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le Dernier Américain

les oeuvres > ARCHEOLOGIE DU FUTUR

Le Dernier Américain par John Ames Mitchell, pp. 57-100 in « les Orages de Jouvence », Eons futurs éd, 2004, 1 vol. broché , in-12 ème , 100 pp. couverture illustrée par Michel Koch. roman d’expression anglaise (USA)
1ère parution :1889   titre original : The Last American
archéologie du futur


John Ames MITCHELL

(1845-1918). Né aux USA, habitant New York, étudia à l'Exeter Academy, puis à Harvard. Séjour en France. Doué pour les arts. Cabinet d'architecture à Boston. Illustrateur de livres et surtout fondateur du magazine "Life" (art, humour et littérature). Personnalité forte, aux opinions tranchées. Ecrivit 14 ouvrages dont des oeuvres de fiction

A bord du Zlothub, l’équipage persan du Prince Khan-Li, accompagné des deux archéologues Grip-Til-Lah et Nofuhl, jette l’ancre dans la baie de Nhu-Yok, en cette journée de l’an 2951. Chargés d’explorer l’habitat mythique des Méhrikans, ils se trouvent au bord des vestiges d’une ville sans fin où se dresse, en avant-poste, la statue d’une femme abîmée, portant un flambeau :
« Moins d’une heure plus tard, nous avions débarqué et foulions une antique avenue, dont les trottoirs étaient couverts de mauvaises herbes et de fleurs , sauvagement mêlés dans un total désordre. Des arbres, énormes et d’une grande antiquité, passaient leurs membres au travers des fenêtres et des toits procurant une impression déprimante. Ils procuraient cependant une ombre bienvenue, car nous subissions à terre une insupportable fournaise. Les curieuses constructions qui nous entouraient de part et d’autre étaient merveilleusement préservées, et dans nombre d’entre elles subsistaient encore des plaques de verre dans les encadrements de fenêtres métalliques. »
En pénétrant dans les ruines,  de grands bâtiments de commerce les incitent à une réflexion profonde sur les causes de la disparition des Méhrikans, qu’ils savent avoir été une race de marchands avisés et évolués technologiquement:
« Leur honneur commercial était une plaisanterie. Ils étaient plus âpres au gain que les Turcs. La prospérité était leur dieu, avec la ruse et l’invention pour prophètes. Leur activité frénétique, aucun Persan ne peut la comprendre. Cet immense pays était grouillant de bruyantes industries et de Méhrikans agités filant tels des flèches d’une ville à l’autre avec une rapidité inconcevable, en utilisant un système de locomotion que nous pouvons à peine imaginer. Il existait des routes recouvertes avec des barres de fer sur lesquelles de petites maisons posées sur des roues étaient tirées à une telle vitesse qu’un voyage d’une longue journée était accompli en une heure. D’énormes bateaux sans voiles, conduits par une force mystérieuse, transportaient des centaines de gens à la fois jusque dans les lieux les plus reculés de la Terre.»
L’exploration de maisons particulières leur fait comprendre à quel point la libération des mœurs féminines aurait eu un rôle à jouer dans cette catastrophe, allant de pair avec les disparités sociales :
« Ô Terre de Délices ! Car beaucoup d’argent réjouit le cœur ! Pourtant le vieil homme secoua la tête. -Très vrai, Ô Prince ; sauf que l’effet en était affligeant. Ces énormes fortunes dominèrent bientôt toutes choses, y compris le siège du gouvernement et les palais de justice. Les magouilles financières rapportèrent des gains fabuleux. Le jeunesse en fut démoralisée. Quant à l’austère et vertueuse industrie avec ses profits modérés, elle devint méprisée.
-En vérité, voilà qui irait de soi ! déclarai-je. Mais sur une terre où tous étaient riches, qui trouvait-on pour cuisiner et nettoyer à fond, aller faire les courses ou nettoyer les sols ? Car nul ne creuse la terre quand ses poches sont bourrées d’or.
-Tous n’étaient pas riches. Et quand le pauvre devint lui aussi avide se formèrent deux camps ennemis. Ainsi commencèrent les bouleversements sociaux avec leurs cortèges de carnage et de ravage. »

Ces observations, consignées au jour le jour, formeront la trame de leur récit. En poussant au-delà de la jungle de Central Park vers Uptown, ils ont une vue grandiose sur l’étendue des ruines mangées par la végétation :
« L’étendue de la ville était surprenante. A plusieurs miles de distance, loin sur la rivière, on distingue le Zlotuhb, simple tache blanche sur l’eau. Tout autour de nous, aussi loin que la vue puisse porter, et dans quelque direction que l’on tourne son regard, ce ne sont que ruines : des ruines, et encore des ruines. Jamais il n’a existé de visions plus désespérantes. Le ciel bleu, le soleil radieux, l’air empli du parfum des fleurs aux couleurs vives, le chant des oiseaux : tous rendent ce spectacle encore plus triste et déprimant, tant ils semblent s’en gausser. »
Leur périple ne se limite pas à Nu-Yok. Ils appareillent aussi pour Washington, une autre grande cité, où, à leur arrivée dans la baie, de nombreux vaisseaux engloutis témoignent d’une gigantesque bataille navale. Cheminant vers le «Grand temple de la Démocratie », ils y trouvent - ô miracle ! – le dernier Méhrikan vivant avec sa femme, un homme primitif, vêtu de peaux de bêtes, barbu et têtu. Aussi lorsque Ja-Khaz s’approcha de trop près de la femme – pour l’étudier sans doute- le dernier Méhrikan lui fracassa-t-il le crâne. Immédiatement abattu par les membres de l’équipage, le Méhrikan livrera son crâne apprêté au musée de Téhéran comme fleuron de cette expédition :
« Sommes de nouveau en mer. Voguons cette fois pour la Perse, ramenant nos blessés et les cendres de nos morts. Celles des habitants du pays reposent au-dessous du Grand Temple. Je présenterai le crâne du dernier Méhrikan au musée de Téhéran. »
« Le Dernier Américain » propose, à l’instar des romans européens, une méditation sur les ruines et sur la disparition de l’empire américain par le procédé de la distanciation dans le futur (les personnages viennent d’un futur très lointain) et dans l’espace (ils viennent de très loin).
Nouvelle remarquable, teintée d’ironie et de pessimisme, il est curieux qu’elle n’ait fait l’objet d’aucune autre traduction en France que celle-ci, récente, et par une toute petite maison d’édition
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couverture du roman "le Dernier Américain"
couverture de l'édition originale américaine, en cartonnage
 
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