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le Manuscrit Hopkins

les oeuvres > MENACES CLIMATIQUES

le Manuscrit Hopkins par R.O. Sherriff, Plon éd., 1941, 319pp., 1 vol. broché, in-12ème. couverture illustrée,  roman d’expression anglaise (GB)
1ère parution: 1941  titre original: The Hopkins Manuscript
menaces climatiques - menaces cosmiques


R.O. SHERRIFF

(1896-1975)Ecrivain anglais. Romancier, dramaturge et scénariste. Sa présence à la Kingston Grammar School le marqua,  puisque toute sa vie il en fut un soutien indéfectible, ainsi que son club de yachting, qu'il développa.Engagé dans la 1ère guerre mondiale, il fut blessé à Ypres. Il travailla également dans une société d'assurances. Il fut affilié à la Royal Society of Litterature.

L’avant-propos du roman explique ce que représente le Manuscrit Hopkins : un des seuls vestiges ayant survécu de la culture anglaise, un témoignage sur les derniers jours de la civilisation occidentale, retrouvé quelque mille ans plus tard, "un fragile, un solide cri d’angoisse qui perce les ténèbres grandissantes de l’Angleterre moribonde".
Qui donc est cet Edgar Hopkins à qui l’on doit le manuscrit? Célibataire de quelque cinquante ans, de petite bourgeoisie, ancien professeur de mathématiques qui a pu se retirer grâce à un petit héritage soigneusement géré. Son dada, l’élevage des poules, dont il est très fier, et qui lui a apporté quelques délicieuses satisfactions d’amour-propre dans les comices agricoles locales. Autre occupation, l’astronomie, plus particulièrement l’étude de la lune, ce qui lui permettra d’être au coeur du drame.
Hopkins met un soin maniaque à décrire ce qui fut la vie quotidienne du temps de la catastrophe  qui détruisit son monde familier. Dans le même élan, il se met à nu avec ses petits triomphes, ses découragements, ses élans de générosités et son égoïsme… Dans un moment de colère vite regretté, il accepte d’endosser les risques de la construction d’un téléscope par la société d’astronomie dont il fait partie. Les risques financiers que représente cette entreprise deviennent sa hantise. Aussi est-il désespéré quand il reçoit une convocation pour une réunion exceptionnelle où il va devoir endosser la honte de ne plus pouvoir assumer ses responsabilités ; il en est convaincu, il court à sa perte quand un miracle a lieu: une catastrophe imminente! Une force inconnue rapproche la lune de la Terre qu’elle fera s’écraser sur celle-ci dans sept mois. Quel soulagement pour lui!
Quand peu à peu, il comprend le sens de l’événement, il commence par éprouver la naïve satisfaction d’être parmi les "élus qui savent". Car la nouvelle sera cachée le plus longtemps possible à la population, même si , dès le départ, le gouvernement entreprend la construction de vastes abris qui permettront de sauver au moins une partie de la population. Au milieu de ce drame, Hopkins continue sa vie tranquille et s’étend sur ses préoccupations quotidiennes. C’est ainsi qu’il décrit son invention de "perchoirs métalliques chauffants" pour les poules qui "pondent des oeufs d’une qualité incomparablement supérieure ". Mais voyez la bêtise humaine: dans "l’Echo du mercredi de Mulcaster", ses "perchoirs chauds feraient éclore les oeufs à l’intérieur des poules"...
L’attachement enfantin à sa petite vie, à ses rites quotidiens, à ses vanités, c’est sa manière à lui de résister à l’épée de Damoclès suspendue sur sa tête, que son cerveau a acceptée mais que son instinct, sa vanité d’homme, refusent de reconnaître. Il se rend compte que la construction de l’Abri, devenue la préoccupation unique du village de Beadle, a quelque chose de futile, d’irréel, mais il y participe activement, parce qu’il faut le faire, et en même temps, il savoure en gorgées attentives les petits plaisirs d’une vie quotidienne pourtant si insipide. Et puis la catastrophe va lui apporter son premier et seul vrai bonheur, la rencontre avec la famille Parker.
Le cataclysme tant attendu finit par arriver. Dans un sursaut de dignité humaine, Hopkins, comme les Parker, a refusé de se réfugier dans l’Abri: " Le ciel, atroce et terne, se fit lumineux; cette souillure brunâtre fut traversée d’une traînée rouge - sang, qui s’enfla et emplit le ciel. Le vent ne soufflait plus par rafales;  il se précipitait en un torrent mugissant et continu. Je restai près de la fenêtre, fasciné. Il m’était impossible de bouger. Alors, retentit un déchirement formidable, comme si la colline s’entr’ouvrait, et je vis les hêtres géants se roidir, broncher, et choir, comme le maïs sous la faux. "
La lune, en frôlant l’Angleterre, déclenche un formidable ouragan destructeur qui entraîne la mer jusqu’au fond de la vallée, noyant la plupart des hommes dans l’Abri, tuant M. Parker mais donnant à Hopkins une nouvelle famille dans les personnes de Pat et Robin. Courageusement, ils vont entreprendre de revivre comme les autres survivants d’une Angleterre meurtrie. La Lune ne s’est pas contentée de frôler la Terre, avant de partir se perdre dans l’espace. Elle s’est abattue dans l’Océan Atlantique, qu’elle bouche, du Canada à la France. Or, il se trouve qu’elle contient d’immenses richesses minérales vite convoitées par les Européens. Et, pour l’Angleterre seulement, s’ajoute un problème lancinant: la Lune barre ses routes maritimes vers ses colonies (le livre fut écrit en 1941). Alors se produit l’inconcevable: la guerre entre Européens.
L’un après l’autre, Robin et Pat, en bons citoyens, s’engagent dans l’armée britannique. La mort de sa poule favorite dénoue les derniers liens de Hopkins avec Beadle alors que, peu à peu, l’Angleterre et toute l’Europe sombrent dans le chaos. Il se retrouve dans un Londres devenu terrain de chasse de quelques cinq mille humains démunis. Au même moment il apprend qu’un homme s’est levé à l’Orient, Sélim le Libérateur, qui avait annoncé aux peuples opprimés que la Lune était leur dieu et que bientôt "elle descendrait sur la terre pour détruire les Blancs qu’ils haïssaient". Là s’arrête le manuscrit Hopkins.
Un récit élaboré où la narration à la première personne accentue l’effet de réel. Plus anglais que nature, le texte est à classer dans la veine du catastrophisme britannique dévolu au "home sweet home ", et à l’idée de la précarité insulaire, île dans la tourmente de la 2ème guerre mondiale.  "Le manuscrit Hopkins", avec son souci maniaque du détail, son humour à froid (les héros profitent de l’approche de la lune pour jouer une partie de cricket de nuit!), son désespoir en filigrane est une ode au masochisme anglais et une pierre de taille dans le genre qui nous intéresse. A lire absolument pour son originalité.


couverture du roman "le Manuscrit Hopkins"
couverture du roman de la première édition française
 
 
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