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le Dilemme

les oeuvres > MENACES ANIMALES

le Dilemme par Pierre Jouvet, Chez l’auteur, 1979, 1 vol. broché, in-octavo, 388 pp. couverture muette.  roman d’expression française
1 ère  parution : 1979
menaces animales


Pierre JOUVET

(1913-?) Ecrivain français né à Mâcon. Vie mouvementée et un nombre impressionnant de métiers: laborantin, brocanteur, grainetier, chimiste, commerçant, spécialiste du bateau pneumatique, antiquaire et... écrivain. Passionné de recherche scientifique, il écrit des romans fantastiques qu'il édite, distribue, place en diverses librairies. Une (toute) petite notoriété en science-fiction.


Patrick, adolescent de quatorze ans, voit sa maman et son frère mourir, attaqués et achevés par les aiguillons de guêpes vengeresses, en voiture, à Paris, en un début d’après-midi de juillet. Ils ne seront pas les seuls : tous les automobilistes sont attaqués et achevés, d’abord par des hyménoptères, puis par des rats, enfin des oiseaux :
" Guidés par les cris, ils parviennent rapidement près d’une femme qui se roule sur la chaussée, près d’un trottoir. Le spectacle qui s’offre à eux les glace d’effroi. Cette femme qui a sans doute survécu aux piqûres de guêpes, est assaillie par des rats d’égouts. Ils sont une dizaine, gros comme des chats. La figure de leur victime constitue leur cible principale. L’un d’eux s’est saisi du nez et malgré les contorsions de sa victime ne lâche pas prise. Deux autres s’accrochent aux lèvres, tandis qu’un autre enfonce ses dents dans la nuque. La chevelure est agitée comme si un rat s’y débattait " (…)
"A vingt mètres de lui, une femme coincée entre deux voitures est entourée d’un essaim de grosses mouches bleues. De ses mains elle cherche à les chasser ou à les écraser. Mais des milliers de ces insectes l’assaillent. Ils courent le long de ses jambes, volent en émettant un bourdonnement aigu autour de sa tête, se posent sur les yeux, les lèvres pénètrent dans les oreilles, les narines, la bouche, s’infiltrent sous sa jupe. "
Lui seul, par sa présence d’esprit extraordinaire, échappe au carnage. Il parvient, à force d’astuces, à rejoindre Marlène, une jeune femme survivante dans une automobile tandis qu’autour d’eux les guêpes, les rats, les oiseaux guettent leur défaillance.
Pour une raison indéterminée, les animaux, qui en ont certainement assez  d’être  opprimés par les humains, se sont révoltés. Tous ensemble, sans pitié, ils traquent l’espèce humaine pour la rayer de la surface de la terre. C’est la fin du monde, sauf pour Patrick et Marlène qui mettent à profit ces moments pénibles pour faire l’amour, à l’abri dans leur véhicule:
" Prise au jeu, Martine
(sic : l’auteur est tellement ému qu’il ne se rappelle plus le nom de son héroïne:Marlène !) promène sa main le long de la jambe de Patrick. Sa main remonte et redescend lentement, et elle jouit des tremblements et des soupirs que ses caresses provoquent. Quand elle sent que Patrick est au paroxysme de l’excitation, elle colle ses lèvres sur les siennes et tout en l’embrassant, elle pose sa main sur le sexe de son jeune compagnon qui halète et frémit de tout son corps. "
Protégés par des armes improvisées, ils passent sur le toit des véhicules pour atteindre l’appartement de la famille de Patrick. Mais papa est mort. Alors ils se calfeutrent dans l’appartement, sablent le champagne (pour fêter l’événement?) et… refont l’amour :
" Son petit homme apporte une bouteille de whisky, des glaçons et de l’eau gazeuse qu’il dépose sur la table basse du salon. A son tour  il annonce " Madame est servie ". Elle va s’asseoir sur le canapé en entraînant Patrick avec elle. "
Le blocus devenant intenable à la longue, ils s’enfuient à nouveau, en voiture, en évitant les concentrations d’automobiles qui encombrent les voies routières avec à leur bord, les cadavres pourrissants de leurs conducteurs :
" L’est et le nord de Paris ne sont qu’un immense brasier. Les explosions sont si rapprochées qu’on dirait un roulement de tonnerre qui n’en finit plus. Les immeubles s’écroulent comme des châteaux de cartes. Tout l’horizon est voilé par un épais rideau de fumée. "

Leur itinéraire les mène dans le sud de la France où ils pourront profiter du bon air marin, du soleil qui requinque, associé au vin clairet de la Provence. Ils n’oublieront surtout pas de se constituer des réserves de…champagne et de whisky (contre la soif !) en empruntant la A6, le long du couloir rhodanien, jusqu’au Cap Camarat :
"  - Et où irons-nous ? Est-ce que la Côte d’Azur n’est pas indiquée pour un voyage de noces ?  Le whisky commence à faire son effet et à nouveau ils ne craignent pas de pousser la plaisanterie jusqu’au cynisme. Tout à fait indiqué. Mais as-tu retenu une chambre au moins ? Tu sais qu’à cette époque, en pleine période de vacances, tout est complet. "
Partout, c’est une vision d’apocalypse. Les cadavres pullulent. En guise d’êtres vivants, ils ne rencontrent que deux repris de justice qui veulent violer Marlène. Elle en profite pour les tuer à coups de carabine. Puis elle fait l’amour (activité récurrente) avec Patrick " son petit homme".  Arrivés à destination, ils se choisissent une villa qu’ils isolent  de la menace animale.
Peu de temps se passe qu’ils ne fassent la connaissance d’un autre groupe de survivants : Bruno, Serge, Emmanuelle, Raymond, Gisèle et Jacqueline. Très fraternellement, ceux-ci les convie à partager la vie de leur petite communauté appelée " Thélème " dont la devise, de " haulte graisse ", est : " Fays ce que vouldras " :
"-Vous n’avez peut-être pas remarqué les quatre inscriptions qui figurent sur les murs. Elles sont joliment tracées en lettres gothiques grâce au talent de notre amie Barbara. Sur celle qui est en face de nous, vous reconnaissez la fameuse devise de l’abbaye de Thélème : "Fay ce que vouldras ". Cette formule pour parfaits épicuriens (sic !) ne peut évidemment s’adresser qu’à des gens suffisamment évolués pour admettre qu’on peut faire ce qu’on veut en dehors de tout préjugé, de toute morale bien pensante et de toute contrainte imposée par les lois d’une société asservie par les préjugés. La seule condition, c’est de ne gêner personne. "
Ils l’appliquent au pied de la lettre, mangeant bien, buvant encore plus et se mélangeant en de joyeuses parties de jambes en l’air puisqu’à monde nouveau il faut des hommes nouveaux, dépouillés de l’aiguillon de la jalousie :
" Tu crois que tu t’adapteras facilement à nos mœurs ? Oui, je pense, puisque j’ai accepté les règles du groupe. Elle observe quelques instants de silence et brusquement lui pose la question : N’es-tu pas désemparé loin de Marlène ? Il hésite et convient : Oui, un peu. Je suis habitué à sa présence. Changeant de sujet, elle lui demande en le pressant contre lui : Quel effet cela te fait-il de danser avec des femmes pratiquement nues ? Il pense qu’elle le prend pour un puceau. Alors, avec un air de défi, il répond : Ca me ferait peut-être plus d’effet si je n’avais jamais fait l’amour… "
Raymond lui explique pourquoi la jalousie ne sera plus de mise maintenant :
" Ce qui dans notre ancienne société pouvait être considéré comme un délit grave n’a plus aucune raison d’être commis dans les circonstances présentes. Dans une société de super-abondance pour tous, il est bien évident qu’il faut déjà rayer les délits de vols et d’escroquerie. Considérons après ceux-là le délit le plus fréquent, c’est-à-dire le crime passionnel. Quand chacun se sera bien persuadé et se sera habitué à l’idée que la première de toutes les libertés est celle de son corps, il lui deviendra tout naturel de penser qu’il ne peut prétendre à la possession exclusive d’une autre personne sans son consentement. De ce fait, ce sentiment de jalousie s’estompera peu à peu et les crimes inspirés par elle ne se perpétreront plus. "
Leurs soirées s’épuisent en discussions pseudo- philosophiques sans fin, où l’analyse morale ne cède en rien à la mollesse du style :
" N’est ce pas cette faillite, cette non compréhension de ce qui devait être la vie qui ont déclenché cette épouvantable catastrophe dans laquelle l’espèce humaine est en train de sombrer. Elle se croyait pourtant la plus puissante, la plus intelligente, la mieux organisée. En fait, elle était surtout la plus dominatrice, jouant les apprentis sorciers sans prévoir qu’un jour, la Nature se révolterait contre des occupants (
sic !) bornés et importuns. "
Raymond porte un faible à Marlène (une ancienne prostituée) qui ne consent à quitter " son petit homme " que si celui-là adopte Patrick comme fils. Aussitôt dit, aussitôt fait : tout le monde s’aime si fort… ! Les animaux ont magiquement disparu, ce qui leur laisse goûter des vacances bien méritées dans leur villa provençale, qu’ils fortifient néanmoins (On ne sait jamais) :
" Patrick a été chercher l’apéritif mis au frais – en l’occurrence un excellent Pouilly-Fuissé – qu’ils dégustent avec un plaisir non dissimulé. -Quel parfum et quel bouquet, apprécie Marlène -Il est vraiment excellent, confirme Patrick et depuis que tu m’as appris à reconnaître les bonnes choses, je n’exprime plus un avis de complaisance comme au début. " (…) " Quand je bois du champagne, j’ai envie de faire l’amour, et vous autres ? Je pense que c’est la réaction de tout être normalement constitué, répond Emmanuelle.  (…)
De son côté Emmanuelle ne reste pas inactive. Elle prodigue des caresses de plus en plus osées à Isabelle dont les soupirs se mêlent à ceux de Patrick qui reste un partenaire passif (…) Isabelle, mise en condition par les caresses de son amie, ne se fait pas davantage prier
pour se mettre à califourchon sur son partenaire, tandis qu’Emmanuelle, sous le regard de Patrick va se livrer à un plaisir solitaire. "
Un jour, Bruno conçoit une idée de génie : et si l’on allait se servir de l’hélicoptère de la base voisine pour survoler la région, vérifier qu’elle est bien vide d’animaux pour que tout le monde puisse en sécurité prendre un bain de mer ? N’est-ce pas une bonne idée ?  Pendant que les uns nettoient la plage des cadavres pourris qui y traînent, Bruno revient avec l’hélicoptère. Ainsi s’écoulent les jours en cette nouvelle abbaye de Thélème, entre les parties fines, le champagne et le foie gras :
" Ca a été un désir instantané, suivi d’une jouissance énorme. Mais après, je n’ai absolument pas eu envie de refaire l’amour avec elle. C’est une fille qui doit être très passive, une fille à prendre entre deux portes pour se soulager. Je crois qu’il faut être très excité comme je l’étais pour la prendre. A froid elle doit être décevante . C’est le genre de fille dont on se demande si elles sont capables de parvenir à l’orgasme.   -Ingrat ! Vous êtes tout de même un peu dégoûtants, les hommes. Les femmes ont assez de vertu pour souvent vous procurer du plaisir sans contre-partie et vous ne leur en êtes pas pour autant reconnaissants ! "
Chacun relate sa propre aventure, à savoir comment il a réussi à échapper aux méchantes guêpes, aux vilaines mouches, aux sales rats, ce qui rallonge toujours le récit de soixante-dix pages. Un jour, des signes apparaissent qui ne trompent pas : les animaux semblent revenus. Bruno a relevé les traces d’une horde hétéroclite de bêtes (chiens, bœufs, serpents, rats …) qui se dirigent vers leur maison.
Afin de vérifier les faits et contre l’avis de Raymond, il s’envole en compagnie de Jacqueline, atterrit dans une clairière… et c’est la catastrophe : Ils sont encerclés par des oiseaux qui les empêchent de redécoller, de taureaux furieux qui se jettent contre l’hélicoptère, de mouches qui obscurcissent le cockpit. Ils se savent perdus. Alors, avec joie et détermination, ils vont se suicider non sans avoir fait l’amour une ultime fois :
" Veux-tu faire l’amour ? Oui, répond-elle avec ferveur. Ce sera une manière intéressante de nous dire adieu. Et je vais en profiter pour te dicter ma dernière volonté. Dès que j’aurai joui et avant que je ne reprenne mes esprits, tu me tireras une balle sous le sein gauche et une autre dans la tempe. "

Les autres membres du groupe qui suivent par radio la tragédie jusqu’à l’orgasme final évacuent leur tristesse dans le champagne. Pour eux aussi, la situation empire : les animaux ont décidé de passer à l’attaque. Se réfugiant de pièces en pièces, ils se défendent avec acharnement, prêts à s’entre-suicider si jamais les animaux devaient sortir vainqueurs de la confrontation :
" Plusieurs centaines de rats serrés les uns contre les autres, râpent avec frénésie le plancher du grenier. Une cinquantaine de vipères rampent au milieu d’eux. Des milliers de guêpes attendant, plaquées sur les murs et sur les poutres où sont perchés hiboux, corbeaux, pies et autres volatiles. A l’extérieur, les quelques bovins qui ont échappé à la fusillade se terrent soit derrière les chars, soit sur les côtés de la maison dépourvus de fenêtres. A l’orée des bois, des castors, transformés en bûcherons, abattent et débitent des arbres, tandis que d’autres traînent et relient entre elles des bûches pour construire un rempart digne du meilleur architecte. "
A l’ultime moment, au moment où le pistolet dans la main droite et la coupe de champagne dans l’autre, ils s’apprêtent à mourir, les animaux, inexplicablement, arrêtent leur assaut. Non seulement ils sont devenus définitivement cordiaux entre eux (le chien ne pourchasse pas le rat), mais encore avec les hommes, éberlués par une telle attitude (les toutous se laissent caresser !)
L’explication finale de tout ce fatras comportemental nous est assénée par un cosmonaute, surgi deus ex machina, venu bien à propos : la disparition de l’humanité avait été programmée par des méchants extraterrestres très très forts qui, s’inquiétant de la brutalité de l’homme envers les animaux, leur ont insufflé intelligence et soif vengeresse. Maintenant que l’humanité se réduit à dix mille individus éparpillés de par le monde, une nouvelle chance de mieux se comporter lui est accordée. Puis il disparaît.
Alors, les " Thélémiens " fondent avec d’autres " la Cité Heureuse ", en Grèce évidemment, et réinventent… la Démocratie (C’était çà, le  " Dilemme " : quel type de gouvernement faudrait-il réinventer ?)
Un ouvrage où tout sonne faux, l’intrigue, les personnages, le dialogue, le décor et dont les pages les plus inspirées sont celles qui décrivent la mise à mort des humains par les animaux. Quant au reste, c’est un fatras érotico-sentimental à la Delly, écrit en un style digne d’un lycéen. On comprend mieux pourquoi l’ouvrage a été auto-édité.


couverture du roman "le Dilemme'
couverture de la seule édition connue du roman
 
 
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