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le Destructeur

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 2

le Destructeur par André Du Bief, éd. du Sans Ecu, sd (1925), 1 vol. broché, in-12 ème , 164pp. couverture muette. roman d‘expression française. notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°37, mai  2006. "

1ère  parution : 1925
guerres futures 2péril jaune et guerre des races

André DU BIEF

(1897-1989). Peu de références, si ce n'est qu'il était très certainement journaliste au "Matin" de Marseille durant l'occupation, et de sentiment antisémite (article: "les Juifs sabotent la France de demain) (réf: le site "Robert Denoël, éditeur")

Pierpoul et Gazly sont deux amis complices. Pigistes dans un journal, ils mènent une vie de vauriens débauchés et voleurs, se partageant leurs femmes et s’adonnant à l’homosexualité. Un tel comportement aboutira au crime le plus odieux : Pierpoul, avec l’assentiment de Gazly, assassinera la femme de ce dernier. Puis, ensemble, ils préparent le vol ultime censé les mettre hors du besoin, soit voler les diamants du muséum de Paris.
Gazly, devenu immensément riche, s’achète une nouvelle réputation. Se lançant dans la haute finance, il fructifie son avoir au décuple. Les deux amis, tout en croquant la vie à pleines dents, fondent des écoles littéraires, réinventent les jeux de la Rome antique. Mais tout ceci lasse Gazly. Après avoir égorgé Pierpoul qui le bridait encore dans ses instincts, alors qu’à Paris rien ne le retient plus, il décide de vivre une vie de mercenaire en se lançant à la conquête du monde. Il ira en Chine pour y prospérer. Avec son argent, il embauche un millier d’hommes et de femmes, aventuriers comme lui, sans foi ni loi comme l’étaient les conquistadores de Pizarre,  dans le cadre de la « Société Française de Colonisation » :
« Plus de mille hommes, engagés par « la Société Française de Colonisation », au capital de 500 millions, embarquaient trois mois après sur le Général-Mangin, à Marseille, à destination de Canton. »
En cours de route, Gazly explique à ses complices comment ils se tailleront un empire, réaliseront leurs rêves de liberté absolue. Et cela commence dès maintenant :
« Gazly trancha que ceux qui voulaient porter des vêtements n’avaient qu’à en porter, que ceux qui voulaient se montrer nus étaient libres et que ceux qui ne voulaient pas les voir n’avaient qu’à descendre dans leur cabine. Là-dessus on discuta toute la nuit et l’on dormit le jour suivant. Et chacun ayant convenu «qu’on n’était pas des bourgeois», le Général-Mangin fut un joyeux bateau où le pont à certaines heures se remplissait de couples enlacés. »
Arrivés à destination, Gazly met ses forces au service du Kuan-Min-Tong et de son chef Wu-Tin-Fang, la Société Française de Colonisation transformant son nom en celui de « Bataillon Blanc ». L’objectif est la prise de Pékin. Parmi les acolytes de Gazly, une femme de tête, Berthe Germain, deviendra la maîtresse officielle du chef. Elle ne le restera pas longtemps. Capturée par les forces de Pi-Yun-Se, ennemi retors et puissant, Berthe sera vicieusement torturée à mort :
« Elle sentit ses entrailles en flammes. Son corps se tordit, sa bouche écuma, ses poignets et ses chevilles se coupèrent aux liens qui les tenaient à terre et que le corps tendait dans dans ses suprêmes crispations. Le vieillard infernal saisit un yatagan et d’un coup sec fit sauter un sein. Le lambeau sanglant alla tomber dans un groupe de brutes qui se le déchirèrent. Puis, de la pointe, il fendit en quatre l’autre sein, comme une orange. Un dernier sursaut, le râle qui s’affaiblit. La fin est proche. Avec de longues pinces les aides tirèrent d’un coup brusque le bronze infâme où des chairs calcinés restèrent collées. L’homme au sabre enfila sa lame dans la plaie béante et d’un coup sec décousit de bas en haut le ventre palpitant qui s’ouvrit comme un fruit, laissant s’échapper les entrailles dans un flot de sang noir. »
Gazly, fou de rage, fait bombarder le monument boudhiste du maître de Pékin, anéantit les tortionnaires et, écrasant l’infâme, devient le maître des Jaunes, puis le maître de toute la Chine sous le nom de T’ai-Tsu. Tout-puissant, il subventionne l’anarchisme mondial, puis, commençant par la Russie, déferle sur la France, en passant par l’Italie :
«C’est alors que le plus formidable ouragan d’hommes de l’histoire s’abattit de l’Asie, commandé par T’ai-Tsu, et, avec l’aide des révolutionnaires européens, entreprit de réduire le bastion de la Civilisation capitaliste.»
Alors que des grèves sauvages éclatent spontanément dans toute l’Europe, les forces prolétariennes de T’ai-Tsu réduisent les dernières poches de résistance capitaliste en Europe :
«Depuis longtemps les communications télégraphiques et téléphoniques étaient rompues. Les chemins de fer, après une période fantaisiste, avaient cessé tout trafic. Dans les villes où l’industrie qui n’était pas d’utilité immédiate était paralysée, la misère s’était installée. Les ouvriers organisaient des expéditions, dites «punitives», dans les campagnes, contre les paysans qui boycottaient les grands centres. »
De retour à Paris, alors qu’il pourrait accéder au range de leader mondial des forces de gauche, Gazly est soudain pris d’un délire mystique. Abandonnant son titre de Président pour son ancien nom, il s’installe  dans les Pyrénées, près de Massabielle (la grotte de Lourdes) afin d’y finir sa vie en contemplatif  mystique Dans la région règne le plus grand désordre, la ville de Bordeaux étant mise à sac par des ouvriers. Les Bordelais, connaissant son passé, le supplient d’intervenir. Gazly, se sentant fléchir, mènera à bien sa dernière mission, devenant le «protecteu » et le «légiste» de la « République du Béarn ».
C’est un dernier fait-divers qui provoquera sa chute. Sauvant une jeune paysanne  prise dans une rixe, il sera accusé de viol sur sa personne, injustement condamné à mort. Lorsque les jurés entendant le récit de sa vie, ils seront frappés de terreur et n’oseront signer l’ordre d’exécution. Gazly, mortellement fatigué de la vie affichera tout son mépris à l’égard des hommes :
«J’ai commis bien des crimes et vous l’ignoriez, et le sachant vous êtes frappés de répulsion. Mais, j’ai aussi fait s’entretuer des millions d’hommes, j’ai peut-être anéanti toute la civilisation occidentale, et vous le saviez, et vous m’honoriez avec crainte et c’est moi, le Fauteur, que vous êtes encore venus chercher pour vous sauver. Si j’avais voulu je vous jetais, vous aussi, à la conquête du monde et je reconstruisais avec vous ce que j’avais détruit avec d’autres. Je n’ai pas voulu : cela ne m’intéresse plus. J’ai sans doute achevé ma tâche, puisque Dieu m’a retiré le désir. »
Il sera amené à se suicider au moment même où l’Amérique entrera dans la danse en pacifiant d’une façon sanglante  le territoire européen.
«Le Destructeur» est un ouvrage original, oscillant constamment entre le genre pornographique et le roman politique ou conjectural. L’on ne peut être indifférent au destin extraordinaire de Gazly,  personnage de la démesure qui explore toutes les facettes d’une vie dont il combat la médiocrité par l’excès, faisant sienne la proposition d’André Breton , «il y a lieu d’établir une hiérarchie dans la pourriture», qu’il pousse aux limites de cette dernière, dût-il en mourir.


couverture du roman "le Destructeur"
couverture du roman dans sa première édition (existe-t-il une jaquette?)
 
 
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