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LES BRIGADES DU CHAOS

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LES BRIGADES DU CHAOS par Serge Brussolo
l’apocalypse réalisée


Serge BRUSSOLO

(1951-) Etudes lettres et de psychologie.  Des débuts difficiles avec une prose et un style  hors norme. Lancé par les éditions Denoël et Fleuve Noir. Un rythme de parution soutenu. Construit une oeuvre inventive et riche centrée sur le légendaire et la mythologie réinventée, une science-fiction mêlée de fantastique et d'étrange. Aborde tous les domaines: romans policier, historique, littérature pour enfants, thrillers. Ses thèmes: la dégénérescence du corps humains et des systèmes sociaux.

Vol.01 : Profession : cadavre, Fleuve Noir éd., 1995, coll. " Anticipation " N°1962, 1 vol. broché, in-12 ème , 185 pp. couverture illustrée par Kervevan. roman d’expression française.
1 ère  parution : 1995
Koban Ullreider, psychopathe monstrueux en taille et en force, totalement dénué de sensations et d’émotions, a été élevé sur Mars par son père pasteur et mis en contact avec la poussière magnétique martienne qui contient toute la tristesse dépressive des autochtones aujourd’hui disparus. Ullreider, investi d’une mission apocalyptique par son père, rapporte sur terre des blocs agglomérés de cette poussière qu’il cache en un hangar, provoquant une asthénie sans équivalent dans le quartier :
« Koban suivait les progrès du mal avec détachement ; Il savait que le taux de suicide grimpait de manière disproportionnée. Il ne se passait pas une journée sans que quelqu’un se jette dans le vide du haut d’un immeuble, sans qu’une femme ne s’ouvre les veines dans sa baignoire. Beaucoup, gagnés par une écrasante impression d’inutilité, avaient cessé de se nourrir, de se laver, de s’habiller. Il n’était pas rare d’apercevoir, par les fenêtres ouvertes, des hommes et des femmes nus, couchés sur leur lit, fixant le plafond. C’était comme une irradiation maligne qu’aucun compteur Geiger n’aurait pu détecter. Elle ne gangrenait pas les corps, mais les âmes… uniquement les âmes. »
L’industrie martienne a fourni encore d’autres nouveautés aux Terriens. Comme celle de la nécro-vision qui permet par l’exploration intrusive des neurones du mort de visionner ses derniers instants. Mathias Faning s’est spécialisé dans cette technique, devenue une auxiliaire de la justice. Koban en a trouvé la parade :
« Il tira un sac poubelle de la poche de son treillis ainsi qu’un couteau de chasse muni d’une lame impressionnante. Un Bowie-knife volé à un voyou dans une ruelle de Venice. Il vaporisa la solution antihémorragique sur le cou des deux hommes et leur trancha la tête sans verser une goutte de sang.(…) Son image était toujours là, photographiée dans la cervelle des morts, mais il savait comment résoudre le problème. Au bout de la rue, une usine d’incinération d’ordures faisait ronfler ses fourneaux jour et nuit. Il était facile de s’y introduire et de jeter les têtes dans la fournaise.»
Enfin une sève martienne aux étonnantes propriétés a donné un anesthésique puissant et un cicatrisant exceptionnel. La chirurgie terrestre a donc fait des progrès surprenants avec ces produits. Mais le revers de la médaille est le développement des « pickpocket organiques » qui vous enlèvent un organe pour la revente illicite sans que vous puissiez vous en rendre compte. Cela a crée une société urbaine craintive et méfiante. Heureusement, les traumas de toute nature peuvent disparaître de la mémoire grâce au «Rub-Out » une drogue d’amnésie parfaite.
Sarah est une ancienne femme peintre en murailles accidentée. Elle est reclassée dans le service de Faning comme femme de ménage. Elle aussi est fascinée par la nécro-vision et plus encore, par cette nouvelle technique, le « morpho-clonage » qui permet, à l’aide de traces organiques, la reconstitution en 3-D d’une sorte d’enveloppe globale de l’individu.
Sa piste croise celle de Koban Ullreider chez son amie Laura. Le criminel s’essaye à des créations telles que décrites dans l’Apocalypse de Jean, en marquant ses futur(e)s adeptes au fer rouge. Laura sera l’une de ses victimes. Trafiquée par Ullreider, elle se transforme en un monstre brûlant, un « ange de l’apocalypse ». Sarah, qui a suivi de près tout le processus, n’est pas vraiment effrayée. Tout se passe comme si un étrange lien psychologique la reliait au psychopathe.
Vol. 02 : les Promenade du bistouri, Fleuve Noir éd., 1995, coll. " Anticipation " N°1970, 1 vol. broché, in-12 ème , 187 pp.couverture illustrée par Jean-Yves Kervevan.  roman d’expression française.
1 ère  parution : 1995
Deux autres « anges » seront fabriqués par Koban. L’un, Sharon Baker, illustrera le douzième verset du VIIème sceau de l’apocalypse, en pleurant des larmes noires. Ayant pris son envol au-dessus de la ville, par ses larmes, elle catalysera le brouillard stagnant au-dessus de Los Angeles, le transformant en une coupole de verre noir qui menace d’asphyxie la grande cité. En éclatant, le dôme vitrifié ciblera d’éclats les imprudents et fera plus de 32 000 morts.
Le deuxième ange, toujours une femme, pleurera des larmes de sang au-dessus de la mer, transformant l’eau de l’océan en sang. S’ensuit une effrayante marée rouge.
Sarah, à l’occasion de cet événement, rencontre le professeur Mikofski qui remarque qu’elle est déjà marquée par la poussière rouge de Mars dont est porteur Koban. A cette occasion, Il lui fait une stupéfiante révélation, encore inconnue du monde, impensable mais réelle, dont il connaît bien la nature puisqu’il a fait partie de l’équipe scientifique qui, jadis, étudia ledit phénomène.
A travers une simulation d’ordinateur, travaillant sur les clichés transmis par sonde spatiale, il lui est apparu que les planètes du système solaire, y compris la Terre, seraient les crânes et les os gigantesques fossilisés de géants datant d’avant sa formation, des êtres inimaginables aux fémurs longs de 40 000 km. Des êtres angoissants jadis vivants qui se battaient entre eux, et dont les humains ne seraient que les minuscules nécrophages se développant sur le crâne fossile d’un géant mort.
Bien pire : les Martiens, jadis plus développés que les Terriens, avertis du fait, avaient extrait et rassemblé les pensées fossiles de ces géants morts, à fin d’étude. Leur disparition totale laissa subsister le mur de poussière martienne rouge, un infernal mélange de pensées agressives, remplies d’une haine incompréhensible, qui trouvèrent un relais en la personne du mutant Koban Ullreider. Téléguidé par ces pensées sauvages, qu’il traduit en images de l’apocalypse du fait de sa culture religieuse, Koban est là pour rouvrir la porte à ces êtres que Mikofski appelle « la Brigade du chaos. »
Sarah, bouleversée par ces révélations, rentre chez elle pour apprendre que Koban, découvert et piégé, a été réduit en pièces par la police, sa mémoire et sa pensée mise sur des disquettes de nécro-vision par Faning qui s’est réservé une copie à son usage personnel en la mettant en lieu sûr.
D’autre part, à partir des cellules du mutant abattu, l’on fabriqua un clone mnémonique de celui-ci. De plus en plus sous l’emprise de la poussière martienne, Sarah vola le clone et la disquette de Faning. Chez elle, le nourrissant de son sang, elle lui réinjecte la mémoire originelle d’Ullreider. Quoiqu’affaibli, Koban ressuscite. Selon un plan prévu de longue date, il guide Sarah dans l’élaboration de centaines de clones-enfants à l’image du psychopathe.
Ceux-ci, des enveloppes animées remplies de poussière martienne, constitueront « l’armée du chaos », sillonnant la ville, contaminant les êtres humains avec leurs pensées malsaines, et déclenchant une vague de suicides sans précédent sur terre. L’apocalypse est en marche.
Vol. 03 : La cicatrice du chaos, Fleuve Noir éd., 1997, coll. " SF métal " N°5, 1 vol. broché , in-12 ème , 187 pp. couverture illustrée par Kervevan. roman d’expression française.
1 ère  parution : 1997
La poussière martienne, répandue par les « petits » Koban envahit toutes choses, sujette à d’étranges métamorphoses : elle s’autoreproduit, recouvrant petits immeubles, objets et gens. Mathias Faning et Mikofski sont conscients du danger mortel qu’ils encourent. En compagnie de quelques militaires, protégés par un filtre anti-poussière, ils sillonnent la ville en engin blindé pour évaluer la situation. L’évolution s’accélère. La poussière devient jonctive, souple et, comme une peau plastique, entoure les cadavres d’une carapace rouge qu’elle réussit à faire mouvoir. Mikofski devine l’incroyable vérité : le géant, dont la tête représente la terre, est en passe de se reconstituer et de cicatriser ses plaies, qui sont notamment les océans ou les grandes fosses marines. La suturation des os se fait à grande vitesse, ce qui se traduit par un bouleversement généralisé du terrain, et, au-delà, de la géographie mondiale :
« C’est ça ! martela Faning. Le sol est en train de « pousser» sous nos pieds, il gagne en superficie. C’est comme une moquette qui deviendrait vivante et s’agrandirait d’un mètre carré toutes les heures. Voilà pourquoi nous faisons du surplace. La « pousse » n’est pas uniforme, elle se produit en certains endroits, là où le sol est plus mou. »
Les immeubles de Los Angeles glissent les uns vers les autres, les océans se couvrent d’une croûte lisse et blanchâtre, en réalité le cartilage cicatriciel du géant. La poussière devenue lisse représente sa peau. Tous les organismes vivants sur terre, considérés comme des parasites, sont en passe d’être éliminés par la « poussière martienne » qui anime les épaves de voiture ou d’avions d’une énergie intense mais brève :
« Les objets vivants se jetèrent sur les animaux fatigués et les mirent en pièces. Affaiblis par la longue traversée, rendus malades par la « peau » dont ils avaient essayé de se nourrir malgré tout, les bêtes se laissèrent submerger par ces lointains cousins d’apocalypse. Les tuyaux-serpents s’enroulèrent autour des éléphants et leur broyèrent la cage thoracique, les voitures-crocodiles happèrent les autres quadrupèdes avec tant de violence qu’elles coupèrent leurs victimes en deux. Les capots-mâchoires ne cessaient plus de s’abattre et de se relever, en une grotesque parodie de mastication. »
Entre temps, Sarah, toujours dévolue aux soins des clones sent que la puissance qui la protège s’amenuise, comme d’ailleurs Koban, réduit à l’état de poupée prête à s’envoler au vent. Il est temps pour elle de se sauver. Elle rencontrera par hasard et par la volonté de l’auteur, Faning et Mikofski qui la recueillent dans leur engin blindé. Le géant semble prêt à gagner la partie, à faire disparaître toute vie sur terre et, en se réveillant, à se venger de ses anciens ennemis, soit les autres planètes du système solaire qui constituent autant de crânes. Que faire pour arrêter le processus ?
Alors Mikofski dévoile son ultime parade : injecter, par la fissure non encore cicatrisée d’une ancienne plaie, la faille de San Fransisco, une bombe composée de Rub-Out concentré pour le rendre amnésique et impuissant. L’opération de la dernière chance se déroule comme prévu. Le Rub-Out se répand sous l’océan grâce à un missile porteur. Le géant restera à nouveau inerte, et la terre sera sauvée. Hélas ! Le Rub-Out, en diffusant petit à petit dans l’atmosphère, transformera tous les survivants en crétins ignares, oublieux de leur histoire et de leur humanité :
« Il passa sa dernière journée d’homme civilisé en préparatifs divers. Il avait couvert le ciment de sa «caverne» de dessins naïfs expliquant le mode d’emploi des objets étalés autour de lui. Il espérait que cette grossière bande dessinée répondrait aux besoins pédagogiques qu’il plaçait en elle. Ce jour-là, ils n’éprouvèrent ni les uns ni les autres, le besoin de se rencontrer. Faning n’avait jamais aimé les adieux prolongés. Le soir, il dut enlever son masque car le filtre saturé l’empêchait de respirer. Il s’allongea sur la paillasse dont il avait tapissé le fond de la niche et respira à petits coups. L’air n’avait aucun goût particulier.
« Tu vas t’endormir, pensa-t-il, et demain… »
Demain, qui se réveillerait ? Mathias Faning, l’ex-policier du LAPD ou Ghar… l’homme des cavernes ? »

Un récit terrifiant qui, pour osés et incroyables en soient les présupposés, accroche le lecteur jusqu’à la dernière ligne. Brussolo, par un méticuleux montage en plans alternés possède l’art de brouiller les pistes et de relancer l’intérêt. L’on se souviendra donc longtemps du géant psychopathe Koban Ullreider devenu Tom Pouce dans sa boîte d’allumettes, du Rub-Out et de la nécro-vision. Un récit incontestablement original.


couverture du roman "Profession: cadavre"
premier volume de cette série remarquable avec une illustration qui ne l'est pas moins
 
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