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le Grand complot de 1950

les oeuvres > MENACES IDEOLOGIQUES

le Grand complot de 1950 par J.L. Gaston Pastre, pp. 9-34 in " Lectures pour Tous ", mars 1938, Librairie Hachette éd., revue mensuelle. nouvelle d’expression française.
1 ère  parution : 1938
menaces idéologiques


J.L. GASTON-PASTRE

(-1939) Encore un grand inconnu de la littérature populaire. Que sait-on? Que c'est un écrivain français de romans, nouvelles et romans-feuilletons. Qu'il collabora activement à la revue "Lectures pour Tous", qu'il habitait probablement Montpellier et qu'il reçut le prix "Jules Verne". C'est tout, et c'est peu.

L’inspecteur Bernay, mal apprécié par Dubois son chef, le Directeur de la Sûreté Nationale, ne parvient pas à le convaincre qu’un complot se trame dans les salons de la comtesse de Gallimont-Dutheil, lors de ses dîners mondains.
Il est persuadé que Villemur, un intrigant, mathématicien et populiste projette un coup d’état avec plusieurs autres conspirateurs. Dubois lui demande de cesser sa surveillance. Bernay, au contraire, se fait engager comme serveur chez la comtesse, « la Belle Antoinette », feignant de partager les valeurs extrémistes de la maison. Grâce à Jean, le majordome, il y intercepte des discours équivoques tenus par Villemur à Carlin, député d’extrême-droite :
« Tout me permet d’espérer que, mieux éclairés, mieux informés, les généraux et les amiraux, quand ils se trouveront en face du fait accompli, se rallieront à nous ; les forces militaires sont au service de tout gouvernement légal.
Or, tout gouvernement d’insurgés triomphants est un gouvernement légal. Un spirituel écrivain du siècle dernier l’a dit en d’autres termes : - Lorsque les insurgés triomphent, ce sont des héros ; lorsqu’ils échouent, c’est de la canaille. »

Bernay, trouve même un pied-à-terre appartenant à la comtesse, une chambre de bonne située au dernier étage de l’appartement loué par Villemur. Il met ce dernier sur écoute.Se rendant à une réunion organisée par le P.N.D., le parti de Carlin, il y voit Villemur pérorer, rappelant les grandes figures du passé à son secours qui toutes, selon lui, se sont imposées par la force. A la Chambre des Députés, le gouvernement est accusé de laxisme par le comte de Saint-Affrique, leader de la Droite, ralliant à lui le centre mou, représenté par Robin-Matois :
« - Si vous désirez, fit M. Robin-Matois, que nous donnions plus d’ampleur à ce débat, avec l’autorisation de M. le Président de la Chambre (les deux hommes étaient d’accord) nous pourrions avoir une séance de nuit pendant laquelle…. Mais de tous les groupes s’élevèrent des voix : -Non, non…, clôture !…
Et finalement M. Granbouriech, le fidèle des fidèles, un de ces députés qui votent toujours avec le Gouvernement quel qu’il soit, lut de sa place l’ordre du jour convenu : - la Chambre, faisant confiance au Gouvernement pour la défense de nos libres institutions, passe à l’ordre du jour.
La majorité fut honorable, et c’était un succès ! M. de Marin, qui avait fini, durant le pointage, de corriger les épreuves, put déclarer aux journalistes :- La ridicule histoire du complot P.N.D. est complètement terminée. »

Lors d’un dernier meeting place Wagram que Dubois, qui va se coucher, considère comme insignifiant, Bernay découvre, une fois passé les filtrages mis en place, l’imminence du complot. Sous prétexte de bien couvrir les élections, Villemur a convaincu une fraction de l’armée d’organiser le coup d’état ce soir même :
« Deux mille adhérents triés sur le volet furent bientôt réunis dans la salle, où régnait un calme impressionnant ; les applaudissements éclatèrent quand M. Villemur parut à la tribune, entouré de ses principaux lieutenants, en particulier le général du Moulin et – ô surprise – le comte de Saint-Affrique qui portait au bras gauche le brassard des P.N.D. avec trois feuilles d’acanthe d’argent, ce qui indiquait un des grands chefs de l’association. M. Villemur étendit les deux bras en avant, ce qui était la façon de saluer de la ligue, et d’une voix éclatante commença à parler. »
Plus tard, Bernay, par les toits, regagne sa chambre et sa table d’écoute où Villemur s’entretient avec ses complices. Par l’aubergiste Dussol qui lui doit quelque service, Bernay réunit quatre malfrats, d’anciens obligés, qui déblaieront la rue à coups de grenades, puis il arrêtera le groupe de putschistes chez Villemur. Empruntant le code personnel de l’ennemi, il annule le coup d’état par la voie des ondes. Après avoir recommandé à la comtesse de s’éclipser sans faire de vagues, laissant Villemur sous surveillance, il se rend à la caserne des Célestins où, grâce au coupe-fil spécial « emprunté », il demande aux militaires insurgés d’attendre les ordres et de remettre leurs armes au dépôt. Puis, entrant en contact avec le colonel Rappel, un loyaliste, ami du Président, Bernay fait délivrer les prisonniers politiques des divers lieux stratégiques comme le Châtelet et le Louvre.
A la station de radio Gutenberg,  il rejoint le ministre de la guerre enfin libre. Parvenu à l’Elysée, il convainc le commandant Roger, un putschiste hésitant, de rentrer dans la légalité, lui promettant l’absolution de ses fautes. Ainsi, sans brusquerie, l’inspecteur se rendit maître des factieux. Dubois fut révoqué, Bernay devint le nouveau Directeur de la Sûreté tandis que Villemur, Carlin et leurs lieutenants furent traduits devant la Haute Cour de Justice.
Une nouvelle qui énumère les mécanismes du coup d’état militaire, grandement documenté par les tentatives de Hitler d’accéder au pouvoir en Allemagne, à travers le putsch manqué de Munich.  Le récit restait  encore une anticipation pour la France à l’époque, mais plus pour longtemps : l’instauration du régime de Vichy le fit accéder à la réalité.


couverture de la revue "Lectures pour tous" mars 1938
une couverture suggestive pour cette nouvelle coonjecturale
 
 
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