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les Derniers jours du monde (l'Andelyn)

les oeuvres > L'ENTROPIE PROGRESSE...

les Derniers jours du monde par Charles de l'Andelyn, A. Jullien éd., 1931, Genève, 1 vol. broché, in-12ème, 127pp. couverture muette.  roman d'expression française (Suisse romande)
1ère parution: 1931
l’entropie progresse…  -  la nouvelle glaciation

Charles de l'ANDELYN

(1892-1975) De son vrai nom Jules Emile PITTARD. Ecrivain suisse de langue française. Après une licence de Lettres Modernes, il enseigna comme Professeur au collège de Genève. Passionné de théâtre, il  écrivit également des poèmes et des nouvelles. Après les années trente, il se tourne vers l'histoire et l'anticipation. Fondateur du prix "Pittard" récompensant un jeune auteur suisse pour l'ensemble de son oeuvre.


Depuis longtemps, la terre est à l'agonie. Le soleil éclaire moins, chauffe moins, les glaces se sont répandues jusqu'à l'équateur ne laissant de libre qu'une étroite bande de terre centrée autour de ce qui fut  jadis le fleuve Congo. Le paysage tropical a disparu, remplacé par des pins enneigés dans un univers plat et glacé. Dans ce dernier endroit survit le dernier groupe humain de la tribu du "Rayon Ardent", une trentaine de d'hommes, de femmes et d'enfants qui, la plupart du temps, s'abritent au fond d'une grotte. Dirigés par Homb, l'ancêtre, les hommes ont une activité réduite qui consiste à se pourvoir en nourriture par la pêche , en cassant la glace du fleuve- et à rechercher du bois pour entretenir le feu. Ces derniers hommes, bien qu'ils apparaissent aussi démunis que les premiers, gardent néanmoins la mémoire de ce qu'ils furent jadis. Le soir, lorsqu'ils se serrent les uns contre les autres, Homb évoque le brillant destin humain. Il leur raconte comment l'homme s'est élevé au sommet de l'évolution, comment il a fait régner la paix, a gagné les planètes environnantes, a instauré un gouvernement unique, a pratiqué l'eugénisme pour ne garder que les meilleurs de l'espèce:
"Maître de la Terre, l'homme songea à l'espace. La Lune, ce satellite mort éclairant la glace de nos nuits, fut le premier objet de ses désirs. Exécutant enfin les pensées folles des aïeux, il réussit à vaincre la force de l'attraction comme il avait asservi les autres énergies, il quitta le sol terrestre, il franchit l'atmosphère, pénétra dans l'invisible éther, et, à mesure qu'il allait, il voyait, ô prodige, l'astre patrie s'effacer et blêmir dans le ciel noir, tandis que la Lune grandissante et dorée remplissait tout l'espace et lui révélait ses cratères sans flammes et ses océans sans feu; il put enfin fouler un sol vierge, contempler à la fois le Soleil et les étoiles et s'étonner d'un silence éternel."
Longtemps l'être humain a dominé le monde. Il s'est aperçu que sur Mars ont existé jadis des êtres semblables à lui, et qui ont disparu. Il a su que sur Vénus, planète encore jeune et proche du soleil, l'évolution était à venir. Mais il a compris aussi que le soleil déclinait peu à peu, que cela affecterait toute vie sur la Terre en proie à un refroidissement généralisé et intense:
"Alors le froid remporta son premier triomphe: les hivers polaires amassèrent la neige en montagnes, et la mer gela; le pouvoir humain vaincu dut céder, car ni les feux du Soleil, ni ceux de l'onde électrique ne parvenaient à réchauffer cet immense désert blanc; l'homme quitta les pôles; quand l'été revint, il en tenta la reconquête, mais les hivers se succédèrent si rapides et si cruels qu'il fallut perdre toute espérance; on abandonna pour toujours les cités superbes que la neige ensevelit, et les peuples exilés refluèrent vers des terres plus clémentes."
La race humaine est peu à peu descendu de son piédestal et a involué vers davantage de primitivité. Les grandes et merveilleuses cités ont disparu. la technologie n'a plus été comprise, la guerre est réapparue, les sociétés ont fondu en nombre, l'espace vital s'est rétréci, le froid intense a tué la plupart des survivants. Aujourd'hui, dans cette grotte glacée, Homb est sans espoir. Il se bat avec ses compagnons pour une survie au jour le jour, se demandant notamment comment échapper à la grande tempête d'hiver:
"La neige tombait toujours, inlassable et indifférente; le ciel était d'un blanc laiteux à l'orient, d'un blanc grisâtre à l'occident, et la terre, toute blanche, montrait d'énormes entassements de neige qu'on n'aurait pas soupçonné, si l'on n'avait vu les arbres s'enfoncer peu à peu dans ce linceul qui effleurait leurs premières branches et voulait s'élever toujours plus haut, et les sapins noirs et les bouleaux décharnés attendaient immobiles la mort qui montait. Et les hommes eurent une vision fugitive: ils se virent eux aussi debout dans la neige enveloppant leurs pieds, s'accumulant jusqu'à leurs genoux, escaladant leurs cuisses, entreprenant l'ascension de leur buste tout doucement, sans violence et sans heurt, mais sûre d'atteindre le cou qui se gonfle, la bouche qui crie, les narines qui s'élargissent désespérément et se referment remplies de flocons, les yeux grands ouverts dans le spasme de l'asphyxie."
La tempête se déchaîne à son maximum au moment où manque le bois. L'équation est simple: il faut trouver de quoi se chauffer ou se résigner à mourir de suite. Homb envoie les guerriers les plus jeunes, en dépit du danger, hors de la grotte pour coupe les derniers sapins poussant au bord du fleuve. Ils ne reviendront jamais, gelés debout, enchâssés dans la neige. Au matin, lorsque la tempête s'apaise, il ne reste que sept survivants de l'ensemble de la tribu. Homb a succombé. Har, le plus volontaire, rappelle aux autres que jadis existait en aval du fleuve un autre groupe humain. Peut-être existe-t-il encore? Avec réticence, ils quittent leur caverne familiale, désormais une tombe où reposent les leurs. Progressant avec difficulté le long des rives glacées, ils se heurtent à un obstacle inattendu lorsqu'il leur faut joindre l'autre rive. Si le printemps débutant facilite leur progression, il fragilise également la glace. Seul Har atteint son but, en rampant sur la surfface gelée. Ses compagnons, trop pressés, se noient. Har se retrouve seul survivant, le dernier homme sur terre. Malgré tout, là où vivait l'autre tribu, au fond d'une caverne, il découvre Fléa, une jeune femme, dernière survivante et dernière femme. Elle deviendra sa compagne pour cet ultime printemps. Vivant intensément leur union, le couple goûte les derniers instants de la beauté du monde. Le bref dégel printanier leur permet de se nourrir et de se chauffer. Mais dès les premières chutes de neige, Fléa succombe au froid. Har, désespéré mais résolu,  attend la mort assis, solitaire,  en face d'un soleil couchant d'une beauté impitoyable:
"Har regarda autour de lui. Le Soleil atteignait l'horizon. Alors la surface immense de la glace s'enflamma, et toute la mer parut rouge, comme un océan de rubis; le flamboiement se perdait dans l'infini et la neige rosissait, le ciel s'empourprait, toute la nature resplendissait d'une fantastique lueur rouge. Puis l'astre qu'aucun oeil humain ne verrait plus s'enfonça sous la glace qui pâlit, devint rose, blanche,comme le linceul de neige; le ciel aussi modifia ses couleurs, se vêtant de pourpre foncé et de violet éclatant, enfin de lilas et d'indigo. Alors Vénus flamboya à l'occident, et une à une les étoiles étincelèrent, Aldebaran, les flammes orangées de Bételgeuse et les scintillements de Sirius."
La terre toute entière plonge dans la mort, gelée en profondeur, tout en poursuivant aveuglément sa course dans l'espace:
"L'atmosphère se liquéfia, et de nouveaux océans d'oxygène, d'hydrogène et d'azote furent la robe bleue de la Terre, mais océans sans vie. (...) Et ces mers elles aussi se couvrirent d'une glace étrange et se solidifièrent jusqu'en leurs abysses, et la terre fut alors une sphère très dure à la surface transparente, un diamant roulant sur son orbite inchangée."
"Les derniers jours du monde" de Charles de l'Andelyn est le jumeau littéraire de l'ouvrage de Poudeybat, les "derniers hommes" même trame narrative, même voyage vers la mort, même pessimisme. Le reste tient au style. Le récit de l'Andelyn est plus poétique, ses descriptions d'un univers transfiguré par la neige  (on sent l'influence des hivers alpestres) forment la texture substantielle du récit. L'idée même de la mort par extinction progressive du rayonnement solaire est largement tributaire des théories scientifiques du moment. L'on sait aujourd'hui que le Soleil, avant de s'éteindre, connaîtra des convulsions inouïes, projetant ses couches superficielles brûlantes dans l'espace, qui vaporiseront les planètes du système solaire, avant de plonger dans la nuit. L'ouvrage est rare, écrit avec un soin particulier,  montrant l'affection de cet auteur pour l'anticipation scientifique et dont ce volume n'est pas la seule incursion dans le domaine.


couverture du roman "lles Derniers jours du monde"
couverture muette pour ce roman de pure science-fiction
 
 
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