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le Suicide du monde

les oeuvres > L'ENTROPIE PROGRESSE...

le Suicide du monde par André Saglio in revue " le Mercure de France " N°173, mai 1904,  nouvelle d’expression française.
1 ère  parution : 1904
l’entropie progresse...

André SAGLIO

(1869-1929) Appartient à la grande famille d'origine italienne des Saglio surtout fixée dans l'Est de la France.  Il fut conservateur du Grand Palais et professeur à l'Ecole des Beaux Art de Paris.

Le monde en fin de vie, orbitant autour d’un soleil rouge. Les derniers représentants de l’espèce humaine se sont réfugiés au sein de la terre, dans sa chaleur, qui s’amenuise régulièrement :
« Or, un matin, comme le prodigieux astre de fer surgissait, Orgouzalam vit à la crête de la muraille à pic qui fermait la vallée devant lui un long scintillement sanglant, une miraculeuse frange de rubis qui suivait le caprice de la roche aussi loin que le regard pouvait aller. Il comprit que c’était la glace qui atteignit enfin, dans son implacable marche de destruction, le dernier refuge de l’humanité »
Ogouzalam, le sage vieillard présidant aux destinées de son peuple, réunit celui-ci pour lui faire part de son  projet. Plutôt que de périr lentement et sans chaleur, en une lente consomption, ne vaudrait-il pas mieux faire refleurir brièvement mais intensément la nature en monopolisant en un seul coup toutes ses ressources volcaniques, quitte à subir une fin brutale et inexorable quant ces dernières seraient définitivement épuisées ? Lui, Orgouzalam, au cas où sa proposition serait acceptée, promettait à son peuple un euthanasie sans douleur et rapide. Le projet fut adopté et l’on vit une floraison extraordinaire de la nature et de l’espèce humaine :
« Ce fut comme une folie d’activité qui secoua l’humanité figée depuis des siècles dans la morne attente de l’inévitable fin. Par toutes les galeries souterraines les êtres s’affairaient, fourmillaient si denses qu’on eût cru que subitement l’espèce avait décuplé. Une rumeur énorme de voix grondait à travers le labyrinthe des voûtes inondées de lumière électrique et se mêlait au fracas des machines roulant et frappant. »
Cette renaissance fut brève. Bien que les hommes aient oublié la mort inexorable, Orgouzalam s’en souvenait, lui; il avait camouflé le mécanisme fatal sous un jouet, et appelant auprès de lui un petit enfant :
« Sur ses menottes tendres, sur ses genoux, le petit erra, trébucha. La boule d’or attira son regard ; il s’en approcha avec des cris et des rires, étendit ses doigts tremblants, perdit l’équilibre et s’abattit de tout son faible poids sur le jouet. Une poussière d’étincelles fleurit un instant dans l’immensité, puis s’éteignit, et l’œil sanglant du soleil chercha vainement le monde. »
Une nouvelle étonnante, baroque, désespérée d’un style puissant par un auteur tombé dans l’oubli, et jamais rééditée.


couverture de "Amazing stories"
une couverture évoquant l'explosion du globe pour illustrer cette nouvelle-
 
 
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