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la Révolte des fleurs

les oeuvres > MENACES VEGETALES

la Révolte des fleurs par Sully Prud’homme, poésie d’expression française
1ère  parution : 1865 (1888)
menaces végétales - disette d’éléments



SULLY PRUD'HOMME

(1839-1907)  Poète français. A fait ses études au lycée Bonaparte. Après avoir travaillé dans l'industrie (le Creusot), puis chez un notaire, se destine à la littérature. Ses poésies furent favorablement accueillies. Passe du l'élégie sentimentale au Parnasse, puis à des sujets scientifiques et philosophiques. A écrit des essais d'esthétique. Fonde un prix de poésie. Académicien. Prix Nobel de littérature (1901)

L’homme, de par son activité, dédaigne le règne végétal ou l’utilise en un but mercantile. Plus particulièrement, il méprise la rose, fleur splendide dont il ne fait qu’un artifice de commande. Blasé et brutal il déshonore la nature. La rose, mortifiée, convainc ses sœurs et au-delà d’elle, le reste de la nature florale, d’arrêter de fleurir :
Retirons-lui, dons inutiles,
Nos parfums et nos coloris,
Que des choses qu’il dit futiles
Il apprenne à sentir le prix ! »
La révolte est déclenchée, faisant que, au printemps suivant, les prairies et les arbres restèrent sans fleurs, ce qui désarçonna les insectes. Sans effet, les vents s’efforcèrent d’émouvoir les arbres fruitiers, les suppliant de revenir à leur nature première. Mais la situation perdura. Le printemps d’après, il n’y eut pas de changement :
Au mois de mai suivant, les plantes obstinées
verdirent sans parure, et pendant trois années,
En dépit des savants qui ne comprenaient pas,
Et de main esprit fort qui s’alarmait tout bas
Et la campagne resta lugubre et monotone.

Et le morne printemps semblait un autre automne.(…)
Le regret des fleurs devint vif pour la race humaine «Aux durs labeurs condamnée. » Ce regret, avec le temps, se changea en besoin obsédant. Comme les rêveries de la jeune fille qui se sont évanouies, l’ennui gagne les êtres humains qui soupirent, nostalgiques, en se rappelant les beautés passées. Car sans fleurs, plus de fêtes :
« La démence fut telle à la cinquième année,
Que la foule vaguait stupide ou forcenée.
Les uns, à deux genoux, subitement dévôts,
Imploraient du soleil les anciens renouveaux ;
Les autres blasphémaient, péroraient sur les places,

Et soufflaient sans motif, l’émeute aux populaces
« Des fleurs ! des fleurs ! criait la foule aveuglément.
Puis cette fièvre éteinte, un vaste accablement
Fit taire la révolte et l’espérance même,
Et sur l’humanité le spleen muet et blême
Comme un linceul immense étendit son brouillard. »

Ce fut un vieillard poète, qui sut convaincre la rose d’arrêter son projet fou et néfaste, «Et voici qu’un Rosier s’attendrit à sa voix » La merveille de la renaissance aura lieu. Partout, la nature foisonne, les boutons éclatent à profusion, rendant à l’humanité sa joie de vivre. La foule en liesse se rue dans les champs faisant vibrer l’amour en un élan fraternel. Partout, avec les bouquets que l’on cueille avidement, éclate la joie de vivre, et les hommes« tisse(nt) des arcs triomphaux, à festons de verdure ».
Un poème cataclysmique inattendu promouvant la beauté et la grâce d’une nature saine, exempte de pollution. Sonnant comme un avertissement écologique avant l’heure en ces temps d’industrialisme naissant, la longue poésie de Sully Prud’homme interpelle encore aujourd’hui  le lecteur (rare!), avec ses accents sombres ou prophétiques d’une évidente actualité.


couverture du fascicule
Que cette belle couverture de Forest pour la revue Fiction me semble pertinente pour illustrer le poème de Sully Prud'homme!
 
 
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