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la Mémoire des hommes

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La Mémoire des hommes par Jean-Michel Lienhardt, éd. Paulines, Québec, 1988, 1 vol. broché, in-12 ème , 133pp. couverture illustrée par Jean-Pierre Normand. roman d’expression française (Canada).
1ère  parution : 1988
après la Bombe…


Jean-Michel LIENHARDT

(1943-) Ecrivain canadien né en Alsace (France). Enseignant en Afrique. Emigra au Canada (Directeur d'école) . Ecrivit des romans pour la jeunesse, des ainsi que des pièces de théâtre. Se livre à une réflexion sensible sur la vie.

Daniel, jeune adolescent de treize ans, vivant dans les environs de Québec, est resté seul avec son ami le chien Filou, dans le chalet familial. Les nouvelles sont mauvaises et mentionnent une tension internationale croissante. Profitant de l’abri anti-atomique savamment agencé par ses parents, il a la douloureuse surprise de s’apercevoir que le monde est passé de la théorie à la pratique. Québec soufflé par la bombe, les Laurentides en feu, un couvercle de ténèbres sur la nature en deuil,  voilà ce que montrent les caméras de l’abri :
« Daniel poussa un cri de surprise et d’effroi. Un énorme brasier avait envahi l’écran. La vallée tout entière flambait. Fébrilement, il commanda à la caméra un mouvement de balayage vers le haut. Un immense nuage en forme de champignon emplissait le ciel, assombrissant l’horizon, là où normalement on aurait découvert le château Frontenac, la Concorde, les gros immeubles du gouvernement et des édifices modernes. Des volutes gigantesques roulaient les unes sur les autres. Certaines semblaient naître des précédentes pour alimenter la fumée opaque qui obscurcissait le firmament à perte de vue. Elles formaient une chape mortuaire qui couvrait la région tout entière. Pas possible ! Québec, là-bas, et toutes les villes environnantes. Mon Dieu ! »
Il sait qu’il doit attendre que le cataclysme s’apaise. Il sait aussi que ses parents sont morts. C’est ainsi que commence une veille tragique de quelques mois où, soutenu par Filou, Daniel reste la seule personne sur terre à se soumettre à des occupations quotidiennes car la nourriture ne manque pas dans l’abri, ni même les livres.Vint enfin le temps de la première sortie. Engoncé dans son habit de survie, Daniel sera confronté aux cendres, à la dévastation, à la mort, sous la forme de squelettes ou de cadavres en décomposition qui sont tout d’abord ceux de ses voisins et amis qu’il aimait tant :
« Il frotta une vitre du salon. Comme frappé en plein visage, il se rejeta en arrière. Non, non ! Pas vrai. PAS VRAI ! Instinctivement, il serra les poings et ferma les yeux. (…) Assis dans un fauteuil, un homme au visage décharné le fixait de ses orbites vides ! Comme le fixait de ses orbites vides une femme assise dans le fauteuil voisin ! Monsieur et madame Villeneuve. »
Le choc de la découverte lui fait aussitôt réintégrer son abri, le temps d’assimiler la nature de la catastrophe universelle, ce qui le plonge sans transition dans l’âge adulte. Arrive aussi la grande solitude : Filou, qui a gambadé sans précautions autour de l’abri, meurt, irradié. Daniel sait qu’il doit aller de l’avant. Avec son vélo qu’il prépare soigneusement, il projette d’explorer la région chaotique qui s’étend devant lui.
Il rencontrera deux exemplaires de survivants, gentils ou méchants selon le cas, bien qu’ils portent tous sur eux les stigmates de la lèpre radioactive. Yves, un homme de vingt neuf ans (il en paraît quarante), malgré son aspect repoussant, s’apparente aux gentils. Le premier moment de méfiance envolé, Daniel l’adoptera comme son père putatif et apprendra de lui les règles de la survie :
« Il enferma l’enfant dans ses bras, longuement, fortement, presque à lui en faire mal. Sur l’autoroute en ruines, encombrée de milliers de voitures désintégrées, dans un cimetière où des milliers et des milliers de morts attendaient d’être inhumés, éclatait une image merveilleuse : un homme embrassait un enfant. Prodigieuse promesse d’un monde qui refusait de mourir. La tendresse avait retrouvé son droit de cité. La tendresse, la solidarité. Un lien venait de nouveau de se créer entre deux êtres humains. Et maintenant seulement, ils venaient de briser leurs solitudes. »
Il lui sera précieux surtout à l’égard d’un clan familial, dirigé par une femme doucereuse mais dangereuse, Madeleine, dont le seul but sera de découvrir la cache de Daniel afin de la piller. Poursuivis par Richard, l’un des fils de la famille, Yves sera tué dans l’action et Daniel renvoyé à sa solitude.
Poursuivants a quête, il fera peu après la rencontre de Raymond, un nouvel ami, qui est à la recherche de livres constituant, selon lui, la « mémoire des hommes ». Daniel, lui faisant confiance, lui indique la direction de son abri où Raymond pourra s’approvisionner. Durant ce temps, le jeune adolescent découvre un vieillard, le Père Martin, un gentil grand’ père qui vit en compagnie de Lise une charmante jeune fille de l’âge de Daniel, recueillie elle aussi. Protégés par un abri naturel, ils ont organisé leur survie, et l’arrivée de Daniel constitue pour eux une divine surprise. Le jeune garçon se sent bien avec eux (surtout en compagnie de Lise) et, pour améliorer leur sort, il leur propose de chercher des victuailles, dont il dispose en abondance dans son ancien abri.
Le père Martin ne voulant bouger de chez lui, Daniel repart en leur promettant que son absence serait de courte durée. Lorsqu’il reviendra vers Lise, il aura la désagréable surprise de constater que la place est occupée par ceux qu’il nommera « les coucous », à savoir des parasites dirigés par un faux prêtre lequel a subjugué le père Martin. Mais Daniel a gagné en maturité et lorsque l’Abbé, mielleusement, le somme de se soumettre à la nouvelle discipline instaurée par lui pour le groupe, le jeune garçon le contre durement. Il sait pourtant qu’il n’aura pas le dessus éternellement :
« - Martin est pourtant très content de me confier sa place. Je l’ai rendu heureux. Peux-tu me reprocher cela ? – Avant votre arrivée,  Martin était heureux aussi. – Mais il l’est davantage maintenant. – Hum… vous dites cela parce que ça fait votre affaire. Mais je suis persuadé que Martin fait semblant d’être heureux, parce qu’il respecte les prêtres. Ou parce qu’il a peur d’eux. – Tu te trompes. A travers moi, Martin respecte Dieu. – Vous n’êtes pas Dieu, monsieur. Vous êtes un homme comme tout le monde. Et vous n’avez pas le droit de vous servir de Dieu pour profiter de nous. – Mais…- Oui, c’est vrai, vous êtes un homme comme nous. La seule différence, c’est que vous portez une robe. Et je trouve ça plutôt ridicule. – Petit impertinent ! Comment oses-tu me parler de la sorte ?  Tes parents ne t’ont donc pas appris le respect ? Il va y avoir quelque chose à corriger chez toi dans les jours qui viennent. – Je vais vous déplaire encore, monsieur. Je n’aime pas que vous disiez du mal de mes parents. Ca aussi, c’est du respect ! – Petit polisson ! – Et par-dessus le marché, je n’aime pas les gens qui disent qu’ils honorent Dieu, alors qu’ils ne respectent même pas les hommes.
Les doigts du prêtre se crispèrent, il serra les mâchoires. »
La seule solution pour se débarrasser des parasites sera de prendre la fuite avec grand père et Lise abandonnant la place aux profiteurs. Le Père Martin ne fut pas trop long à convaincre et, une nuit, le trio partit vers la sécurité qu’offrait l’ancien abri de Daniel. Il sera rejoint plus tard par Raymond. Peu de temps après grand père Martin s’éteignit dans la sérénité car de doux liens s’étaient tissés entre Lise et Daniel.
Un petit ouvrage à destination des adolescents. Les psychologies sommairement esquissées ne cachent pas trop les leçons de morale que tout jeune homme doit intégrer, selon l’auteur, pour passer au stade  adulte : courage, force et vigilance, ouverture au monde et optimisme,  quelle que soit la tragédie à venir. Le style parfois trop simple et le ton, parfois mièvre, ne déparent pas trop un roman adapté à cette tranche d’âge.


couverture du roman dessiné "la Mémoire des hommes"
une couverture suggestive pour ce roman cataclysmique destiné aux adolescents
 
 
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