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la Grande nuit

les oeuvres > SOCIETES POST-CATACLYSMIQUES 2

La Grande Nuit par André-Marcel Adamek, Labor éd., 2004, 1 vol. broché, in-12 ème , 244 pp. couverture illustrée par Oskar Kokoschka. roman d’expression française (Belgique)
1 ère  parution : 2003
sociétés post-cataclysmiques 2


André-Marcel ADAMEK

(1946-2011) De son vrai nom DAMMEKENS. Ecrivain belge d'expression française. Fils de cheminot et de fille de marin. Pratique divers métiers (Steward, fabricant de jouets, nègre, éditeur, etc.) avant de s'installer comme écrivain. A vécu dans les Ardennes. Thèmes symbolistes avec un réalisme imaginaire souvent proche du fantastique.

Lors d’une excursion souterraine dans la grotte de Château-Rouge, l’éthologue Anton Malek, spécialiste du comportement des loups, reste seul survivant, en compagnie de Marie, une vieille dame, d’une convulsion tectonique consécutive à l’explosion de bombes nucléaires sur l’Allemagne. La jambe brisée, il sort de sa prison-refuge après des efforts inouïs, aidé par Marie, pour observer le paysage d’apocalypse qui s’étend devant lui. :
« Ce qu’il avait pris pour un ciel gris n’était qu’un champ épais de fumées qui couvrait les hauteurs du paysage jusqu’à l’infini. Les crêtes des collines s’y noyaient, et l’on distinguait à peine leurs coteaux hérissés d’arbres noirs. Une forte odeur de bois brûlé imprégnait l’espace. Le pavillon où Malek avait pris l’ascenseur huit jours plus tôt était à moitié calciné. Les grands épicéas, fauchés comme des herbes, l’entouraient de leurs squelettes aux ailes épineuses. En contrebas, une immense crevasse cisaillait la vallée. Des villages engloutis dans les profondeurs, rien ne subsistait que les clochers épars, dénudés de leurs ardoises et montrant au ciel opaque leurs charpentes de grands oiseaux foudroyés.»
Marie, devenue indifférente à la vie, a préféré se laisser mourir au fond de son puits sans que Malek ne pût lui porter secours.  Titubant, il prend le chemin de l’auberge où il résida, découvrant les premiers morts :
« Les morts, il les trouva un peu plus loin, étendus devant la porte ouverte de la cave. Il y avait le patron et quatre pensionnaires. Eux non plus ne dégageaient pas d’odeur. La peau du visage noire et tendue comme le cuir d’un tambour, ils ressemblaient à des momies aztèques. (…) Il ne put franchir les limites du hall où s’entassaient pêle-mêle des plâtras, des débris de la toiture et de la cage d’escaliers, formant une véritable muraille qui condamnait l’accès aux chambres. »
Il y survécut un certain nombre de jours grâce aux vivres trouvés dans les décombres, de plus en plus marqué par les radiations. Il prendra finalement la direction de la mer, vers le cap Gris-Nez, s’adjoignant un chien survivant, sans pelage, mais rescapé de l’holocauste lui aussi.
Ailleurs, une unité combattante de trois êtres humains avec à sa tête une jeune femme, Mélanie, appelée Méduse, s’est trouvé prise au piège. Méduse déteste les hommes en général et ses coéquipiers en particulier, qui le lui rendent bien. Surtout Génard, une grosse brute tenant sous sa coupe Juju, soldat falot et lâche. Le premier moment d’affolement passé, Méduse commande aux deux hommes de patrouiller dans les environs. Mais la disparition de toute structure sociale organisée provoque la rébellion de Génard contre l’autorité de Méduse. S’étant enivré après une prospection dans les ruines, il réduisit Méduse à l’impuissance et la viola avec l’assentiment timide de Juju. En se libérant, Méduse coupa les hommes en deux avec la mitrailleuse de son blindé. C’est en cette posture qu’elle croisa une première fois la piste de Malek. Les deux êtres, sans fraterniser, suivront leur propre chemin.
Celui de Malek, qui se déplaçait en side-car, lui fit faire connaissance avec les « Gros », habitants non contaminés d’un bunker voisin, et de leur égérie, la petite Tinou. Indemnes de toute radiation, ils ne sortaient de leur refuge que pour aller au ravitaillement, leur chef, Dondornier, refusant tout autre contact. Il conseille à Malek de rejoindre la poignée de survivants qui, un peu plus au bord de la plage, à Audresselles, tentaient de reconstituer un semblant de communauté.
Malek suivit cette recommandation et s’agrégea à la petite communauté qui comptait entre autres des femmes, toutes plus ou moins marquées par les radiations. Il fraternisa avec Laury, le chef démocrate et humain d’un camp où chacun se rendait utile selon ses capacités. Les uns, les «prospecteurs», avec à leur tête Colasse, fouillaient les ruines pour pourvoir au ravitaillement. Le « pêcheur », avec une petite barque remise en état, approvisionnait la communauté en poissons frais.
Le destin de Méduse fut différent. Dans son parcours, elle rencontra Mi et Fa, deux magnifiques jumelles de dix-huit ans, lesbiennes, dangereuses comme des serpents. Elles tuaient tous les hommes de rencontre, pratiquant un cannibalisme alimentaire et vengeur :
« Elle sortit de son fourreau le couteau de plongée et découpa une épaisse tranche de viande. La croûte en était d’un brun mielleux et le centre légèrement rosé. Méduse sentit la salive lui monter à la bouche et prit le morceau encore brûlant que lui tendait la jumelle. Elle n’avait jamais mangé du cerf. La chair lui fit penser à la fois à du porc et à du gigot de mouton mariné. (…) La dernière tranche qu’elle engloutit n’était pas encore à bonne cuisson, et chaque bouchée faisait gicler de ses lèvres un filet de sang qui tachait son treillis.(…)
Quand elles se sentirent assouvies, elles s’allongèrent sur le dos, le regard perdu dans le ciel lugubre. – Ce n’était pas du cerf, n’est-ce-pas ? demanda Méduse. Mi, ou peut-être Fa, lui piquait le cou de baisers humides. – Vous avez raison, chère Méduse, ce n’était pas du cerf. – C’était le moniteur ? – Oui. Nous l’avons tué avant-hier. »

Méduse, avec sa science du combat, fut acceptée d’emblée, même quand elle se sentit enceinte des œuvres de Génard. La survenue inopinée de cet enfant allait compliquer ses  relations. Elle craignait pour la vie de ce dernier s’il s’avérait être un mâle. Dès lors, sa méfiance à l’égard de Mi et de Fa ne se relâcha plus, qui continuaient de plus belle leur tuerie :
« Mi s’élança vers la victime, et comme elle avait pris l’habitude de le faire, ouvrit une large plaie du pubis au sternum avant d’évacuer les viscères. Sous ses doigts élégants et fragiles fumait l’écume des boyaux. Après, elle sectionna le pénis et tendit ce trophée pitoyable dans la faible clarté du jour. Quelques heures plus tard, suivant le rituel qui leur était devenu familier, elles allaient se partager le sexe, les dix doigts, et compléter le repas par des languettes de cuisse, découpées si finement qu’elles s’enroulaient comme des mirlitons à la chaleur des flammes.»
A la naissance du bébé, ses craintes se confirmèrent. Les jumelles, qui avaient décidé de se rendre en Espagne, acceptèrent le nourrisson avec réticence. Méduse profita de la mort de Mi, irradiée, pour se sauver avec l’enfant, poursuivie par Fa. La confrontation finale entre les deux femmes provoqua la mort de Fa qui, ne voulant survivre seule, s’empala d’elle-même sur l’épieu tendu par Méduse.
Au camp, la situation s’était aussi considérablement dégradée. La survenue d’un « curé » douteux, avide de pouvoir, renversa l’ordre établi. S’appuyant sur Malavoine, une brute épaisse, le « Padre » contraignit chacun à vivre selon les préceptes d’un évangile arrangé par lui, dénonça Laury comme juif et le fit chasser du village. Il ordonna même l’attaque du bunker des « Gros » qu’il rendait responsables d’avoir volé la barque du pêcheur. La situation empira avec la disparition des prospecteurs, tombés dans un piège tendu par les jumelles, et celle de leur fourgonnette, perte irréparable.
Tinou, l’orpheline, fuyant les massacres, trouva refuge auprès de Laudy, qui l’adopta, tous les deux fuyant définitivement le village maudit. En réalité, c’était Balbus, un alcoolique chassé du village par le Padre qui, pour se venger, avait volé la barque. En compagnie de deux autres pauvres hères, rencontres de hasard, il comptait gagner les rivages de l’Angleterre. La marée le rejeta tout près du camp. Le Padre décida donc de leur mise à mort, ce qui ne plut pas au pêcheur lequel, voyant de loin la scène, préféra se suicider :
« L’expédition aussi meurtrière qu’inutile au bunker lui avait rempli le cœur de regret. La farce macabre de la veille le submergeait de colère et de honte. Sous la coupe d’un cureton douteux et d’une implacable brute, Audresselles avait perdu son âme. Et c’était pour ramener quelques kilos de poissons à cette tribu d’assassins qu’il risquait sa peau.(…) - Nous allons y passer ! cria Lambert. –Tant mieux! Ils n’auront plus jamais un harenguet ou une anguillette à se mettre sous la dent. Ils devront brouter l’herbe ou se dévorer entre eux. Qu’ils crèvent. (…)
Enroulez-vous ça autour du ventre, ça vous aidera à flotter. – Et vous ? – Moi, je vais rendre visite aux crabes, c’est une compagnie très appréciable par les temps qui courent. »
Malek, lui aussi, ne put en supporter davantage.  Sous prétexte de partir en side-car à la recherche du groupe de prospecteurs, il s’enfuit du village condamné, rencontrant pour la deuxième fois Méduse, avec son enfant. Regroupant leurs forces, ils repartirent en couple dans un monde dévasté.
La « Grande Nuit»  se présente comme un roman post-cataclysmique intelligent, fin, bien composé selon les lois du genre. Approfondissant la psychologie de chaque personnage – ni tout blanc ni tout noir- l’auteur fouille dans ses descriptions au scalpel  la chair et l’âme de ses contemporains,  dans une ambiance de désespoir moral. Répertorié à tort dans l’étude de Costes et d’Altairac «lesTerres creuses », le roman se donne avant tout comme une puissante réflexion sur les processus de décomposition chez l’être humain.


couverture du roman "la Grande nuit"
couverture d'un beau roman cataclysmique
 
 
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