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le Désastre, Fragment d'une histoire future

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 1

le Désastre, Fragment d'une histoire future, par René de Planhol, pp. 515-576, in "la Nouvelle lanterne" N°30, 11 novembre 1930, revue brochée, in-12ème, édité par l'auteur. nouvelle d'expression française. notice in le Bulletin des Amateurs d'Antcipation Ancienne" N° 24, août 2000
1ère parution: 1930

guerres futures 1

René de PLANHOL

(1889-19?) peu de références. Journaliste, écrivain, polémiste d'extrême-droite, éditeur littéraire. A animé la revue "la Nouvelle lanterne" aux idées proches de celles de Maurras. Chante de la "décadence". Son expérience militaire lui a fait produire deux ouvrages: "Etapes et batailles d'un hussard" et "la justice aux armées (1917), ainsi qu'un livre de "Contes"

"Ce cahier donne les leçons professées en 2045, à la Faculté des lettres françaises de Québec, par l'illustre Joseph Dyvetot, dont le cours d'histoire philosophique étudiera "l'Europe après 1930 et la Revanche de l'Allemagne".
Après cet avertissement qui permet à l'auteur de prendre le point de vue de Sirius, ce dernier se livre à une analyse critique et pertinente, sans complaisance, des causes d'une probable future guerre européenne. D'abord, il convoque les hommes politiques français de tous bords principaux responsables, selon lui, du désastre, de par leur pacifisme, surtout celui des socialistes Blum et Driant,  relayé par les journaux de l'époque, leur hypocrisie, et leur seule préoccupation qui était de profiter au maximum du pouvoir pour s'approcher en premiers de la "mangeoire":
"Les factions politiques uniquement occupées de leurs manigances électorales et de leurs combinaisons parlementaires, ne semblaient même pas se douter que le sort de la patrie fût en jeu. Il ne s'agissait entre elles que d'une querelles de ventres, autour du râtelier bien garni que leur offrait le pouvoir. (Ils) se contentaient de jouir de leur fortune, de s'octroyer à leur tour les prébendes et de distribuer les fonds secrets en n'ayant nul souci de la France".
En nouant des alliances objectives entre partenaires aux idées pourtant inconciliables, ils s'entendent à merveille pour manipuler une population lâche et veule , dont les classes privilégiées , des immigrés de fraîche date, s'offrent une vie facile par les douteux plaisirs du sexe et de la bonne chère:
"Attirée par  l'appât, une nuée de parasites se jetait sur la province et la campagne françaises. Ils accouraient de tous les points du globe, - d'Orient, de Russie, d'Allemagne, de Chicago, de Bombay, pour prendre leur part des dépouilles de ce vieux pays. Juifs, Levantins, Hindous, ils composaient la tourbe cosmopolite qui s'engraisse de la misère commune."
Dans le domaine économique, l'on minimise la crise de 1929, la bourgeoisie prétendant qu'après un nécessaire assainissement, le capitalisme, épuré,  redeviendra l'outil merveilleux propre à enrichir encore davantage les nantis. La position du Vatican n'est d'ailleurs pas oubliée qui, au nom d'un oecuménisme religieux protège ses intérêts en minimisant le péril germanique. Le déni en face d'une Allemagne agressive et revancharde est donc universel. Rien d'étonnant donc que, de reculades en reculades, le traité de Versailles soit déchiré et que, sans que personne ne lève un sourcil, l'Allemagne puisse fortement se réarmer, occuper des territoires qui lui sont étrangers, comme la Pologne, ou refuser de payer ses dettes de guerre en réclamant un moratoire.
Après avoir exploré les causes de la guerre, l'auteur passe à l'avenir des relations internationales en Europe avec, au centre de celles-ci, la dangereuse Germanie, prête à engloutir la France. Il fait parler le général von Seekt livrant son coeur dans un mémoire (fictif) adressé à son secrétaire. Il lui montre en toute franchise la duplicité, l'immense orgueil et la soif d'une Allemagne malmenée. Menée par des Hohenzollern , avec l'appui d'un certain Hitler, une armée de soldats aguerris sont prêts à se vouer corps et âmes à leur patrie:
"Les événements ne se répètent jamais tels quels, et la guerre prochaine réalisera sous une forme inédite la concentration des forces et la surprise qui sont les moyens éternels de la victoire. (...) La guerre prochaine ne sera plus une guerre interminable de tranchées. Nos bataillons uniront à la puissance des armements la vitesse et la mobilité. Leur attaque subite, jetant autour d'elle le feu et les gaz, bouleversera la mobilisation de l'ennemi. Et nous disposons d'engins, d'explosifs, de fumées, de poisons que nos laboratoires ne cesseront d'améliorer et qui révèleront au monde les bienfaits de la science allemande."
En face d'une Angleterre frileuse, d'une France endormie et décadente, d'une Russie entravée par des traités commerciaux, l'Allemagne a désormais le champ libre pour se tailler un empire sur mesure. La Pologne déjà occupée, l'Autriche s'étant toute entière jetée dans les bras de la Germanie, von Seekt explique que tout naturellement les régions à forte implantation tudesque devront appartenir à la nation-mère. Il réclame l'Alsace et la Lorraine et les fera occuper militairement pour y "garantir" les droits d'un référendum juste pour ses habitants.
La France outré et acculée réagira enfin. Avec le général Weygand à sa tête, elle prendra les armes non sans avoir, préalablement, nettoyé les nids de la collaboration. Quelques hommes politiques parmi les plus en vue seront pendus, mais beaucoup réussirent à s'enfuir, surtout parmi les socialistes. Hélas! il est déjà trop tard. Car la guerre aura changé de nature, elle sera rapide, impitoyable et  des armes horribles seront utilisées:
"Attaquée sur deux fronts, écrasée par la supériorité des effectifs et du matériel ennemis, l'armée française ne pouvait que succomber. (...) Des explosions se produisaient dans les arsenaux et les usines sous l'influence de courants mystérieux, des nappes de gaz mortels se déployaient sur le pays, des vagues d'avions criblaient les villes de bombes incendiaires(...) La ville souveraine de l'univers n'était plus qu'un labyrinthe de ruines en flammes. Aux batailles de la Somme et de la Seine, l'armée française fut à demi détruite pendant que les Italiens continuaient à s'avancer presque dans le vide. (...) la bataille tournait au massacre, et la France n'avait plus d'armée."
Vaincu, notre pays sera démembré, découpé en diverses régions soumises au vainqueur, ses richesses drainées. La langue française elle-même, outil de l'unité, sera éradiquée:
"Comme la fureur germanique voulait extirper jusqu'au souvenir de la nationalité française et comme c'est autour de son langage que se rassemble toujours un peuple déchiré, l'enseignement et l'usage officiel de la langue française furent partout prohibés. La Bretagne adoptait pour idiome le gaëlique, et l'Aquitaine le Gascon. Si l'Italie tolérait en Gaule narbonnaise le provençal, l'Allemagne imposait le tudesque au nord de la Seine. Et, dans la Biturie, la langue du gouvernement, des écoles, de la presse, devenait l'esperanto, toute publication en langue française étant interdite."
L'Angleterre, désormais inquiète, se retrouve  en première ligne en maudissant son pacifisme. Les Américains continueront, comme par le passé, à commercer un pays devenu puissant et riche. La Russie (Soviétie) multipliera les approches "positives" envers un pays devenu son premier partenaire énergétique.
Ce texte, assez court, appartient donc aussi bien au domaine du pamphlet politique, qu'à celui de l'histoire alternative ou de la guerre future. L'on est frappé par la justesse d'ensemble du propos de Planhol dont la vue prospective coïncide avec la réalité historique. Il ne se trompera que sur des points annexes (comme de minimiser l'action de Hitler) ou lorsqu'il est aveuglé par ses préjugés ( il pense que la judéo-maçonnerie aidera l'empire militaire allemand). D'autre part, la comparaison de l'état du pays dans les années trente est tout à fait pertinente avec celui montré par les temps actuels (2013). A souhaiter que les mêmes  causes ne produisent pas les mêmes effets! Enfin, il limite aussi la guerre à venir à l'Europe sans comprendre qu'elle affectera l'ensemble des pays du monde de par sa nature unique et le jeu de ses alliances. Mais il a saisi le caractère impitoyable de l'agression lié à la haine de l'ennemi, l'utilisation d'armes nouvelles, la rapidité des déplacements sur le terrain , alors que de nombreux chefs militaires de l'époque prophétisent une guerre de position comme en 1914. Si la France, dans sa réalité historique, a été coupée en deux zones, pour de Planhol, elle sera totalement mise en pièces et ne renaîtra plus de ses cendres. Un petit texte par la taille mais grand par ses idées, à la limite du conjectural,et avec des accents tels, que sans hésiter, nous l'avons intégré à notre domaine.

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couverture du fascicule "la Nouvelle lanterne" , N°39, 11 novembre 1930
Numéro 39 de ce fascicule dans lequel a paru ce texte.
 
 
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