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les Derniers hommes

les oeuvres > L'ENTROPIE PROGRESSE...

les Derniers hommes par Eugène Poueydebat, Delmas éd., 1947, 1 vol. broché, in-12ème, 217 pp. couverture muette. roman d’expression française. notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°31, mai 2003
1ère parution: 1947
l’entropie progresse…  -  la nouvelle glaciation

Eugène POUEYDEBAT
(aucune référence)

«Les Oulahmrs fuyaient dans la nuit noire..», pardon, ce n’est pas «la Guerre du feu», mais ça y ressemble à s’y méprendre.
Sauf que là, le monde court à sa fin. Le soleil se refroidit. Une vague glaciaire intense descend des pôles semant la mort et la destruction. D’innombrables générations d’hommes ont essayé d’enrayer le processus. Rien n’y a fait, ni l’idée de s’enterrer pour profiter de la chaleur du sol, ni les repliements sur des zones plus chaudes.
Peu à peu les nations se sont effondrées, les communications interrompues, le village planétaire s’est réduit à une communauté de tribus néo-féodales. Encore plus en avant dans l’involution, ne subsistent que des tribus affamées et hagardes chassées par le froid vers un mythique équateur :
" Réduits à quelques milliers de tribus à peine, séparés les uns des autres par des distances considérables, dispersés sur l’immensité de la terre, sans ressources, sans aucun moyen d’action sur la matière, dépossédés de leur antique puissance, traqués par des froids mortels, les derniers fils des hommes, semblables aux nomades des premiers âges, erraient misérables, à travers les savanes glacées, luttant sans trêve contre l’effondrement de leur race. "
Leur chef Koundour, Ounrouch le géant, et Khem l’avisé, sont les trois meneurs de l’une de ces tribus. Fuyant dans la grande plaine blanche, poursuivant un gibier rare, ils vont sans espoir. Ayant perdu la mémoire de leur grandeur passée, il n’existe en eux que le seul désir de survivre, de se protéger du froid:
" Leur intelligence sombrait au milieu de la tourmente qui les assaillait de toutes parts... Perdus à la surface des immensités terrestres, rejetés brutalement par leur destin vers cette glèbe d’où ils étaient issus et dont ils avaient réussi à s’affranchir depuis des millénaires, ils étaient retombés aux jours sombres de la préhistoire... Dominés par les éléments qu’ils avaient vaincus autrefois, esclaves du froid, de la faim et des maladies, ils reprenaient le masque farouche des ancêtres quaternaires, à peine différents de la brute. "
Même le désir sexuel est annihilé. Le vieux Ghoûn conserve jalousement les silex du feu, qui est leur seule chance de survie . S’engageant le long des méandres glacés d’un grand fleuve, ils trouvent un refuge provisoire sous terre, dans une ancienne cité mécanisée, mais le froid les en chasse. Ils arrivent enfin en des terres plus hospitalières, où l’eau est liquide, la température douce, le gibier abondant. Ils s’y établissent. Avec la diminution de la pression vitale, le groupe commence à se déliter, des ambitions se font jour:
" Une haine subite s’était levée dans le coeur des deux frères contre Koundour, chef de la horde, à cause de sa force et de son autorité, et qui, le cas échéant, se dresserait pour défendre sa fille; contre Khem, dont ils redoutaient la puissance mystérieuse, surtout depuis qu’il possédait Zyl; contre Ounrouch le colosse, le compagnon préféré d’Amra, fille de Hor. Peu à peu, l’idée d’un massacre se précisa dans leur esprit borné, lent à comprendre, incapable de réagir contre des instincts de brutalité millénaires. "
L’ennemi par excellence, l’étranger, les ressoude dans une même haine. D’affreux petits bonhommes de type asiate, sanguinaires et violents, envahissent leur vallée, désireux de s’approprier les nouveaux terrains de chasse des nomades blancs:
"C’étaient des hommes de race asiatique, trapus, à la peau jaune et aux jambes courtes. Leurs petits yeux mobiles enfoncés sous le front, leur visage plat aux pommettes saillantes et aux fortes mâchoires, leurs longs cheveux épais et huileux, leur donnaient un aspect repoussant. (...) Mais leur haine à l’égard des nomades blancs était telle qu’ils se seraient jetés sur eux sans motif, avec la même fureur, obéissant aveuglément à des sentiments d’atavisme sanguinaire qui avaient provoqué durant des siècles des massacres incessants entre les peuples d’Orient et d’Occident.  D’une férocité inouïe, ils ne reculaient jamais devant un ennemi, n’épargnaient aucun blessé et mutilaient atrocement même les cadavres de ceux qu’ils avaient abattus. "
La tribu de Khem sort vainqueur de l’affrontement, non sans que Koundour, le chef, ait péri et que Ounrouch agonise.
Khem reprend le commandement de la tribu, aux individus de moins en moins nombreux. Cela n’empêchera pas les jaloux et envieux de convoiter sa place, car même au bord de la tombe la nature de l’homme ne s’est pas modifiée. Khem méprise ses adversaires mais sent qu’il lui faudra partir avec ses amis s’il souhaite rester en vie, car il se fait vieux.
Un grand froid progresse dans la vallée. Seul Khem se rend compte qu’il s’agit d’une situation définitive. Une nuit, à l’insu de ses opposants, il rassemble sa petite troupe et reprend sa trajectoire vers le sud, vers d’autres terres chaudes, abandonnant les autres, au froid, à la peur, à la nuit. Une progression chaotique les emmène dans un paysage tourmenté au bord du plateau continental atlantique, ravin prodigieux disparaissant dans le lointain en  vallées déchiquetées:
" Khem avait, sans s’en douter, modifié légèrement et insensiblement l’orientation de sa marche à travers l’immensité des solitudes. Après avoir dépassé l’équateur, il était parvenu aux confins sud-ouest de l’Afrique australe, atteignant bientôt les anciennes côtes de l’Atlantique, dont les eaux avaient baissé considérablement depuis des siècles et s’étaient résorbées définitivement en un chaos colossal de glaces éternelles. De gigantesques vallées marines étaient apparues à plusieurs kilomètres au - dessous du niveau des vieux continents, abysses insondables des mers préhistoriques, devant lesquels les nomades venaient de reculer avec terreur. "
Khem sent que la fin de tout est proche. Plusieurs de ses amis meurent de froid. Une nuit, il perçoit dans le noir les pas furtifs  de trois de ses adversaires, les seuls survivants du groupe délaissé, qui ont réussi à le retrouver. Il sait que nulle échappatoire n’est  possible et que la lutte à mort doit fatalement se déclencher. Une bataille se déroule,  brève, incisive, atroce, où les seuls survivants de l’espèce humaine s’entretuent, leurs cadavres se recouvrant progressivement de la neige dans un monde déjà mort:
" Alors il se mit à ramper vers Khem, déjà raidi par la mort, lui cracha au visage en râlant et, du bout de sa pique, poignarda le cadavre. Puis, comme il levait le bras une deuxième fois, la mort le saisit brusquement et ses deux mains retombèrent inertes, dans ce dernier geste de haine, symbole abominable de l’histoire de toute sa race... La neige continuait de tomber en masses pesantes pétrifiées par la gel, et recouvrait peu à peu d’un véritable linceul de marbre blanc le tombeau des derniers fils des hommes. "
Une oeuvre d’un pessimisme absolu où la mort de la terre répond en écho à la mort de l’espèce humaine. Une espèce haïssable, qui manifestement n’avait aucun droit à la pérennité, tant sa stupidité, son agressivité, son intransigeance ont précipité la catastrophe.
L’ensemble du récit baigne dans une atmosphère sombre, farouche où les hommes sans pitié sont plus proches de l’animal que de l’humain. Aucune lueur d’espoir, aucun sentiment positif, aucune action désintéressée ne soulève ce couvercle de plomb: tout geste y est dicté par la seule nécessité de la survie individuelle. Se démarquant à peine du roman de Charles de l’Andelyn " les Derniers jours de la terre ", le roman de Poueydebat se situe dans la voie la plus noire du roman-catastrophe. Une dernière question reste en suspens : un récit relaté par quel témoin et pour qui?


couverture du roman "les Derniers hommes"
comme couverture de roman on ne peut pas faire plus minimaliste.
 
 
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