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la Libération de la Terre

les oeuvres > LES GUERRES FUTURES 1

la Libération de la Terre par William Tenn, pp.197-222, in Histoires de guerres futures  choisies et présentées par Gérard Klein, Jacques Goimard et Démètre Ioakimidis, Collectif, Librairie Générale Française éd. , 1975 coll. «la grande Anthologie de la science-fiction », 1 vol. broché, in-12ème , 412pp., couverture illustrée par Manchu, anthologie. nouvelle d’expression anglaise (USA)
1 ère parution : 1953   titre original : The liberation of Earth
guerres futures 1invasions extraterrestres


William TENN

(1920-2010) De son vrai nom Philip KLASS. Américain. écrivain, nouvelliste, humoriste. Professeur. S'engage durant la 2ème guerre mondiale. Ingénieur, puis enseigne l'anglais. A écrit une cinquantaine de nouvelles et novellas.

Un immense vaisseau extraterrestre apparaît dans le ciel de la planète bleue, au-dessus de la France. Branle-bas de combat. Le premier Alien qui en sortit était énorme, totalement différent des Terriens, au propre comme au figuré. Sa langue incompréhensible, aux racines étymologiques proches du sanskrit, mit longtemps à être déchiffrée.
De cela, les Aliens ne s’inquiétaient pas trop. Ils suivaient leur petit bonhomme de chemin, installant en divers endroits du globe d’étonnantes unités techniques. Lorsqu’enfin le contact put être établi, les Terriens apprirent avec stupeur que les Dendi – c’était leur nom – se trouvaient là pour les protéger contre les Troxxt, une race de vers évolués dont le but était de conquérir la galaxie, et par conséquent, la Terre. Non que celle-ci soit particulièrement visée. Mais elle devait servir de base stratégique aux Dendi dans cette lutte contre les Troxxt, qui, à terme,  était celle des Terriens
Après discussion, les habitants de la Terre se rassemblèrent autour de cette idée et fournirent aux Dendi, expressions de la volonté de la Fédération Galactique,  toute leur aide, ainsi que du matériel et des lieux appropriés. En conséquence, Washington fut évacuée, des masses humaines déplacées, des montagnes arasées. Lorsque les vaisseaux Troxxt apparurent dans  le ciel, les Dendi étaient fin prêts :
« De chaque canon maintenant en mouvement se dégageait une série de nuages écarlates qui poursuivaient avidement les Troxxt jusqu’à ce qu’ils soient contraints par leur perte de vitesse à retomber sur la Terre. Là, ils produisaient un malheureux contrecoup. Toutes les régions peuplées sur lesquelles ces pâles petits nuages rouges s’abattaient se trouvaient rapidement transformées en cimetières (…) Les habitants de ces infortunées localités étaient soumis à d’énormes augmentations de température. Leur peau rougissait, puis noircissait ; leurs cheveux et leurs ongles rétrécissaient ; leur chair se transformait en liquide et bouillonnait en se détachant de leurs os. Ce fut vraiment une désagréable manière de mourir pour un dixième de l’humanité. »
Le combat acharné fit directement quelques millions de morts parmi les Terriens, puis, avec les dégâts collatéraux , encore d’autres millions. Les Troxxt reculèrent, réattaquèrent et vainquirent. Les Dendi prirent la fuite, remplacés par les Troxxt. L’indispensable épuration consommée, quelques millions de morts plus tard, les Troxxt mirent un comble à l’ahurissement des Terriens, en leur démontrant toute la fausseté des Dendi, des créatures à base siliceuse qui avaient décidé d’éradiquer toute vie protoplasmique, tels que eux , les Troxxt, dans l’univers. Donc, en dépit des différences morphologiques entre Troxxt et Terriens, ces deux dernières races étaient plus proches l’une de l’autre que ne pouvaient jamais l’être les Dendi et les Terriens. Par conséquent, les Troxxt, ayant libéré les Terriens, demandèrent instamment à ceux-ci  d’entrer dans la ligue « protoplasmique » pour repousser définitivement les arrogants Dendi. Après un moment d’hésitation, les Terriens acceptèrent :
« Et au-dessus de tout cela –veillant courtoisement sur nous tel un parent intelligent – il y avait nos mentors marchant à pas de géant pour tout superviser avec leurs béquilles métalliques, tandis que leurs pâles petits corps étaient tapis dans les hamacs qui étaient accrochés à chacune de leur paire de pattes brillantes. Vraiment, même au sein d’une paralysie économique complète occasionnée par la concentration de toutes les facilités essentielles de production sur d’autres armements militaires détachés de ce monde et en dépit des cris d’angoisse de ceux qui souffraient de blessures industrielles particulières que nos médecins n’étaient pas équipés pour traiter, au sein de cette désorganisation torturante, il était quand même très réconfortant de se rendre compte que nous avions pris notre place légale dans le futur gouvernement de la galaxie et que nous contribuions même maintenant à préserver l’Univers et sa Démocratie. »
Cela ne devait pas durer bien longtemps, puisqu’ils furent «relibérés » par les Dendi, revenus en force qui, pour marquer le coup, firent sauter l’Australie et désertifièrent quantité de villes au moyens d’armes atomiques. Quoique la Terre n’eut aucune importance sur le plan stratégique (elle n’était qu’un petit relais perdu dans l’espace), les Dendi vainqueurs consentirent à oublier l’affront qui leur avait été fait mais demandèrent dorénavant une franche coopération de leurs alliés dans la lutte qui les opposaient aux Troxxt.
Ainsi, de libération en re-libération, de re-libération en re-re-libération, la Terre fut réduite en cendres, ses océans pollués, son économie ruinée, ses populations annihilées. Les quelques survivants, réfugiés dans des cavernes, constatèrent, à la disparition des deux belligérants qui poursuivaient leur lutte dans la zone de Proxima du Centaure, que l’axe même de leur planète avait bougé, modifiant défavorablement et durablement le climat :
« Ceci se passait il y a neuf générations, mais l’histoire qui s’est transmise de père en fils, n’a pas perdu beaucoup de ses détails. Je vous l’ai contée presque exactement comme on me l’a contée. Mon père me la racontait pendant que je courais avec lui de flaque en flaque dans la chaleur desséchante du sable jaune. Ma mère me l’a racontée tandis que nous aspirions de l’air et saisissions frénétiquement les arbrisseaux verts lorsque la planète en-dessous de nous, était ébranlée par un sinistre spasme géologique qui aurait pu nous faire disparaître au sein de ses entrailles consumées ou par une giration cosmique qui menaçait de nous projeter dans le vide de l’espace. »
Un essai philosophique sous la  forme d’une nouvelle ironique, grinçante et bouleversante qui met l’accent sur la fragilité des faibles, sur le mépris des hommes de guerre à l’égard des masses, dont la mort n’est que l’indispensable rouage d’un jeu joué par d’autres. N’est-ce pas, général Gamelin ?


couverture de l'anthologie "Histoires de guerres futures"
recueil ayant édité notre nouvelle
 
 
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