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le Dernier jour

les oeuvres > ADAM ET EVE REVISITES

le Dernier jour par Alexandre Renaud, La Nef de Paris éd., 1960, 1 vol. broché, in-12 ème , 222 pp. couverture muette. roman d’expression française. notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°31, mai 2003
1 ère  parution : 1960
guerres futures 1Adam et Eve revisités


Alexandre RENAUD

(1891-1966)  Pharmacien et maire de Sainte-Mère l'Eglise. Ecrivain. Collabora au film "le jour le plus long".Quelques ouvrages anti-guerre dont "le Dernier jour" (conjectural)

Henri Laurent, ouvrier du gouvernement social de France, le S.C.R.O.P., a tout lieu d’être heureux. Les besoins matériels satisfaits grâce à l’apport de la technologie, les ressources libérées par le gouvernement, et une économie planifiés font régner sur le monde un âge d’or attendu. Sa femme Gilberte ne travaille que trois heures par semaine, lui, vingt-cinq heures. Le temps libre est passé au sein du cocon familial devant la nouvelle télévision qui lui donne toutes les informations du monde extérieur. L’équilibre est réalisé entre le bloc de l’Ouest auquel appartiennent le S.C.R.O.P. et l’Eurasie, regroupant les Slaves, la Chine et l’Inde.
Soudain éclate une terrible nouvelle: une bombe de nature inconnue a rayé de la carte une ville proche du Tibet. Pour Henri, c’est loin, et il ne s’en inquiète guère jusqu’à ce que d’autres annonces renforcent la première. L’Inde, notamment, est gravement touchée par un agresseur inconnu. L’Eurasie s’émeut de la situation, le bloc Ouest l’accusant de jouer les apprentis - sorciers. Il s’avère que sous l’odieux agresseur se cachent les anarchistes et libertaires de tous poils bien décidés à secouer le joug socialiste, à mettre le monde à feu et à sang grâce aux diverses et terribles armes dont ils ont la maîtrise :
" Ne cherchez pas à nous découvrir, disait-elle (elle= la voix). Nous sommes partout, près de la mer, dans les plaines, sur les montagnes, sous terre… Nous sommes le parti, maître de l’univers. Nous sommes les fils des libertaires, des nihilistes, des anarchistes, de tous ces pauvres bougres que les âges précédents ont vilipendés, torturés, tués… "
Les rayons caloriques, les bombes thermonucléaires frappent en Eurasie au hasard, semble-t-il. Le Bloc de l’Est rend responsable de cette agression le Bloc de l’Ouest et l’engrenage infernal s’enclenche.
La guerre éclate, y compris à Paris. L’angoisse gagne les populations, chacun s’avisant de fuir les villes du mieux qu’il peut pour se mettre à l’abri. Les Laurent sont du nombre et, en compagnie de  quelques voisins,  ils espèrent gagner la campagne. Pourtant, La situation est déjà compromise puisque des foules apeurées, à pied ou en automobiles, bloquent toutes les voies, tous les accès, toutes les autoroutes :
" Quand ils arrivèrent à la rue du Havre, ils s’arrêtèrent indécis… Toute cette rue, jusqu’à la gare Saint-Lazare, disparaissait sous le flot humain, et ce flot ondulait en vagues puissantes et en courants contraires (…) Au centre de la large rue, toitures garnies de matelas, de couvertures, de bicyclettes ou de voitures d’enfants, des centaines d’autos serrées les unes contre les autres comme dans un long parc, rugissaient de toutes leurs sirènes, de tous leurs klaksons pour essayer de franchir le barrage humain, mais la foule par son poids, dominait les moteurs, et stoppait les véhicules, même les poids lourds qui essayaient de foncer en avant. "
Grâce à son ami Durant qui a quelques connaissances dans la conduite des locomotives, ils parviennent à sortir de Paris avec l’un des derniers trains en état de marche tandis que se déchaîne l’enfer autour d’eux. Finalement la voie est coupée et ils se sentent perdus. Apparaîtra alors la figure providentielle du chef :
" C’est alors qu’un homme très grand et très fort, aux cheveux grisonnants, au nez busqué, vêtu d’une vareuse aux boutons de cuir, les jambes serrées dans des guêtres de grosse toile à la manière d’un garde-chasse ou peut-être d’un livreur de grand magasin, demanda le silence. "

Celui-ci demande à être obéi sans contestation.  Vieux baroudeur, ayant mis sa confiance en Dieu, il sera le meneur apprécié qui conduira le petit groupe hors de danger.
Pour l’instant, il s’agit de parer au plus pressé, soit de trouver un refuge sûr. Ayant repéré un endroit protégé, ils pénètrent dans un ancien abri de défense souterrain où les cadavres répandus des derniers occupants leur cèdent la place. C’est là qu’ils s’enfermeront, sous la terre, examinant l’extérieur et le déchaînement de la violence grâce à un tube télescopique. Le Chef y fait régner une discipline draconienne. Ecoutant les derniers cris d’agonie du monde par " téléco ", ils observent un extérieur vitrifié puis envahi par les hordes monstrueuses de robots eurasiens :
" De la sorte, ils ressemblaient à s’y méprendre à de gros insectes aveugles. Tantôt ils obliquaient à droite, tantôt à gauche, tantôt ils reculaient comme des chiens de chasse flairant le sol et alors les deux antennes étaient animées de mouvements plus amples et leurs pointes s’incurvaient presque jusqu’à terre, comme si les monstres cherchaient à découvrir quelque gibier caché. " (…) " Derrière ces tanks, glissaient d’autres véhicules, sortes de tortues géantes hérissées de nombreuses épines métalliques d’où sortaient des éclairs. A proximité de la route, une escadrille d’au moins trente avions désemparés vint s’écraser au sol en projetant de grands nuages de poussière. Des incendies s’allumèrent et les tanks pendant quelques instants rôdèrent autour des brasiers. Aucune figure humaine ne se montrait. La bataille des machines remplaçait les anciennes batailles d’hommes. "
Nos troglodytes n’en mènent pas large. Leur situation se dégradant rapidement, toute velléité visant à  rompre l’harmonie du groupe est étouffée dans l’œuf. Devant la faiblesse du Bloc de l’Ouest, les envahisseurs triomphent. Ils investissent la France, créant des routes pour leurs divisions mongoles arrogantes, et poussent jusqu’à la mer.
C’est le moment qu’attendait le Bloc de l’Ouest pour contr’attaquer. Il lance d’un coup sur les Eurasiens son  arme secrète qui dissocie l’eau de mer avec pour conséquences un raz de marée gigantesque lequel déferle sur l’arrière-pays :
" C’est ainsi qu’au moment de l’éclatement des bombes, les flots parurent se scinder. Deux murailles liquides et parallèles se formèrent et un long couloir de plusieurs centaines de mètres de largeur s’ouvrit en pleine mer tout le long de la côte européenne. Sur quelques images passées au ralenti on peut apercevoir le sable et les roches du fond de la mer, violemment illuminés "
C’en est trop pour ce que la terre pouvait encore endurer : tremblements de terre, volcanisme, cyclones achèvent la déroute de l’espèce humaine qui disparaîtra de la surface du globe.
Pendant plus d’une semaine, des vents empoisonnés balaient la surface, au-dessus de l’abri où se terrent nos  malheureux :
" Les débris de toutes sortes se multipliaient : roues de chars, tanks, robots, casques, camions à chenilles. Aucune végétation n’existait plus, mais la terre était parsemée de lourds paquets de varech noir. De ci, de là , quelques squelettes d’arbres restaient debout. Les villages n’étaient pas détruits, mais vidés de leur contenu par le flot qui avait déferlé en lourdes vagues sur eux. Les toitures des maisons étaient soulevées, les portes et les fenêtres arrachées et dispersées au loin. A l’intérieur, les meubles d’étaient disjoints et parfois de grandes algues marines les revêtaient."
Au signal du Chef, les survivants ressortent à l’air libre pour constater l’existence d’un monde pétrifié, vitrifié et sans vie:
" Un premier rayon de soleil illumina ce qui, quelques jours plus tôt, était une grande ville. Plus de maisons, plus d’arbres, mais un chaos dans lequel, à perte de vue, on distinguait des pentes qui brillaient comme d’immenses miroirs… Entre ces miroirs, émergeaient de longues aiguilles transparentes comme du verre et de couleurs variées. Des crevasses encore noyées d’ombre, zigzaguaient entre des blocs, véritables collines noires et luisantes. Le chef montra un piton haut de plus de trente mètres assurément, qui, faisant prisme, réfléchissait en mille couleurs vives les rayons du soleil -Là, dit-il, se trouvait la cathédrale de la ville !.(…)
Lorsqu’on se fut écarté de plus d’une lieue, on commença à sentir l’odeur des cadavres. Ceux-ci trop éloignés du centre de l’horreur n’avaient pas été carbonisés, mais étouffés par la pression de l’air ou brûlés par les émanations nocives. Les vêtements seuls avaient été déchiquetés et les premières mouches vertes venues de très loin commençaient leur œuvre. De gros animaux, vaches, chevaux, aux corps boursouflés et noirs ressemblaient à d’énormes hippopotames aux ventres ballonnés ; les arbres dépouillés de leurs feuilles n’étaient plus que de grands squelettes noircis dont l’écorce pendait comme des lambeaux de chair."
Surmontant leur découragement, le groupe prend la route en direction de la mer non sans avoir au préalable sacrifié à un nouveau rituel : la construction d’une arche dans laquelle seront enfermés la Sainte Bible et quelques récipients en présence d’un feu constamment entretenu.
L’atmosphère même a changé. Le soleil luit  plus fortement, la lune semble s’être rapprochée comme si l’axe de la terre avait été modifié. Tout en subsistant chichement, ils se nourrissent des quelques bêtes sauvages épargnées par le désastre, puis avec des poissons conservés dans la croûte saline, derniers reliquats d’une mer qui s’est retirée au loin.
Toute leur énergie est tendue vers un but lointain que le chef seul semble connaître. Les conditions abominables de cette nouvelle terre les éprouvent fortement et Léon, le distrait, le poète, qui, au début, semblait totalement inutile, joue ici son rôle: celui d’un aède qui stimule le clan par les chants d’une nouvelle épopée. Partant du principe que " ce qui ne tue pas rend plus fort ", le groupe se met à la recherche d’un asile sûr où s’établir :
" Eh bien ! savez-vous aujourd’hui que vous n’êtes plus les mêmes hommes que l’an passé ? Nos cheveux sont redevenus ce qu’ils étaient du temps de notre jeunesse, nos muscles se sont durcis… Sous les effluves vivifiants qui, durant les premières semaines, nous laissaient pantelants et inquiets et ont failli nous faire mourir, nous devenons puissants comme jamais nous n’avons été puissants. "
Cet endroit idyllique leur apparaîtra enfin grâce à la sagacité exploratrice du Chef qui à partir de là abandonne sa fonction dictatoriale pour un nouveau statut de patriarche unanimement écouté.
L’endroit ressemble au paradis terrestre, les conditions y sont tropicales et la nourriture abondante :
" Une vallée s’étendait vers l’est entre deux hautes collines et, à quelque distance, l’entrée de cette vallée très étroite était fermée par des blocs jaillis des monts qui s’étaient soudés les uns aux autres au moment du cataclysme… Au milieu s’était formée une trouée ayant l’aspect d’un porche géant. En avant et au centre de cette porte, gardant l’entrée, ils virent une longue épée rouge, la pointe tournée vers le ciel et qui flamboyait d’un éclat insoutenable. Sa poignée qui descendait jusqu’au sol, d’un brun presque noir, brillait aussi de mille feux comme la vitre d’une fenêtre frappée par les rayons du soleil. Au début de la précédente période humaine, ce fut peut-être ainsi devant le Paradis terrestre, dit le chef aux hommes qui l’avaient rejoint."
C’est là, sur une hauteur au meilleur emplacement, après avoir dédicacé le temple que reposera la nouvelle arche d’alliance, que le clan s’installera en familles fraternelles dans le but de créer une nouvelle humanité plus juste, moins égoïste, plus proche des valeurs de la nature.
Un récit, qui au-delà de ses ressemblances d’intrigue avec "Ravage " ou " le Pont sur l’Abîme " innove à travers l’accent de sincérité qui invoque la foi en un dieu vengeur puis rédempteur, et surtout par la description d’une catastrophe totale due à la malfaisance de la science et du progrès matériel. L’œuvre est équilibrée dans sa composition  par le découpage précis en trois périodes distinctes :la peur sur le monde / l’agonie de la terre/ l’exode. Il est dommage que de ce roman ne subsistent plus qu’un petit nombre d’exemplaires assez difficiles à trouver.


couverture du roman "le Dernier Jour"
couverture muette (existe-t-il une jaquette? ) de ce roman en 1ère édition
 
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