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le Dernier homme (Henriot)

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Le Dernier homme par Henriot, in « le petit Français Illustré » pp. 38-40, N°513 du 24 décembre 1898 et pp. 53-55, N°514 du 31 décembre 1898. nouvelle d’expression française
1 ère  parution : 1898
le dernier homme


HENRIOT

(1857-1933) De son vrai nom Henri Maigrot.  littérateur, dessinateur, caricaturiste. Directeur littéraire du "Charivari". Collabore à "l'Illustration", au "Pélerin" et à "l'Almanach Vermot". Créateur du journal satirique "la Baïonnette".

Le jeune savant et chimiste Julien Préval se livre dans son appartement de Neuilly à des expériences sur l’ozone, gaz miraculeux, désinfectant et régénérateur,  incolore et inodore.Ni Félicie, sa cuisinière, ni François son domestique ne répondent à ses appels. Il les trouve immobiles, debout, comme arrêtés en plein mouvement. Que s’est-il passé ? Pour en avoir le cœur net, il sort et se promène dans Paris. Partout se présente le même tableau digne du conte de la Belle au Bois dormant :
« Le monde n’était qu’endormi ! Il regardait ; à droite et à gauche des gens arrêtés, presque tous debout… très peu allongés par terre ; des voitures arrêtées, avec des chevaux immobiles, la jambe en l’air. Quelque chose comme ces photographies instantanées de gens en marche, qui vous représentent cloués d’un pied au sol, l’autre lancé en avant.»
Peut-être une comète, peut-être une trombe asphyxiante a-t-elle eu raison des Parisiens ? Empruntant une bicyclette, il croise un tramway rue de la grande Armée qui vient de heurter une automobile :
« Je renonce à décrire  le spectacle, toujours semblable, que Julien rencontrait à chaque pas. Le silence n’était troublé que par des chocs bruyants d’automobiles qui, elles, allaient devant elles et iraient encore tant qu’elles auraient leurs accumulateurs chargés ou leur réservoir plein de pétrole. Sans direction, elles montaient sur les trottoirs, se cognaient aux arbres, entraient dans les vitrines des magasins. »
Au Bois, un amoncellement de cyclistes tombés raide lui rappelle que la rigidité post-mortem survient plus rapidement chez des gens agités, comme les Parisiens. Laissant la bicyclette, car il ne craint plus les voleurs, il se sustente dans une pâtisserie sans payer. Le sentiment d’exaltation et de toute-puissance se transforme lentement en inquiétude : qui éteindra les incendies lorsqu’ils se déclareront ? Qui renouvellera la nourriture ?
Il lui faut absolument trouver un autre homme vivant, bien que l’appel télégraphique à destination de l’Amérique ne donne aucun résultat. Du côté de la gare Saint-Lazare il lui vient l’idée d’emprunter un train malgré l’enchevêtrement ferroviaire :
« l’ingénieur ne vit même pas l’amoncellement de locomotives, de wagons écrasés qui étaient venus, sans direction, se heurter aux murs en passant par-dessus les butoirs. Il avait dû y avoir là d’incommensurables accidents. Les trains qui devaient entrer en gare, sans aiguilles, sans disques, sans signaux, avaient dû arriver pêle-mêle et se téléscoper mutuellement… Julien avait vu un quai de départ, un train prêt à partir…. De la locomotive s’échappaient des flots de fumée noire. »
Il part en direction d’Asnières. Partout, la traversée des gares offre le même aspect désolé de la mort et de l’immobilité. Soudain, vient à sa rencontre un autre train. Le choc le réveille au grand soulagement de Félicie et du docteur qu’elle avait appelé à son chevet. Toute l’aventure n’était donc qu’un cauchemar dû à l’inhalation d’ozone…
Une petite nouvelle sans prétentions et restée inédite qui explore courageusement la thématique du dernier homme : liberté sans limites, richesses inouïes, misère de l’homme seul



illustration de la couverture du "Petit Français Illustré" N° 513, déc. 1898
illustration accompagnant la nouvelle de Henriot
 
 
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