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la Mort blanche

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la Mort blanche par Frank Herbert, Laffont éd., coll. «Livre de poche», 1982, 1 vol. broché, in-12ème, 701pp. couverture illustrée par Manchu.  roman d’expression anglaise (USA)
1ère parution: 1982
épidémies - savants fous et maîtres du monde


Frank HERBERT

(1920-1986) Ecrivain américain de science-fiction. Etudes à l'université de Washington. Commence tôt son travail d'écrivain. Conjointement, il est journaliste. Publie ses premières nouvelles dans les pulps (Startling stories) Approfondit ses connaissances en  psychanalyse. Connu mondialement pour le succès de sa saga "Dune", d'abord éditée dans "Analog". Donne des conférences à l'université de Washington. Adaptation contestée au cinéma de "Dune".

O’Neill, un brillant biochimiste américain d’ascendance irlandaise vient à Belfast en vue de participer à un colloque. Pour l’occasion, son épouse Mary et ses deux enfants l’accompagnent. O’Neill les aperçoit avec horreur mourir déchiquetés dans un attentat à la bombe dont l’auteur, John Herity, appartient à l’IRA provisoire :
« Ce n’était pas une très grosse bombe, comparativement parlant, mais elle avait été placée par une main experte. La vieille voiture se transforma en fragments déchiquetés de métal et de verre – une boule de feu orange truffée d’éclats meurtriers. Un morceau de capot décapita Mary O’Neill. Les jumeaux se confondirent en une mare de sang projetée à travers la rue contre la clôture métallique de St Stephen’s Green. »

Le choc est si terrible pour O’Neill qu’il en devient fou et médite une vengeance implacable. De retour en Amérique, il liquide tous ses avoirs. Brouillant toutes les pistes à l’aide de plusieurs identités consécutives, acquérant petit à petit le matériel indispensable à son projet, il s’installe dans une cave désaffectée qu’il aménage en laboratoire. Par la manipulation du code génétique humain, O’Neill prépare une arme terrifiante, imparable,  capable d’infecter toutes les femmes et de les tuer en vingt-quatre heures :
« l’ARN et l’ADN ont la même relation entre eux qu’un gabarit et le produit fini correspondant. Comme un moule et la pièce coulée qu’il permet de fabriquer. L’hôte infecté fabrique la protéine commandée par l’ARN. Quand un virus bactérien infecte une bactérie, l’ARN formé correspond à l’ADN du virus et non à celui de l’hôte. La séquence des nucléotides de la nouvelle molécule d’ARN transfert est complémentaire de celle de l’ARN messager du virus. –Il a transmis ce truc au moyen d’un virus ? - Il a modelé de nouvelles bactéries à l’aide d’un nouveau virus. Des déterminations extrêmement précises au sein de structures très subtiles. »
Ce sont les hommes qui seront les vecteurs de dispersion. Parallèlement, il prévient le monde de ses intentions par des lettres : l’Irlande, la Libye et l’Angleterre, les pays qui selon lui accueillent ou pratiquent le terrorisme, devront être frappés d’ostracisme par le reste du monde :
« Il fut expédié cent copies exactement de la première «Lettre du Fou », et les lettres suivantes furent plus nombreuses.(…) Le message était clair : mettre en quarantaine les régions infectées. »
Tous les ressortissants de ces pays devront être bannis et renvoyés chez eux ou bien l’épidémie affectera la totalité du globe. Il signe ses lettres « le Fou » et, lorsque les divers états s’inquiètent de la situation, il est déjà trop tard : le virus a été dispersé par l’argent-papier dont le Fou a inondé de nombreuses associations et œuvres caritatives. Rapidement, malgré les mesures prises, le monde entier s’installe dans le chaos car l’épidémie se répand au-delà de la volonté d’O’Neill :
« Les Etats-Unis voulaient établir une «bande» de poussière de cobalt autour de la zone, une douve radioactive qu’aucune forme de vie ne pourrait franchir. Cela révélait à Bergen, entre autres choses, que les Etats-Unis avaient amassé de vastes stocks de cette poudre. Il avait objecté qu’il en résulterait inévitablement une contamination radioactive de tout le bassin méditerranéen. »

L’Irlande, l’Angleterre, la Libye sont isolées. La stabilité politique de nombreux états est affectée. Les groupes de recherche pour comprendre la nature intime du fléau n’obtiennent aucun résultat tellement le procédé découvert par le criminel est novateur. O’Neill, activement recherché par toutes les polices du monde, s’apprête à rejoindre l’Irlande sous l’identité de Kevin O’Donnell. Les femmes encore préservées du virus deviennent un capital précieux qu’il faut à tout prix isoler. Ceci est à l’origine des « Feux de panique » , zones infectées cautérisées à l’arme atomique qui établissent des barrières infranchissables de pays à pays. L’économie, totalement effondrée, isole d’autant plus certaines régions :
« John écouta avec une profonde attention. On soumettait Istanbul à la « NéoPyrolyse ». Parmi les nouveaux « points chauds » identifiés, on citait trente et un villages et villes d’Afrique, au nombre desquels figuraient Nairobi et Kinshasa. Johannesburg était toujours un amas de ruines radioactives. En France la perte de Nîmes était confirmée. A Dijon, la foule avait lynché deux prêtres soupçonnés d’être irlandais. Aux Etats-Unis, on essayait toujours de sauver «la plus grande partie de New Orleans. » Les Suisses avaient battu en retraite derrière ce qu’ils appelaient la « barrière de Lausanne », annonçant que le reste de leur pays n’avait pas été touché par la contamination».
O’Donnell débarque avec difficulté en Irlande entre les mains du « Sin Fadal » , autre branche de l’IRA. Il y sera accueilli par les «Beach boys » une armée secrète ayant pour mission de surveiller les côtes frontières. Quelques indices suggèrent à Doheny, le nouveau chef de l’état irlandais, qu’il se trouve en présence du Fou. Pour en avoir confirmation, il dépêche sur les lieux trois personnages qui devront arracher à O’Donnell son secret : John Herity, le Père Michaël et un jeune orphelin qui n’auront pas été choisis au hasard. Chacun devra faire pression à sa manière sur O’Donnell pour le faire avouer.La difficulté de la tâche est extrême puisque O’Neill, totalement schizophrène à la suite de son acte,  s’est transformé en  un être double. L’un, O’Donnell, arrive en Irlande pour aider à la recherche d’une solution, l’autre, le criminel, est parfaitement dissimulé en lui, à l’insu du premier. Le groupe s’apprête à traverser une Irlande dévastée pour rejoindre le laboratoire de Killaloe.
Parallèlement à l’intrigue principale, l’on apprend qu’un jeune couple, Stephen et Kate,  a été miraculeusement épargné et vit isolé dans un container aménagé, soigneusement gardé par les soldats de Doheny.  La situation mondiale est désespérée. Les femmes continuant de mourir, un nouveau et fragile équilibre se met en place notamment en ce qui concerne les relations russo-américaines.
Le subtil jeu politique est tout entier tourné vers la découverte d’O’Neill, seul capable, semble-t-il, de défaire ce qu’il a fait. Sa progression en Irlande est constamment épiée à l’insu des Irlandais. Les arrière-pensées de domination ne sont pas absentes de ce jeu : le pays qui arrivera le premier à contrôler le phénomène, contrôlera le monde. Herity, malgré toute sa roublardise, n’arrivera pas à faire avouer O’Donnel. C’est le père Michaël qui recueillera sa confession, la présence du jeune orphelin ayant joué en ce sens. O’Donnell lui avoue qu’il « a O’Neill en lui » :
« -Père…j’ai John Roe O’Neill en moi. » Le visage du prêtre se vida de toute expression. Il chuchota d’une voix rauque : « Vous… vous êtes O’Neill ? » John le regarda fixement. Pourquoi le prêtre ne comprenait-il pas ? « Non, père. Je suis John O’Donnell. Mais j’ai O’Neill en moi. »
A partir de là, Doheny agit. Il enlève le container de Stephen et Kate pour le conserver à son avantage, fait arrêter O’Donnell, le traduit devant un tribunal selon les anciens rites celtiques. Mais il n’aura pas le temps de profiter de sa victoire. La foule ayant entendu la nouvelle de la capture, envahit le tribunal et réclame la tête du savant fou. Herity meurt, empoisonné pour sa culpabilité dans le déclenchement de la catastrophe. Sauvé in extremis par le Père Michael, O’Donnell se découvre brutalement O’Neill. Devant l’horreur de la situation, il s’enfuit dans la campagne sauvage pour la hanter de ses cris, jusqu’à sa mort :  
«La bouche de John s’ouvrit –un trou rond dans un visage torturé. « No-o-o-o-o-o-oon ! » C’était une plainte surnaturelle jaillie de cette bouche ouverte. Il fit un pas vers Doheny, qui se raidit. Puis il pivota sur lui-même et se jeta contre la porte qui s’ouvrit sous le choc. »

Un monde entièrement remodelé sortira de l’épreuve. Les Etats traditionnels auront vécu. La recherche génétique, stimulée par les découvertes d’O’Neill, contient en germe des promesses immenses par rapport à l’avenir de l’humanité. Pour le reste, le faible pourcentage de femmes survivantes (une femme pour huit mille hommes), propulsera celles-ci sur le devant de la scène :
« Stephen prit lentement conscience de ce que disait Stonar : Si peu de femmes étaient envoyées dans les zones dévastées ! la Chine, l’Argentine, le Brésil et les Etats-Unis sont les seuls pays qui aient accepté, de leur propre chef, de partager leurs femmes à des fins de reproduction. L’Angleterre n’en recevra pas beaucoup plus d’un millier. » Comme du bétail, songea Kate. »
La morale bourgeoise sombre avec le vieux monde. La polyandrie est instaurée. Les femmes, d’abord considérées comme pure marchandise, détiendront rapidement tous les pouvoirs politiques et tiendront entre leurs mains la promesse d’un futur meilleur.
« la Mort blanche » allie le talent de Frank Herbert à la thématique déjà ancienne du « savant fou ». Ce roman cataclysmique s’ouvre sur une étude sociologique, politique et religieuse des rapports entre les peuples. La description hyperréaliste des faits, le traitement en profondeur de la psychologie entre les êtres, l’analyse des mobiles et de la personnalité d’un « Fou » , font de cet ouvrage un chef-d’œuvre dans le domaine.


couverture du roman," la mort blanche"
un récit remarquable, une illustration de Manchu, que demander de plus?
 
 
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