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la Théorie des dominos

les oeuvres > DISETTE D'ELEMENTS

la Théorie des dominos par  Alex Scarrow, le Cherche Midi éd., 2010, coll. « Livre de poche Thriller » N°32051, 1 vol. broché, in-12ème couverture The Image Bank. roman d’expression anglaise (GB).
1 ère parution : 2007   titre original : Last Night
disette d’éléments


Alex SCARROW

(1966-) Ecrivain britannique de science-fiction, connu notamment pour sa série des "Time riders". Après un long séjour dans le milieu de la musique comme ancien guitariste de rock, il abandonna celle-ci pour l'industrie graphique, puis les jeux video. Enfin, il écrivit des scénarios pour des séries télévisées et divers romans.

Une famille : Andy Sutherland, Leona, sa fille, Jenny, sa femme, en instance de séparation. Chacun affronte l’horreur en trois lieux différents : l’Irak pour Andy, l’Angleterre pour Jenny et la ville de Londres pour Leona.
Tout commence de manière banale. Andy, ingénieur pétrolier, auteur d’un essai magistral sur les effets létaux du manque soudain d’approvisionnement en pétrole, poursuit sa carrière en Irak, en tant que conseiller. Il y a dix ans, son essai avait déjà été apprécié par trois mystérieux individus lesquels exigeaient d’Andy, contre une énorme rémunération, le secret absolu concernant sa spécialité. Or, la petite Leona, ayant par hasard ouvert la porte de la chambre d’hôtel où se poursuivaient les tractations, avait aperçu le visage des trois hommes.
Dix ans plus tard, dans le monde entier, d’une façon tellement soudaine qu’elle semble concertée, éclatent, en divers pays dont l’Irak, des attentats ou des catastrophes bloquant l’acheminement normal du pétrole. Tout se passe comme si les prévisions d’Andy s’étaient réalisées à la lettre.
« Après réflexion et ces bribes d’information, Andy était désormais certain que son rapport, rédigé huit ans plus tôt, avait mené à tout cela. Il s’était attaché à décrire onze nœuds dans le réseau mondial de distribution de pétrole : des points charnières rendus vulnérables aux attaques furtives qu’affectionnaient les groupes terroristes. Il avait compris que sept de ces nœuds avaient déjà été touchés. Ce simple élément était suspect, mais le fait qu’ils aient été pris pour cibles au cours des dernières vingt-quatre heures… cet élément lui avait mis la puce à l’oreille. Car c’était un des arguments qui figuraient vers la fin de son rapport…
Si ces onze plaques tournantes à haut risque venaient à être touchées dans un laps de temps de vingt-quatre heures, la distribution mondiale du pétrole serait complètement interrompue. Au souvenir des mots exacts, il frissonna. Quelqu’un était en train de mettre son putain de rapport en pratique ! »

C’était le cas, bien entendu, puisque le lecteur apprendra qu’une mystérieuse organisation, celle des « Douze », est à l’origine du désastre. Or la petite Leona, devenue adolescente entre-temps, se rappelait de l’identité de trois d’entre eux. Elle devait donc disparaître. Voilà pourquoi ils mettent sur sa piste un tueur racé surnommé Ash, efficace et silencieux et qui opère uniquement au couteau
Lorsque les troubles et les émeutes gagnent du terrain en Irak, Andy sait qu’il doit revenir de toute urgence en Angleterre pour y retrouver sa famille. Cela s’avèrera difficile car partout se déchaîne la haine à l’encontre des Occidentaux supposés avoir détruit la Kaaba :
« Ca a commencé avec les attaques à la Mecque, Médine et Riyad ce matin. Quelqu’un a fait sauter la Kaaba ou, du moins, a déclenché une explosion dans les environs. S’ils voulaient provoquer une guerre civile, ils ne pouvaient pas trouver mieux. Ca s’est répandu comme une traînée de poudre à travers l’Arabie Saoudite, un conflit civil à grande échelle : wahhabites, sunnites et chiites. Et ça se répand aussi vite que la grippe aviaire. Il y a déjà des émeutes au Koweït, en Oman et dans les Emirats. »
Se joignant à un groupe de soldats britanniques mus par une même volonté, courant mille dangers en compagnie de son ami Mike l’Américain, Andy, progressivement s’endurcit et s’affirme. Il sait aussi que quelqu’un a appliqué son plan prévisionnel. Il en connaît donc les moindres conséquences qui suivront, en l’espace d’une semaine par la désorganisation complète des sociétés humaines. L’arrêt total de l’approvisionnement en pétrole étant équivalent à une embolie cérébrale pour l’individu :
« On arrive à l’épuisement, vous savez ? Il y a bien moins de pétrole que l’on croit…Oui, bien moins que les quantités annoncées au public. Ils ont décrété que nous étions trop nombreux à vouloir des produits de luxe, trop nombreux à vouloir de grosses voitures, de grandes maisons, du pétrole et de l’énergie en quantité infinie. Ca ne pouvait pas durer éternellement. Ils l’avaient su bien avant tout le monde. Et ils savaient aussi qu’il y aurait des guerres, des guerres affreuses, et quelques bombes nucléaires balancées ici et là…afin de mettre la main sur les minuscules réserves de pétrole restantes. (…) Ils savaient que nos besoins économiques, notre soif de pétrole nous pousseraient à l’autodestruction. (…) Alors, au cours d’une réunion en 1999, ils sont pris cette décision. Cette décision de percer l’abcès, si vous me permettez une expression aussi grossière. Ils ont décidé d’effectuer une sélection au sein de l’humanité avant que nous n’allions trop loin. »
De toutes leurs forces, Andy, Mike et ses amis assiégés dans Baïji, forcent le blocus, se dirigeant vers un point de ralliement situé hors de la ville où les attendraient des forces militaires régulières, des hélicoptère, qui les achemineraient vers une position sûre.
Hélas ! Ils n’y parviendront pas à temps, et c’est en véhicule blindé terrestre , puis en  camion, qu’ils se dirigeront vers le nord de l’Irak, traversant la Turquie au prix de mille dangers.
Leona , de son côté, attend son papa et s’occupe de Jack, son petit frère. Alertée par téléphone qu’elle aura impérativement à se cacher chez Jill, une voisine de la famille située à Shepherd’s Busch Road, après avoir fait le plein de provisions afin de ne pas mourir de faim. En appliquant ces décisions majeures comme une grande, elle cherche Jack à son école, dévalise le supermarché du coin avec l’aide de son petit ami Dan, puis se met en route vers la maison de Jill, qu’elle trouve vide de tout occupant. En deux ou trois jours, tout s’est défait à Londres. La police bloque les grandes artères et les autoroutes selon le plan suggéré par les « Douze » qui tiennent les politiques sous leur coupe.
Les citadins sont abandonnés à leur sort. La ville devient dangereuse lorsque surgit la loi de la force. Les rues sont envahies la nuit par des bandes errantes de jeunes qui tuent, se tuent,  où cherchent à manger. Leona en fait l’amère expérience lorsque exposée avec Jack à ce danger mortel, elle sera sauvée in extremis par l’arrivée sur le terrain d’une seconde bande, hostile à la première. Jack et elle seront saufs mais traumatisés, planqués dans un réduit. Ils ont dû, pour survivre, tuer l’un des jeunes à l’aide d’une arme improvisée, une latte sertie de clous. Un souvenir qui ne s’effacera plus !
Enfin, rôde toujours l’autre menace, celle d’Ash, qui se rapproche de son gibier, semant derrière lui les cadavres exsangues de ses infortunés informateurs (Katie, la tante de Leona, sa colocataire, etc.)Entre Manchester et Birmingham, Jenny, elle aussi, est folle d’angoisse. Elle n’a qu’une seule idée en tête : regagner Londres au plus vite pour protéger ses enfants. C’est cependant un long trajet lorsque toute la circulation est interrompue et que le pays où l’on vit se transforme en jungle :
« Pendant la matinée, ils avaient procédé à la fermeture des autoroutes principales. Chaque barrage était justifié soit par un accident majeur, soit par un camion perdant son chargement sur les quatre voies en simultané. Une fois encore, cela ne leur laissait que quelques heures. Ou, avec un peu de chance, jusqu’au lendemain matin. La plupart des dépôts d’essence étaient surveillés par l’armée. Le pétrole qui circulait encore dans la chaîne de distribution –sur les navires et dans les stations plus importantes – devait être réquisitionné mais ce serait une démarche trop évidente et ne pourrait être mise en place qu’au dernier moment. L’astuce consistait à ne pas effrayer la population. »
Avec Paul, compagnon de hasard et ancien homme d’affaires, en ajoutant leurs forces, ils se dirigent vers leur destination, se gardant cachés la plupart du temps pour éviter les mauvaises rencontres. Dormant dans des endroits désaffectés ou trouvant parfois un asile fragile, comme en ce supermarché de Beaufort tenu par l’un des vigiles de l’établissement qui a pris sous sa protection des anciens clients, devenus ses sujets terrorisés :
« Ils roulèrent sur la bretelle jusqu’à un parking vide devant l’hôtel. Partout, de petits détails indiquaient que l’endroit avait subi les mêmes attaques que la sation-service de Beauford : le parking était jonché de débris divers, des fenêtres du hall d’entrée étaient brisées, mais rien de plus. Le restaurant adjacent, en revanche, avait été exploré de façon plus méthodique. Toutes les vitres étaient cassées et une traînée de détritus et de nourriture piétinée en maculait le seuil. »
En cours de route elle devient enfin consciente du fait qu’elle a eu tort de quitter Andy. Ses sentiments à l’égard de son mari se transforment et elle se promet une nouvelle vie si d’aventure sa famille était sauve. L’arrivée dans Londres désaffectée est catastrophique. Jenny y rentre seule, ayant semé Paul en cours de route, lequel devenait trop entreprenant. Elle s’engage dans des rues, véritables succursales de l’enfer. C’est là que, soudain, le miracle s’accomplit : elle retrouve ses enfants qui précisément cherchaient au-dehors de quoi subsister.. Andy, acheminé lui aussi dans la capitale anglaise, quitte ses amis, dont Mike, qui n’est pas seulement le soldat ami, mais l’un des membres d’une section secrète du FBI, sur la trace des « Douze ». Mike connaît l’histoire d’Andy et la menace qui plane sur Leona. Il révèle tout au père de famille et le met au courant de l’existence d’Ash.
Les retrouvailles au sein de la famille seront merveilleuses. Ensemble, ils seront plus forts pour survivre durant les années de ce moyen âge post-moderne ; du moins le croient-ils, car Ash a retrouvé leurs traces. Sans pitié, il élimine Mike et deux de ses compagnons. Bien qu’affaibli par un coup de feu tiré par Jenny et qui l’a blessé grièvement, il se bat avec Andy provoquant avec la sienne, la mort de son adversaire. Après la mort d’Andy, Jenny et ses deux enfants intègrent une communauté agricole qui vient d’éclore,  maintenant que le monde, bouleversé au-delà de la prévision des « Douze », présente un nouveau paysage social :
«Evidemment. Le pétrole pourrait très bien couler à nouveau d’ici la semaine prochaine, mais d’où viendra notre nourriture ? Le fermier brésilien qui fait pousser le café, le fermier ukrainien qui fait pousser les patates, le fermier espagnol qui fait pousser les pommes… réfléchissez un moment. Ces fermiers-là, est-ce que leurs exploitations tournent encore ? Est-ce qu’ils sont encore vivants ou bien blessés, ou malades ? Ou mieux… est-ce que leurs récoltes n’ont pas pourri sur place, faute d’essence pour faire marcher le tracteur ou la moissonneuse ? Et tous les acheteurs, les usines de traitement, de transformation, les distributeurs… tous les maillons de la chaîne qui permet d’acheminer la nourriture depuis la terre jusqu’au supermarché du coin ? Est-ce que les entreprises fonctionnent encore ? Est-ce qu’elles existent encore, ou bien leurs locaux ont-ils été pillés et brûlés ? Et qu’en est-il de leur main-d’œuvre ? Les employés sont-ils encore vivants? Ou bien sont-ils chez eux à vomir leurs tripes parce qu’ils ont bu l’eau dans laquelle ils chient ? »
La « théorie des Dominos » joue avec l’idée très actuelle de « pic pétrolier ». Que se passerait-il si, soudainement le monde était privé de pétrole alors qu’il n’existe actuellement aucune énergie de remplacement digne de ce nom ? La thèse de la décomposition complète des sociétés humaines semblerait difficile à soutenir si l’auteur n’y mêlait celle du complot mondialiste en y faisant intervenir les mystérieux «Douze», des banques, des brasseurs d’affaires, des capitalistes de haut vol qui souhaitent ramasser la donne en réduisant l’humanité à la portion congrue.
Le traitement du thème est sans surprise mais efficace, avec des personnages en nombre réduit, tendus vers un seul objectif, chacun sous une menace spécifique, et une action ramassée, dans un montage alterné en plans-séquences cinématographiques, le tout en un temps limité. Se situant dans la thématique de la « disette d’éléments », « la Théorie des dominos » traduit une angoisse des plus actuelles.




couverture du roman "la Théorie des dominos"
couverture de ce roman paru en édition de poche française
 
 
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