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le Maître de la terre

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 2

le Maître de la terre par Robert-Hugh Benson, Librairie Académique Perrin, 1910, 1 vol. cartonné, in-12 ème , 418 pp. couverture muette. roman d’expression anglaise (GB)
1 ère  parution : 1910
menaces idéologiquesguerres futures 2


Robert Hugh BENSON

(1871-1914) Ecclésiastique  et écrivain anglais. Etudes à Trinity Collège. Prêtre de l'Eglise anglicane. Milite pour le rapprochement avec le catholiocisme auquel il finit par adhérer. Exerce son ministère à Cambridge, poursuivant parallèlement une carrière littéraire.

La Grande-Bretagne vers la fin du deuxième millénaire. Le socialisme " utopique ",  suivi par un socialisme "scientifique " a triomphé en Europe. La technologie est à son niveau le plus haut. Des " aériens " (dirigeables) abolissent les distances et transportent confortablement les voyageurs d’une capitale à l’autre. Les angoisses existentielles ont été supprimées. L’ère de l’athéisme est instaurée et les citoyens, quand ils l’ont décidé (ou qui ne peuvent plus se décider) sont euthanasiés en douceur et en musique. Le temps de l’Etre Suprême a débuté sous la férule bienveillante des valeurs judéo-maçonniques :
" Ce soir-là, au dîner des prêtres, il y eut un grand entretien sur l’expansion extraordinaire de la franc-maçonnerie. Cette expansion durait déjà depuis bien des années, et les catholiques avaient toujours parfaitement reconnu ses dangers. C’avait été, d’abord, au début du vingtième siècle, l’assaut organisé par les francs-maçons contre l’Eglise de France; et ce que l’on avait soupçonné était devenu une certitude, lorsque, en 1918, le P. Jérôme, ex-franc-maçon devenu moine dominicain, avait fait ses révélations sur les secrets de la maçonnerie. "
La Franc-Maçonnerie humaniste et libertaire s’est emparée des esprits et partout  exorcise les fausses croyances, pacifie les coeurs, supprime les menaces de conflits encore existants de par le monde, surtout celles de l’Orient vis-à-vis de l’Occident.
Olivier Brand, jeune élu socialiste, est heureux en ce monde confit en douceurs. Habitant confortablement un cottage près de Westminster, en compagnie de sa jeune femme Mabel, de sa vieille mère, de son secrétaire Phillips, son étoile brille de plus en plus fort dans le ciel politique du pays. Remarquable orateur, il est distingué par Felsenburgh, l’étoile flamboyante, le leader spirituel, le Franc-Maçon essentiel, le mystérieux Président à vie de l’Occident,  qui impulse la paix dans cette société. Lors de sa consécration dans la cathédrale de Westminster :
" L’enthousiasme de la foule avait cessé de se contenir. Un véritable océan de têtes et de bras s’était soulevé dans toute l’Abbaye, l’air s’était rempli d’une clameur énorme, et les voûtes et les colonnes avaient tremblé,  secouées par une frénésie pieuse. Et ainsi, parmi la lumière surnaturelle, sous un fracas de tambours, entremêlés au tonnerre de l’orgue, dix mille voix affolées avaient proclamé Felsenburgh leur Seigneur et leur Dieu. "
A l’autre extrémité, se trouve Percy Franklin. D’abord simple curé, puis Cardinal-Protecteur anglais, Percy maintient le flambeau d’un christianisme agonisant dans un monde athée et hostile. Les Catholiques sont persécutés, chassés de toutes les institutions, éradiqués.
Le pape s’est retranché, pour survivre, dans la ville de Rome qui lui appartient encore, avec ses derniers fidèles. Cette ville est non seulement dévote mais aussi anti-technocratique. Les Catholiques n’admettent pas la main-mise des Francs-Maçons sur les affaires du monde. De plus en plus menacés, ils sont condamnés à disparaître car de nombreuses défections se font jour dans leurs rangs. Ainsi en est-il du père Francis, ancien ami de Percy, qui propose à Felsenburgh l’adoption d’un rituel " laïc " calqué sur la liturgie chrétienne.
Les camps socialistes connaissent aussi leurs misères. De temps en temps des frémissements d’inquiétude mystique traversent les âmes, notamment celle de la maman d’Olivier qui réclame un prêtre à son chevet lors de son agonie. Mabel, quant à elle, est troublée par les attentats anti-catholiques qu’elle considère comme autant de mises à mort, prouvant que le socialisme n’a pas encore éradiqué la bête en l’homme :
" Devant Mabel passait un grand brancard supportant une figure humaine, dont un bras pendait, avec les mains traversées comme de clous. Puis venait le corps nu d’un enfant, empalé sur une pique de fer, la tête tombant sur la poitrine, les bras dansant à chaque pas des porteurs. Et puis, c’était la figure d’un prêtre, encore vêtu d’une soutane noire avec une aube blanche ; et sa tête, sous une calotte noire, s’agitait, sautait avec la corde qui le soutenait. "
Alarmé par les tensions idéologiques continuelles, le pape rappelle le cardinal Percy pour consultation à Rome. Celui-ci lui suggère, devant la gravité de la situation, de modifier totalement la hiérarchie catholique qui devra dorénavant s’abstenir de tout ornement et s’intituler "l’Ordre du Christ Crucifié " en adoptant une structure militaire.
Le pape, vieux et usé, proche de la mort, se rend aux arguments de Percy et, avant de mourir, le désigne comme son successeur. Percy devient le nouveau pape sous le nom de Sylvestre. Un complot anti-étatique ayant été découvert durant cette période en Angleterre,  dans lequel auraient trempé certains Catholiques, en guise de représailles, Felsenburgh décide l’éradication totale de l’église en bombardant Rome :
" Les journaux du lendemain apportèrent les détails de la catastrophe. Ils disaient comment, par une chance merveilleuse presque toute la hiérarchie de l’univers chrétien s’était trouvée rassemblée au Vatican, qui avait été le premier endroit attaqué. A présent, pas un seul édifice, à Rome, ne restait debout. La Cité léonine, le Transtévère, les faubourgs, tout avait été anéanti ; car les aériens s’étaient soigneusement partagés, la ville étendue au-dessous d’eux, avant de commencer à lancer les explosifs ; et, cinq minutes après le premier choc et le premier éclat de fumée, l’entreprise de purification était terminée. Alors, les aériens s’étaient dispersés dans toutes les directions, poursuivant les automobiles et autres voitures qui emmenaient des fuyards ; et l’on supposait que plus de trente mille de ces fuyards aient été ainsi réduits à néant. "
Au même moment Sylvestre, accompagné par certains de ses cardinaux, échappe au massacre. La tête de l’église chrétienne s’implantera discrètement en Palestine, près de Nazareth, et Sylvestre restera en communication radiophonique avec quelques-uns de ses vicaires chargés d’une mission œcuménique de par le monde.
L’action abominable décidée par le " Leader Maximus " et approuvée par son propre mari,  a écoeuré Mabel à un point tel qu’elle décide de mettre fin à ses jours en se rendant volontairement dans une maison d’euthanasie, à l’insu d’Olivier. Peu de temps après, la retraite de Sylvestre est éventée de par la traîtrise d’un cardinal d’origine russe (!), nouveau Judas. Le lutte finale a sonné pour le Catholicisme. Le bombardement de Nazareth, et par extension, de l’ensemble de la Palestine,  est décidé d’un commun accord entre les diverses sommités socialistes des Etats Européens. Alors que l’armée des " aériens " s’approche de la retraite de Sylvestre, celui-ci, ayant rappelé à lui tout ce que le monde comporte de dignitaires ecclésiastiques , se prépare à mourir en un ultime sacrifice, lors d’une dernière messe solennelle :
" Dans une lumière éclatante, il voyait devant lui, s’offrant à son choix, les deux cités de saint Augustin. L’une était celle d’un monde né de soi-même, s’organisant soi-même, et se suffisant à soi-même, d’un monde interprété par des forces socialistes, matérialistes, hédonistes et se résumant enfin dans Felsenburgh. Et quant à l’autre monde, Percy le voyait déployé devant ses yeux, lui parlant d’un Créateur, d’une création,  d‘un but divin, d’une rédemption, d’une réalité transcendante et éternelle, dont tout avait jailli et où tout aboutissait. "
Quand les bombes tombent et écrasent définitivement toute étincelle spirituelle dans ce monde, le climat lui-même se modifie. Des nuages courent dans le ciel, des orages grondent et des tremblements de terre ponctuent le crime qui vient de s’accomplir.
Ce roman, avec un thème difficile et facilement caricatural à travers son manichéisme, aurait pu sombrer dans le pathos d’une bouillie littéraire innommable. Il n’en est rien, car soutenu par la puissance du style et la large vision de Robert - Hug Benson. Jamais ridicule, atteignant par moments au sublime, l’auteur pousse à l’excès, sous les oripeaux d’une fiction littéraire, les craintes de son époque livrée aux luttes anti-cléricales. Prenant clairement parti, il démontre que le combat entre Dieu et les hommes ne se situe pas au même plan et n’utilise pas les mêmes armes. Ce faisant, il nous livre l’un des meilleurs ouvrages du genre.


page de titre du roman "le Maître de la terre"
page de titre de la première édition française du roman
 
 
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