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la Peste écarlate

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la Peste écarlate par Jack London, pp. 179 – 314 in «Histoires des siècles futurs », UGE éd., 1974, coll. «10/18 » N°863, 1 vol.  broché, recueil de nouvelles, in-12 ème , 317pp. couverture illustrée par Pierre Bernard. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1 ère  parution : 1915  titre original : the scarlett Pleague
épidémiesmenaces idéologiques


Jack LONDON

(1876-1916) De son vrai nom John Griffith CHANEY. Une enfance misérable, une vie d'errance, de nombreux métiers forment la matière de plus de 50 ouvrages tournés vers l'aventure et l'engagement socialiste, universellement connus.



Grand’père, en compagnie d’Edwin, un jeune garçon de  douze ans, avance péniblement le long de rails de chemin de fer à demi - ensevelis:
" Ca et là, un morceau de fer rouillé apparaissait, indiquant que, sous les buissons, rails et traverses subsistaient. On voyait, à un endroit, un arbre surgir qui, en croissant, avait soulevé en l’air tout un rail, qui se montrait à nu. La lourde traverse avait suivi le rail, auquel elle était rivée encore par un écrou. "
En 2083, ces hommes forment les éléments des dernières tribus  encore en vie en Californie. Seul Grand’père se souvient du temps d’avant le désastre. Lors d’une halte le long de la plage  ils rencontrent Bec-de-Lièvre et Hou-Hou, deux autres jeunes de la Tribu de Santa - Rosa et du Chauffeur, qui déterrent des squelettes:
" Ce sont, annonça-t-il des victimes de la peste écarlate. Voilà comme on mourait n’importe où. Cela fut sans doute une famille qui fuyait la contagion et qui est tombée ici, sur la grève de Cliff-House. Ils...  ais que fais-tu là , Edwin? Edwin avec la pointe de son couteau de chasse avait commencé à faire sauter les dents de la mâchoire d’un des squelettes. -Seigneur, que fais-tu là? répéta le vieux, tout effaré. -C’est pour fabriquer un collier..., répondit le gamin."
Les enfants ont fait griller des moules et des crabes, ce dont Grand’Père est friand :
" Sa maussade humeur se mua instantanément en gaîté. Il renifla, puis avec un ronron de béatitude, il commença à manger. Et, tout en mâchant des gencives, il marmottait un mot qui n’avait aucun sens pour ses auditeurs: - Mayonnaise... Mayonnaise... "
L’estomac bien rempli, Grand’Père,  alias le professeur de littérature James Howard Smith, raconta aux enfants la terrible histoire de la Peste Ecarlate.Tout avait débuté en 2012, lorsque l’humanité se trouva confrontée à une bactérie impossible à éradiquer, celle de la Peste Ecarlate:
"Des convulsions accompagnaient d’ordinaire cette première phase de la maladie. Mais elles ne semblaient pas graves et, après leur passage, celui qui les avait surmontées redevenait souvent très calme.  C'était maintenant une sorte d’engourdissement qui l’envahissait. Il montait du pied et du talon, puis gagnait les jambes, les genoux, les cuisses et le ventre, et montait toujours. Au moment même où il atteignait le coeur, c’était la mort. (...)
Et ce qui était non moins surprenant, c’était, après la mort, la rapidité de la décomposition de la victime. Tandis que vous la regardiez, sa chair semblait se désagréger, se dissoudre en bouillie. Ce fut une des raisons de la rapidité de la contagion. Les milliards de germes du cadavre se retrouvaient en liberté instantanément. "
Les êtres humains tombaient comme des mouches et, l’épidémie se répandant de manière exponentielle, la vie sociale s’effondra avec son cortège habituel de monstruosités. Tout individu atteint se voyait impitoyablement rejeté. Les violences, les exactions, les meurtres ne se comptaient plus. Des incendies éclataient un peu partout dans les centres urbains. Croyant fuir la Peste en fuyant les villes, les survivants ne firent que prolonger leur agonie:
" Je sus ainsi que New York et Chicago étaient en plein chaos. Il en était de même dans toutes les grandes villes. Le tiers des policemen de New York avait déjà succombé. Le chef de la police et le maire étaient morts. Tout ordre social, toute loi avait disparu. Les corps restaient étendus dans les rues, là où ils étaient tombés, sans sépulture. Les trains et les navires, qui transportaient coutumièrement, jusqu’aux grandes villes, les vivres et toutes les choses nécessaires à la vie ne fonctionnaient plus, et les populaces affamées pillaient les boutiques et les entrepôts. "
Smith, dès le début de l’épidémie, se sentit réfractaire à celle-ci. Avec quelques autres personnes, des intellectuels pour la plupart, ils tentèrent en un premier temps de se réfugier au sein des locaux universitaires pour échapper à la violence. Avec les premières atteintes de la Peste au sein de leur groupe, ils décidèrent de s’enfuir à la campagne, non sans difficultés. Le groupe s’amenuisa de plus en plus, laissant derrière lui des cadavres, jusqu’à ce que Smith se retrouve le seul être vivant dans la région. Il continua malgré tout son voyage qui l’emmena à Yosemite Parc, dans un état de désespoir total.
Au bout de quelques années de vie sauvage et régressive, lassé de sa solitude, il décida de faire le chemin inverse pour observer ce qui avait bien pu rester après l’épidémie. Tout avait changé. La nature redevenait sauvage et recouvrait déjà les derniers vestiges d’une civilisation à jamais abolie:
" Ce qui advint des animaux domestiques est tout à fait étrange. Ils retournaient à l’état sauvage et s’entre-dévoraient. Les poules, poulets et canards furent les premiers détruits. les cochons, au contraire, s’adaptèrent merveilleusement à leur vie nouvelle, ainsi que les chats et les chiens. Ceux-ci devinrent rapidement un véritable fléau, tellement ils étaient nombreux. Ils dévoraient les cadavres et n’arrêtaient pas d’aboyer et de hurler, la nuit comme le jour. "
C’est alors qu’il rencontra le Chauffeur, une brute épaisse, ancien ouvrier, et qui prenait sa revanche de classe en contraignant par la force son épouse, la fille du magnat Van Warden, à accomplir tous ses fantasmes:
" Il me répondit que, dans les temps anciens, il avait été un domestique, de la boue que foulaient aux pieds les hommes comme moi et les femmes comme elle. Maintenant la roue avait tourné. Il possédait la plus belle femme du monde, elle lui préparait sa nourriture et soignait les enfants qu’il lui avait faits. "

L’accueil fut mitigé et le Chauffeur accorda une confiance dédaigneuse et condescendante à Smith qu’il voyait aussi comme un ennemi de classe. Néanmoins, il lui permit d’épouser de nombreuses années plus tard, sa propre fille, afin que lui également puisse fonder une Tribu.  Malgré toute sa commisération à l’égard de Melle Van Warden, Smith ne put la sauver puisqu’elle mourra assassinée de la main même du Chauffeur. Révolté par ce crime odieux, il s’enfuit avec sa femme pour se réfugier au sein de la Tribu des Santa Rosa.
Hou-Hou, Bec de lièvre et Edwin représentaient ses petits-fils entièrement tournés vers la primitivité mais déjà prêts, dans leur mentalité, à rebâtir une société basée sur des rapports de pouvoirs et de classe:
" Moi, dit Edwin doucement, je veux ne jamais oublier ce que grand-père nous a dit de la poudre à fusil. Quand j’aurai trouvé le moyen de la fabriquer, c’est moi qui vous ferai marcher tous. Toi, Bec-de-Lièvre, tu chasseras pour moi et tu me rapporteras ma viande. Et toi, Hou-Hou, quand tu seras docteur, tu enverras le bâton de la mort où je voudrai, et chacun me craindra. Si Bec-de-Lièvre essaye de te défoncer la tête, c’est à moi qu’il aura affaire, et je le tuerai avec ma poudre. Grand-père n’est pas si sot que vous croyez. Je mettrai ses leçons à profit et je vous dominerai tous. "

Jack London raconte une histoire pessimiste dans laquelle même la revanche sociale que prend enfin la classe ouvrière après le cataclysme purificateur n’effacera pas la sauvagerie intrinsèque de l’être humain.
La description réaliste des sentiments humains, sans fioritures romantiques ni délayage, fait de cette nouvelle, l’une des premières du genre,  une réussite totale et un modèle qui sera copié maintes et maintes fois par des épigones moins bien inspirés


couverture du recueil "Histoires de siècles futurs"
recueil de nouvelles de Jack London
 
 
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