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les Fils de l'homme

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LES FILS DE L'HOMME

les Fils de l’homme par Phyllis Dorothy James, Fayard éd., 1993, 1 vol. broché, in-8 ème , 366 pp. couverture illustrée par photo Sipo Press-Alfred. roman d’expression anglaise (GB)
1 ère  parution :  1992   titre original : the Children of men
menaces animales


Phyllis Dorothy JAMES

(1920-) Femme écrivain anglaise. Enfance itinérante. Cambridge High School. Travaille pour ses deux filles et son mari impotent. Se lance dans la littérature policière. Poste important dans l'administration médicale. Bâtit son oeuvre d'écrivain (Nombreux romans, voyages et conférences) Est annoblie par la reine (Baronne)

Théo Faron, cousin, ami et ancien conseiller de Xan Lypiett le Gouverneur de Grande-Bretagne, s’est retiré dans sa solitude personnelle où, par le biais d’un journal intime qu’il détruira à la fin de son récit, il relate dans le détail la destinée de l’humanité.1944 est une date fatale pour l’espèce humaine, appelée ultérieurement l’âge Oméga : le début d’une stérilité absolue, complète et totale des hommes :
«  Il y a maintenant vingt-cinq ans que naquit le dernier être humain, et rares sont parmi nous ceux qui, dans leur cœur, croient que le cri d’un nouveau-né se fera jamais réentendre sur notre planète. Notre intérêt pour le sexe va diminuant. L’amour romantique et idéalisé a pris le pas sur la grossière satisfaction charnelle, malgré les efforts du gouverneur d’Angleterre et les boutiques porno qu’il a promues à travers le pays pour stimuler nos appétits. »
Au moment où s’ouvre le récit, en 2021, la société anglaise s’est profondément transformée. Le monde est peuplé de vieillards ou d’hommes mûrs. La criminalité recule, les fauteurs de troubles étant bannis sur l’île de Man où, sans frein, ils pourront se livrer à leurs instincts meurtriers. Des activités de substitution –baptêmes et anniversaires de chats, promenades avec des poupées disposées dans des landaus, sont courantes chez les femmes, désespérées :
« Alors qu’il se rendait à Magdalen comme à l’accoutumée, il avait tourné St John Street dans Beaumont Street et approchait de l’entrée de l’Ashmolean Museum lorsqu’une femme s’avança vers lui en poussant un landau. La bruine avait cessé, et comme elle arrivait à sa hauteur, elle s’arrêta pour retirer la couverture imperméable et rabattre la capote. La poupée apparut, installée bien droite contre les coussins, les deux bras, mains gantées, posés sur l’édredon, parodie d’enfant à la fois pathétique et sinistre. »
Pour ceux et celles qui s’estiment trop vieilles est instauré le « Quietus », une atroce cérémonie de suicide assisté par noyade.Dans la campagne anglaise qui se désertifie, les petites bourgades se vident,leurs habitants se repliant sur les grandes cités.La dernière génération des jeunes, les trentenaires, ceux qui  vont clore au moment de leur vieillesse l ‘épopée de l’espèce humaine, apparaissent comme des êtres étranges, sauvages, incultes, aux mœurs bizarres, incompris par les vieillards.
Les Omégas - c’est ainsi qu’on les nomme - ont souvent le visage peint de couleurs rituelles et se livrent à l’assassinat collectif. La police spéciale de Xan, réagit peu contre toutes ces dérives puisque la pièce est jouée. Les échanges économiques subsistent grâce à l’action du « Conseil des Sages », cinq hommes et femmes assurant le pouvoir autour de Xan, considéré par certains comme un dictateur. Théo note les faits insignifiants d’une vie vide de sens dans un monde désespéré :
« Même à travers la vitre, il entendait distinctement la télévision. Les vieux devaient être sourds. Il reconnut le programme : Neighbours, une série à petit budget réalisée en Australie entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. (…) Elle jouissait d’un regain de succès et faisait presque l’objet d’un culte. La raison en était évidente. Les épisodes, dans le cadre d’une lointaine banlieue baignée de soleil, suscitaient une irrésistible nostalgie d’innocence et d’espoir. Mais surtout, ils traitaient des jeunes.
Les séduisantes images de jeunes visages, de jeunes corps, le son de jeunes voix créaient l’illusion que, quelque part aux antipodes, cette jeunesse existait toujours, et que le monde rassurant où elle évoluait demeurait accessible. C’est dans le même esprit et en réponse au même besoin que les gens achetaient des cassettes vidéo d’accouchements et regardaient bouche bée des anciens programmes de télévision pour enfants. »

Pour le narrateur, universitaire d’Oxford, professeur d’histoire ancienne, sa vie avec Héléna, dont il divorcera après qu’il aura tué accidentellement leur fille, constitue une grande déception. L’ambition ne l’a jamais travaillé et s’il relate longuement son amitié de jeunesse avec Xan, c’est pour humaniser un personnage devenu hiératique aujourd’hui.
Une vie vide, des cours incompréhensibles devant de rares étudiants, une routine exaspérée par la mort qui s’avance, pas d’amitié, la solitude du célibataire, tout cela va être gommé par sa rencontre avec Julian.Ancienne auditrice de ses cours,  la jeune femme de trente ans appartient à un groupe de contestataires (ils se   dénomment les «Cinq poissons») qui espère infléchir la politique gouvernementale.
Ils comptent sur Théo pour porter leur message auprès de Xan.  Chacun d’entre eux, Rolf, le mari de Julian, Luke le prêtre catholique, Cascoigne, l’ouvrier qui croit en l’utopie, et Myriam la Noire, infirmière et sage-femme, a des raisons différentes d’agir.
Rolf est travaillé par l’ambition et le pouvoir. Le frère de Myriam est mort, tué par la police spéciale, après son évasion de l’île de Man. Cascoigne ne peut supporter le Quietus. Théo, sceptique quant à leur sincérité, après avoir assisté à l’horreur d’un suicide collectif, consent à rencontrer Xan pour lui faire part des doléances du groupe des Cinq Poissons.
Le Gouverneur, sympathique et ouvert mais aussi inquiétant et mystérieux, l’accueille au sein du Conseil des Sages pour lui faire comprendre qu’il n’y aura aucun changement à espérer. Lorsque Théo rend compte de l’échec de sa mission au groupe, on lui apprend une stupéfiante nouvelle : Julian est enceinte des œuvres de Rolf !Basculant définitivement dans la clandestinité, il recherchera pour le groupe un endroit discret et sûr pour l’accouchement de Julian. Il sait que le temps leur est compté, que Xan agit probablement déjà et qu’il voudra s’approprier l’unique bébé à naître sur une terre au désespoir.
L’arrestation inopinée de Cascoigne qui sabotait les passerelles d’embarquement menant aux bateaux du Quietus, accélère leur décision : il faut fuir au plus vite, dans la campagne anglaise déserte, vers le pays de Galle, dans une grange dont Théo connaissait l’emplacement du temps de sa jeunesse, à Wytchcrafft.Malgré la haine de Rolf à son égard et les difficultés liées à un accouchement imminent, il vole une voiture, de la nourriture, un révolver pour se défendre, et, avec le groupe, s’enfonce dans la nuit. Arrêtés en pleine forêt par des Omégas, ils trouveront leur salut dans la fuite, Luke se sacrifiant pour leur survie.
La disparition du prêtre éclaire les circonstances de la naissance miraculeuse : c’est Luke le père de l’enfant et non Rolf. Ce dernier, mortifié et haineux, disparaît dans la nuit pour trahir Julian auprès du Gouverneur. La jeune femme arrivera juste à temps dans la grange déserte pour donner naissance à un bébé mâle, à la grande stupeur de Théo.
Mais ils sont traqués par Xan. Myriam, après l’accouchement, s’étant éloigné du couple, sera retrouvée par Théo, étranglée. Il sait qu’ils sont piégés mais aussi qu’il ira jusqu’à se faire tuer pour la liberté de Julian.Lorsque Xan apparaît dans la clairière,  seul  - hélicoptères, médecins, police étant restés invisibles pour ne pas traumatiser la jeune mère - , sa confrontation avec Théo tourne à son avantage. Un cri de l’enfant détourne l’attention du Gouverneur, ce qui donne l’occasion à Théo de le tuer. Prenant à son doigt la bague du mort – symbole de commandement - Théo sera reconnu par les membres du Conseil comme le nouveau Gouverneur, le père du seul enfant au monde, le sauveur de l’humanité :
« Ils arrivèrent sans se presser, sortant de la forêt (…) Parvenus à deux mètres du corps, ils s’arrêtèrent. Tenant l’anneau, Théo le passa alors ostensiblement à son doigt et leur présenta le dos de sa main. « le Gouverneur est mort et l’enfant est né, dit-il. Ecoutez ». le vagissement avait repris, à la fois pitoyable et impérieux. (…)
Ils entrèrent d’un pas hésitant, presque comme à regret. Woolvington, qui fermait la marche, n’essaya pas d’approcher Julian mais resta planté à l’entrée comme une sentinelle. Les deux femmes, elles, s’agenouillèrent, mais moins pour marquer leur respect, semblait-il, que pour être tout près de l’enfant. En réponse au regard suppliant qu’elles levèrent vers elle, Julian leur tendit l’enfant en souriant, et elles, partagées entre le rire et les larmes, avancèrent timidement la main pour lui toucher la tête, les joues , les bras .»

Les Fils de l’homme est un roman sombre et désespéré, d’une écriture envoûtante, qui traduit dans sa complexité une société à l’agonie.
Traitant du même thème que « Barbe grise » de Brian Aldiss, il dépasse ce dernier par le ton intimiste appliqué à la description d’une horreur sans nom, celle de la mort de l’espèce vécue à travers un seul individu. Un chef-d’œuvre.(contrairement au film adaptant l’ouvrage,  qui est un ratage innommable!)


couverture du roman "les fils de l'homme"
couverture du roman paru chez Fayard
 
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