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la Reprise

les oeuvres > LE DERNIER HOMME

La Reprise par Albert Viviès , Crès et Cie éd., 1924, 1 vol. broché, in-12 ème , 232 pp. roman d’expression française. notice bibliographique in « le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne » N°36, déc.  2005. »
1ère  parution : 1924
le dernier hommeAdam et Eve revisités

Albert VIVIES
(aucune référence)

Le narrateur est d’un type biologique particulier. Quand sa mère, une Française de Paris, s’est trouvée seule survivante de l’avion qui s’était écrasé au cœur de l’Afrique, elle a pu survivre en étant recueillie par une tribu de gorilles.
Devenant l’objet du mâle dominant, elle s’est trouvée enceinte de ses œuvres. Le narrateur est son fils, produit d’un gorille et d’une humaine. Elevé comme ses frères et sœurs dans la sauvagerie, il a néanmoins acquis, à travers l’éducation active de sa mère, des réflexes purement humains et la logique de pensée qui caractérisent notre espèce.
Encore jeune, lui, ainsi que sa mère, n’eurent aucune conscience qu’ils restaient les seuls survivants humains de ce globe. En effet, un vent d’apocalypse composé de l’ensemble des miasmes produits par des charniers guerriers, a soufflé la mort sur le monde, tuant instantanément la totalité des êtres humains.
A ses quinze ans, sa mère meurt,  terrassée par une fièvre maligne. Resté seul de sa race il va s’appliquer à se chercher une compagne humaine, suivant en cela les ultimes recommandations de sa mère. Sa fuite fut difficile. Talonné par son père-gorille qui brûlait du désir de se venger de l’avorton, il fut obligé de le tuer. En sortant de la grande forêt, tout en suivant les bordures des déserts et en longeant les diverses côtes, il se retrouva en Egypte au bout d’un très long temps, s’attendant à y rencontrer ses semblables. Une terrible déception le guettait : des rives du Nil aux pyramides de Gizeh, personne, ou plutôt :
« Pas à pas, j’arrivais à la mer promise, trébuchant sur les tas, dans la plaine, d’ossements desséchés ; des crânes, patinés par le vent du désert, grimaçaient au soleil ; des monceaux de squelettes plaquaient leurs blanches ondulations sur la terre durcie, vestiges des charniers où se brisèrent les chocs des cohortes humaines. »
Se repérant sur un atlas, il entra en terre de Canaan puis, guidé sans doute par l’Esprit universel, il continua sa route vers la terre de France, en traversant l’Italie, espérant découvrir à Paris, sa patrie, la femme avec laquelle il pourrait perpétuer le genre humain. Il arriva dans une capitale déserte de vie mais peuplée de squelettes. Sa première visite fut pour les trésors de la Bibliothèque nationale où il méditera sur les restes humains :
« Aussi endurci que je fusse contre les évocations, après quatorze années de pèlerinage dans le fantastique ossuaire qu’était devenu le monde, ancien domaine de l’homme, une stupeur respectueuse m’arrêta quand, sur un lit aux draps dentelés par les mites, je trouvai deux squelettes allongés côte à côte. Toute mon hérédité reflua vers mes tempes qui se mirent à trembler. Qui étaient ces deux-là ? mes grands-parents peut-être ? Je tombai à genoux. Pourquoi ce geste auguste ? Retour miraculeux du formidable aimant qui relie les générations. La chaîne se renouait. »
Une évocation indispensable de la belle histoire française, liée à la grandeur de l’empereur Napoléon, lui fait comprendre à quel point il ressemble à ce dernier.  Enfin, las de chercher une femme introuvable, il s’établira en une petite maison avec jardin,  proche de l’avenue des Champs Elysées où il fera pousser mélancoliquement des fleurs.
Pourtant, il n’abandonne pas l’exploration de la ville, poussant de la gare d’Austerlitz à la chapelle de la Salpêtrière où –chose inouïe !- il aperçut des traces de pas étrangères. Enfin, l’avait-il trouvé,  sa femme !:
« La silhouette grandit ; elle marche toute droite ; mes mains s’agitent ; je me mets à trembler. O merveille ! Les formes se précisent ; c’est une femme ; ma vue prend une étrange acuité ; « elle » porte des vêtements, car il fait froid, mais la marche accuse le dessin voluptueux ; les épaules étroites ; les hanches qui débordent ; les ondulations lentes des fesses qui louvoient ; les cheveux sont épars et flottent librement. (…) Un frisson sinueux court dans mes vertèbres; mes artères sont gonflées d’un grandissant tumulte ; un voile de sang injecte mes prunelles ; mes tempes battent à se rompre ; les nerfs de mon cou se tendent comme des cordes ; ma mâchoire se rétracte, découvrant mes canines ; un peu de bave monte à mes gencives rouges ; les ailes de mon nez palpitent en saccades. C’est le rut qui rue, c’est la bête en folie »
Domptant à grand’peine sa part animale, il procédera à un contact en douceur, vainquant le gorille en lui et se soumettant au génie de la féminité.
Geneviève – c’est son nom – devenue son amie, évoque brièvement son passé, comment, en ayant essayé le narcotique de son père médecin, elle fut épargnée par la catastrophe universelle et comment, seule depuis trente ans, elle avait survécu, à moitié folle en arpentant la grande ville silencieuse.
Aujourd’hui elle habite au muséum d’Histoire naturelle, dans un coin du Jardin des Plantes. Ne souhaitant pas de rapport sexuel prématuré, elle soumet donc le jeune homme-gorille a un rituel d’attente en lui fixant un rendez-vous dangereux, où, menacé d’être dévoré par des loups, il sera sauvé par l’éléphant domestique de Geneviève et réconforté entre des fleurs et du vin, dans son petit chez-soi. Ainsi se trouva-t-elle finalement enceinte,  accomplissant malgré tout « la Reprise » :
« Dans les compétitions que les hommes organisaient jadis entre eux, courses desquelles il était beau de sortir vainqueur, il arrivait qu’ils se groupaient par équipes se relayant à volonté ; et lorsque dans un groupement de coureurs solidaires, l’un, en ligne, faiblissait, il se voyait remplacer par un camarade frais, je veux dire non fatigué, c’était la reprise ; les hommes ne sont plus , l’humanité a faibli par sa faute et son opiniâtreté à se détruire, je reste pourtant, et mon idéal est d’opérer une miraculeuse Reprise, car il faut que la course continue, l’Homme ne saurait mourir. »
Un ouvrage curieux et nombriliste où l’auteur, se servant du prétexte cataclysmique, se livre à une série de réflexions à propos de la littérature, la peinture, la sculpture, privilégiant des tableaux artistiquement travaillés à la mode «romantique-kitsch » fin de siècle. Un récit en décalage à cause d’un style contourné et précieux travaillé par un auteur en représentation permanente devant le miroir des lettres.




couverture du roman "la Reprise"
couverture muette de ce roman peu connu
 
 
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