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le Harem océanien

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le Harem océanien par Bob Slavy, sans mention d’éd., 1935, coll. les Orties Blanches, 1 vol. broché, in-octavo, 229 pp. avec 12 compositions de Léon Pierre. couverture muette. roman d’expression française
1 ère  parution : 1935
épidémiessavants fous et maîtres du monde


Bob SLAVY

Manifestement un pseudonyme. Qui est Bob SLAVY?
Un auteur français de romans sado-masochistes des années 30, cela va de soi. Mais encore?

Le docteur Athanase Tigraphos rencontre le jeune ingénieur Hugues Debent pour lui faire une mystérieuse révélation : dans quelques jours, pour différentes raisons, l’humanité entière sera réduite à néant par lui, Tigraphos :
" Nous ne voulons retenir aujourd’hui que les (= causes) deux principales : Ce sont la surpopulation de l’Europe centrale et le partage défectueux des masses humaines sur la terre, car ce n’est pas la place qui manque sur notre globe, mais surtout l’esprit d’équité pour assigner à chacun la place et la possibilité de vivre confortablement. Le poison nationaliste, régnant en maître dans tous les Etats soi-disant civilisés, mettant obstacle au bon vouloir de ceux qui voudraient remédier à cette injustice, j’ai résolu, moi, d’opposer à ce même poison un contre-poison purificateur."
Il confie à Hugues, jugé sur sa bonne mine et ses compétences, un antidote puissant qui devrait le prévenir, lui et les siens, contre le mal qui va s’abattre sur la terre. Bien que ne connaissant pas Tigraphos mais subjugué par son charisme, voire hypnotisé par le savant, Hugues accepte le médicament.
Il n’est pas le seul à être sauvé puisque Tigraphos, dans un  souci de " purification " prévoit la survie d’une nouvelle société constituée par des êtres neufs choisis par lui et son contremaître, Haller, pour en faire le noyau d’une nouvelle civilisation dont il deviendrait le maître absolu.
Le cataclysme a lieu : les êtres humains meurent en quelques heures,  frappés par une espèce de peste foudroyante qui a la délicatesse de réduire les cadavres en  poussière :
" Et le fléau franchit les mers, s’infiltra dans les recoins les plus éloignés de la terre et sur toutes les îles, n’épargnant ni âge ni couleur de peau. Les immunisés virent, avec épouvante d’abord, avec tristesse ensuite leurs concitoyens tomber comme des mouches. Les corps, à peine tombés, se réduisaient rapidement à l’état de poussière, ce qui évitait aux survivants la peine de les inhumer (…)
Les vêtements devenaient flasques, et, après une heure tout au plus, ne contenaient plus qu’une poussière fine et jaunâtre. Selon les constatations des médecins, en suite d’autopsie, la mort survenait par décomposition du sang, c’est-à-dire par étouffement intérieur, ainsi que cela a lieu dans les empoisonnements par oxyde de carbone. Aucune des victimes ne se doutait de sa fin imminente –le poison agissait trop vite. – Quant à la décomposition rapide des cadavres, on ne pouvait en expliquer la cause. "
Hugues, par l’entremise de Haller, est chargé d’organiser la société survivante N°1, celle d’Algarve, au Portugal. Avec ses parents et sa fiancée, il s’attelle à la tâche. Incidemment, il apprend qu’un autre groupe s’est installé près de Los Angeles, en Californie et que le Maître a fondé sa capitale à Oahoa, dans les îles polynésiennes. Au bout d’un certain temps, Hugues est mandé par Tigraphos.
Il se rend à Oahoa par le moyen d’un avion remis en exploitation. Il atterrit dans une île paradisiaque, aux bâtiments magnifiques, constructions réalisées autant en style byzantin que romain. L’influence musulmane et orientale s’y fait sentir puisque pièces d’eau, jardins intérieurs, puits de lumière, parcs ordonnés et piscines y abondent :
" L’ensemble formait un amalgame de tous les styles régnant dans les pays maintenant déserts. L’entrée unique et monumentale, située sur le côté ouest, était accessible par un large pont de marbre blanc à balustrades finement sculptées. Elle était flanquée de deux minarets en pierre blanche reliés entre eux par une coupole de " Kouba " arabe, sous laquelle passait le chemin débouchant du pont.
L’un des minarets devait abriter un corps de garde à son rez-de-chaussée, l’autre le logement du concierge. La porte d’entrée était constituée par une forte grille en fer forgé et sculpté. En franchissant cette porte on débouchait sur une grande esplanade carrée au fond de laquelle se dressait un bâtiment de style florentin, -le futur hôpital et laboratoire modèle.
A gauche de l’entrée s’allongeaient les édifices d’un "Gymnase ", de style grec antique, avec ses dépendances pour la natation aboutissant au lac nord. A droite et séparé de l’esplanade par le canal transversal, s’élevait l’édifice massif du " Harem ", auquel on accédait par un pont semblable à celui de l’entrée. "
Après une troublante entrevue avec le Maître, ancien médecin, celui-ci révèle à Hugues le caractère hermaphrodite de celui-ci: Hugues est en réalité une fille mal formée! Une petite opération corrigera cette bizarrerie de la nature. Hugues accepte de la subir. L’opération réussie, " Huguette " prendra place dans le harem océanien du Maître, composé de :
" filles fort jolies, de bonne maison et, en partie même, de haute lignée. Il y avait là des demoiselles bien élevées provenant des familles de riches industriels et de financiers, des vedettes de l’écran et du théâtre, des "girls" de profession et des acrobates de renom. Choisies avec un soin méticuleux parmi les plus saines et les plus robustes, toutes étaient parfaites de corps et de visages et certaines avaient des charmes tout particulier. "
Soumise à un rituel compliqué de type sado-masochiste, Huguette subit les assauts de la baguette de la " Kadine " Adidjé :
" Sur un signe de la Kadine, les servantes, deux robustes femmes dayacks, saisirent la jeune fille et, malgré sa vive résistance, l’étendirent sur le socle à lavages, en lui fourrant une pile d’oreillers sous le ventre. Puis, tandis que l’une lui maintenait les bras et l’autre les jambes écartées, Adidjé, prenant une souple cravache de cuir pendant à sa ceinture, signe extérieur de son autorité, se mit à fouetter ses fesses saillantes et rebondies. "
Elle l’initie à des cours de danse compliqués et pervers qui dévoilent tout de son intimité, aux sports équestres à cru sur le cheval, à la gymnastique dépouillée et vigoureuse des anciennes spartiates. Rien ne lui est épargné, ni les coups de brosse sur ses fesses nues, les coups de verge sur le sexe et la poitrine (remodelée artificiellement), ni les entraves compliquées qui crucifient encore davantage un corps déjà supplicié. Elle s’adonne aux joies du saphisme et de la pédophilie à la grande satisfaction du Maître qui célèbre en ce harem la création de son nouveau monde " purifié " :
" Comme beaucoup de Turcs et pas mal de Grecs, Tigraphos était un adepte passionné des pratiques homosexuelles. On ne s’étonnera donc point qu’il eût entrepris de se faire dresser un certain nombre de " Sian Kon ", ainsi que les nomment les Chinois. Ce sont des jeunes gens qui, depuis leur âge tendre, sont soumis à certaines opérations et certaines pratiques qui les rendent aptes, plus tard, à jouer le rôle de femmes auprès de leurs adorateurs. "
Les jours se succèdent en chants et danses érotiques, tout confits en sucreries et plaisirs raffinés avec, parfois, la joie de pouvoir servir le Maître plus concrètement.
Huguette,  amoureuse de Tigraphos enchanté par de si louables dispositions,  devient la " première épouse " avec rang de commandement sur les quarante autres, ainsi que sur tous les esclaves, eunuques, femmes chinoises, éthiopiennes, océaniennes, arabes, etc. qui servent la race blanche " élue ".
Le maître s’enferme dans ses jeux érotiques jusqu’à couper les ponts avec les autres groupes américains et portugais.
Le père Debent, ancien colonel, resté en Algarve et mécontent d’avoir vu disparaître son fils en Océanie, sans nouvelles de lui et mis au courant de l’existence du harem, entreprend une expédition afin de libérer les " malheureuses esclaves " et d’établir la vraie démocratie. Mal lui en prend. Arrivé à bon port, se présentant devant Tigraphos, le colonel doit admettre sa défaite. Bien peu de jeunes femmes acceptent de le suivre et surtout pas Huguette, enchantée par sa nouvelle vie. Ce qui amènera sur les lèvres du Maître cette expression désabusée :
" Voilà bien l’ingratitude humaine. Je les débarrasse de leur vermine et eux ils viennent m‘escamoter mes femmes. "
Un roman-catastrophe alibi dont le seul but est de nourrir les fantasmes sado-masochistes de l’auteur (et du lecteur), charriant à l’arrière-plan l’idéologie habituelle à ce genre d’ouvrage : réactionnaire, raciste et xénophobe. La domination radicale du mâle sur la femme, la dénégation de la raison humaine, la dictature d’un tyran d’opérette, d’autant plus insensible à ses sujets qu’il prend plaisir à les torturer, rend ce livre pénible à lire. Celui-ci n’appartient au genre que par accident.


couverture du roman "le Harem océanien"
une couverture minimaliste pour un ouvrage discret... et rare
 
 
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