s’élevait-elle ? Les avions de ligne qui volaient à dix mille mètres y échappaient-ils ? Et quelle était la largeur de cette ceinture infernale ? Cent, deux cents, trois cents kilomètres ? Quels autres phénomènes insensés la démarcation jour-nuit engendrait-elle ? "
Arrivant vaille que vaille à Papetee, François, requinqué physiquement n’a pourtant pas perdu tout espoir de retrouver Nathalie. Sa décision est prise : il repartira vers la France, vers Paris pour ramener son amie en lieu sûr. Cependant, les conditions climatiques ont profondément modifié le paysage. Abordant l’océan atlantique désormais gelé en profondeur, François s’agrégera à une caravane des neiges, s’y déplaçant en traîneau, engoncé dans un " Skadi ", un vêtement-réchauffeur inventé depuis peu qui lui permet de survivre à une température de moins cinquante-sept degrés :
"Quand François eut les pieds sur l’Atlantique gelé, il contempla à travers son casque ce spectacle invraisemblable. Malgré sa Skadi, il ressentait déjà les effets du froid. Le blizzard devait souffler à plus de cent cinquante kilomètres à l’heure. Une bouteille d’eau, tombée de la cabine (…) avait gelé en quelques secondes. A son poignet , le thermomètre de la Skadi indiquait moins 57° C. Il ne put s’empêcher de se dire : " Mon Dieu, c’était ça, la grande Nuit ! "
La France, le pays gelé, ne montre plus aucun signe de vie : les survivants, tant bien que vaille, se sont réfugiés sous terre. Paris, envahi de congères, présente une vision sinistre, amplifiée par la dictature de fer que fait régner sur la ville un certain Richard Chambaz, qui a pris le pouvoir à la mort du président :
"Paris était couvert de plusieurs mètres d’une neige lumineuse. L’Arc de Triomphe, la Madeleine , Notre-Dame de Paris, le Trocadéro, l’Odéon et tous les monuments étaient à peine reconnaissables sous leur lourd manteau blanc. Les rues étaient régulièrement débarrassées de leur couche de neige… qui retombait sans cesse. (…) La circulation était souvent impossible, en raison de l’épaisseur de la neige qui atteignait plusieurs mètres. On progressait avec des raquettes, des crampons et des piolets. (…) le 23 juin, le dernier coucher du Soleil avait été filmé par des milliers de caméras. Sur des écrans géants répartis un  peu partout, on en diffusait des images en boucle, pour que les gens n’oublient pas. "
François, apprendra de la bouche même du traître J.&B. que la disparition de Nathalie n’est pas due au hasard mais programmée par Chambaz lui-même, puisqu’il est son père. Finalement, la jeune femme, mise au courant de la présence de François, le rejoindra ,alors que, dans le même temps, le lecteur apprend que la rotation terrestre a repris (une coquetterie de l’auteur, certainement !)
Un récit dense où se côtoie, comme dans tout roman cataclysmique qui se respecte, la sphère privée, sentimentale et la sphère sociale, dramatique. Les notations précises et scientifiques, la descriptionde l’atmosphère  englobant les événements, accentuent l’effet de vraisemblance, déclenchent le suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin, malgré quelques " coups de pouce " de l’auteur pour forcer le destin des personnages. Dans l’ensemble, un roman agréable et réussi
.


couverture du roman "les Rivages de lumière"
couverture de la première édition française.
 
 
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