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La Mort noire

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la Mort noire par Graham Masterton, Claude Lefrancq éd., 1998, coll. " Littérature ", 1 vol. broché, in-octavo, 358 pp. couverture illustrée par Fabrice Lavollay. roman d’expression anglaise (USA)
1ère  parution : 1998 titre original : Plague
épidémies


Graham MASTERTON

(1946-) Ecrivain écossais vivant en Irlande. Débuts dans le journalisme. A écrit quantité de romans fantastiques et surtout d'horreur, ainsi que quelques manuels de sexualité.

Le Dr. Petrie, médecin d’un quartier riche de Miami, détecte un cas curieux en la personne du jeune Dario Kelly qu’il envoie, pour analyse complémentaire, à l’hôpital, chez le Dr. Selmer. La conclusion est sans appel : nous sommes en présence d’un cas de peste très virulente. Une autre patiente, Mme Fairfax signale que la plage de Miami est envahie  par des rejets, excréments de toutes sortes, rendant la baignade impossible. Devant l’affluence des victimes, l’origine de la maladie ne fait guère de doute.
« A l’heure qu’il est, je ne suis pas en mesure d’identifier ces débris détrempés par l’océan, expliquait le médecin-colonel, mais nous avons recueilli des plaintes attestant qu’il s’agissait d’un mélange de résidus de pansements de soins, de couches, de matières fécales. Quant à la provenance de ces déchets, nous n’en avons aucune idée. »
Pour éviter une épidémie massive et foudroyante, le Dr. Petrie prévient les autorités municipales. Les propres affaires familiales de Petrie interfèrent ainsi avec son travail.
Séparé de sa femme Margaret (elle aussi malade), il tient à récupérer sa fille Priscilla pour, en compagnie de sa maîtresse Adélaïde, les mettre à l’abri de l’épidémie, qui a singulièrement progressé depuis que le Dr. Selmer a dignostiqué « une super-peste bubonique, pneumonique et septicémique virulente, totalement résistante à tous les traitements connus. »  
Le danger d’infection par  voie pharyngée est maximal :
« La peste pneumonique est transmissible par les voies respiratoires ? -Oui, c’est exact, approuva le Dr. Selmer. Si quelqu’un est atteint de peste pneumonique, il suffit qu’il tousse devant le visage d’une autre personne pour que celle-ci la contracte presque à coup sûr. Les bacilles sont contenus dans la salive, et sont capables de rester actifs dans la salive séchée plus de trois mois. »
En ville, la situation se dégrade. En un seul jour, (le premier), l’on comptabilise vingt-huit cas d’hospitalisation. L’inspecteur sanitaire fédéral Jackson sera informé de la situation.
Plus loin, à New York, dans un immeuble, se trouvent réunis les divers protagonistes du roman. En premier, Ivor Glanz, chercheur en biologie, au caractère entier, qui entretient des relations incestueuses avec Esmeralda, sa fille. Il est en procès contre Forward, un chercheur forban, au sujet d’une même découverte faite autour de la mutation provoquée de certains bacilles qui donneront le futur médicament de la super-peste. Hubert Gaines est un acteur sur le déclin. Homosexuel et d’extrême-droite, il appellera au lynchage des Noirs qu’il rend responsables de la propagation de l’infection :
« Ces rejets –ces excréments infectés– proviennent des intestins des noirs, des Portoricains, des mendiants fainéants et des hippies qui se complaisent dans leur crasse. Non seulement ils ont empoisonné notre société avec leurs hommes politiques subversifs et leur goût pour la révolution, mais ils ont de surcroît matériellement empoisonné nos fils et filles d’Amérique avec leur saleté d’excréments ! »
Garunish, le responsable syndical des ambulanciers devant la menace encourue par la corporation, décrète une grève générale. A travers la ville, Petrie constate la progression de la maladie : les cadavres restent à terre, la police est débordée, les ambulanciers, respectant l’ordre de grève, ne roulent plus :
« J’ai compté entre cinquante et soixante morts au long des rues, déclara le chauffeur sur le ton de la conversation, en tirant quelques bouffées de son cigare. Je suis en service depuis ce matin, et je n’arrive pas à en croire mes yeux. Vous savez ce qu’ils prétendent à la radio ? Que c’est une sorte de grippe, et que tout sera bientôt terminé d’ici la fin de la semaine. Pas de raison de s’énerver. Vous croyez que cinquante ou soixante macchabées, ce n’est pas une raison de s’énerver ? »
Il lui est difficile d’approcher Firenza, le chef de la Santé Publique, les édiles politiques minimisant l’événement devant les médias. A la recherche de sa fille dans une ville devenue folle, il se rend à l’hôpital où se déroulent des scènes atroces :
« Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et il se retrouva à nouveau en enfer. Les couloirs étaient obstrués de gens qui poussaient des gémissements et des sanglots. Certains étaient tournés contre le mur et frissonnaient, le visage blême ; d’autres toussaient en pleurant ; d’autres encore étaient assis à même le sol en silence, le tête rentrée dans les épaules. »
Lorsqu’il apprend que les Fédéraux préconisent de cautériser Miami par le feu, rien ne pourra l’empêcher de quitter la ville avec Priscilla et Adélaïde. Un départ en voiture qui coïncide avec l’anarchie grandissante du centre-ville :
« On croirait la fin du monde, chuchota Adelaïde. Mon Dieu, Léonard, on croirait vraiment la fin du monde.- Une odeur écoeurante de brûlé accompagnée des bruits inhumains d’une cité à l’agonie emplirent la voiture, et le Dr. Petrie finit par remonter la vitre. Il se sentait vidé comme jamais encore. (…) Ils étaient presque arrivés à la hauteur de Gratigny Drive lorsqu’il fut contraint de donner un brusque coup de frein. La route était totalement bouchée par deux voitures en feu. L’une, une Riviera, était déjà carbonisée et fumante, cependant que l’autre, une Cadillac, avait toujours les roues en feu, tel un char ardent descendu du ciel. »
Forçant les barrages établis par la Garde Nationale, ils prennent la direction de New-York via la Georgie et Atlanta qui est en feu, la peste les ayant devancée. Mais pourquoi Petrie n’attrape-t-il pas la maladie ? Serait-il immunisé ?
A New York, les rapports entre les personnages se dégradent; Esmeralda est soumise à un chantage sexuel, ce qui oblige son père à abandonner les poursuites judiciaires contre Forward. Garunish, sur le terrain, est frappé par des briseurs de grève. Petrie, en pénétrant à Manhattan par le Lincoln Tunnel se retrouve en enfer. Les pillards ont investi la ville, Holland Tunnel est bourré de morts, les rues deviennent le terrain de jeu des psychotiques :
« La peste avait frappé le New Jersy, expéditive et implacable, et en une seule nuit, elle semblait avoir éradiqué le souffle de la vie sur la totalité des 11300 kilomètres carrés de cet état. Couchés sur le ventre, des corps sans vie parsemaient les routes luisantes de pluie, à l’endroit même où la mort les avait fait trébucher. Nombre de véhicules de toute sorte encombraient l’autoroute, leurs conducteurs toujours assis au volant, tels des mannequins de cire au teint blafard. Ils croisèrent deux ou trois autres voitures qui erraient au hasard dans l’après-midi humide, mais la grande majorité des villes qu’ils traversèrent se révéla déserte, silencieuse et jonchée de cadavres. »
Il sait maintenant pourquoi la peste ne l’a pas atteint : son exposition constante aux rayons X, du fait de sa profession, a éradiqué la super-bactérie. Il est urgent d’annoncer la nouvelle aux autorités médicales de l’hôpital Bellevue, ce qui s’apparente à une odyssée car des grévistes en interdisent l’entrée. Le Dr. Muray, enfin averti, renvoie Petrie vers Glanz, seul capable de créer l’antigène approprié.
En attendant, les rats envahissent la ville, y compris l’immeuble de Garunish, piégeant le Dr. Petrie, Ivor Glanz et tous les autres :
« Les rats, eux, pullulaient sans crainte au grand jour… investissant les charcuteries et les restaurants à l’abandon et sautillant sur les cadavres disséminés dans chaque rue. Tous les immeubles de bureaux et les tours résidentielles étaient verrouillés, surveillés et en état de siège. Mais même si les résidents réussissaient à tenir en respect les maraudeurs et la plupart des rats, ils n’étaient pas en mesure de se protéger contre la peste. Durant la matinée de lundi, les bacilles à incubation foudroyante, charriés par d’infimes postillons de salive infectée, furent responsables de l’agonie tragique de milliers de New-Yorkais. Il suffisait simplement d’adresser un mot d’encouragement pour transmettre la peste, ou de toucher une main en signe d’amitié.»
Il est pourtant essentiel que Petrie puisse transmettre  aux autorités la solution trouvée par Glanz. Dans l’immeuble, les rats passent à l’attaque. Chez les humains, c’est le sauve-qui-peut général. Petrie et Adélaïde, malgré leurs vêtements de protection, ce qui leur permet de gagner la sortie par les câbles d’ascenseur, ont beaucoup de mal à se débarrasser des rongeurs :
«  Ils atteignirent le onzième étage en étant complètement recouverts de rats. Ceux-ci mordaient et déchiraient leurs édredons et leurs couvertures protecteurs, les transformant en créatures à forme humaine mais au pelage sombre et mouvant qui progressaient péniblement. Adélaïde chuta à nouveau et le Dr. Petrie dut arracher des rats de son dos pour essayer de réduire leur masse repoussante. Il était maintenant si accablé par les rats qu’il les déchirait littéralement en deux pour les ôter. »
Enfin hors de danger, tandis que tous deux roulent vers la mairie, Petrie se sent touché par la peste à son tour…
Un roman-choc à base médicale, aux aspects et aux protagonistes multiples, aux descriptions horribles. Quoique la trame des aventures conjugales du Dr. Petrie semble insipide dans l’océan de malheur déclenché par la peste, le roman, à l’action éternellement relancée, se lit sans difficultés.



couverture du roman "la Mort noire"
première édiition de ce roman en français
 
 
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