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la Grande bagarre

les oeuvres > MENACES ET GUERRES NUCLEAIRES

la Grande Bagarre par Jean Doutreligne  (alias Léon Degrelle) , Flammarion éd., 1951, 1 vol. broché, in-12 ème , 226 pp.  jaquette illustrée.  roman d’expression française (Belgique). notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°32, sept. oct. 2003
1ère  parution : 1951
menaces et guerres  nucléaires - guerres futures 2menaces idéologiques


Jean DOUTRELIGNE

(1906-1994) Pseudonyme de Léon DEGRELLE. Passionné de littérature. Ecrivain, journaliste, Directeur de presse. Associé au mouvement catholique belge. Rédacteur au XXème siècle. Admirateur de Léon Daudet et de Maurras. Fondateur du mouvement rexiste (fascicste, national-socialiste) Chef SS de la division Wallonie. Référence de l'Extrême-Droite européenne.

A Berlin, chez le maréchal Orloff, se déroule une partie de thé à l’ambiance feutrée qui cache difficilement le danger d’une nouvelle confrontation entre l’Est et l’Ouest.. Cette nuit-là, Daisy, la narratrice et secrétaire du généralissime Patton, chef des forces occidentales, se réveilla soudainement :
" Je n’eus pas le temps de réfléchir. Tout d’un coup, le nord-ouest du ciel fut crevé par le jaillissement de centaines de coupoles d’une blancheur de métal en feu. J’en suis tombée à la renverse. Un roulement inouï de cataracte emplissait l’espace. "
Les Russes venaient d’enclencher le processus d’une guerre nucléaire. Il fallait quitter d’urgence l’Allemagne pour préparer la contre-offensive. Les bombardiers occidentaux reprennent du service, les chars s’ébranlent en catastrophe, Patton veille au repli stratégique. En forçant l’encerclement russe, le général en chef parvient à gagner la frontière entre la France et l’Allemagne. Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes ; le monde entier est à feu et à sang :
"Nos bases d’Angleterre avaient cessé d’exister. A trois heures, un tapis de bombes atomiques –plusieurs centaines – ou de bombes à l’hydrogène (on ne pouvait encore rien préciser) avait liquidé l’île britannique et l’Irlande en quelques secondes. De ces deux pays absolument plus rien ne répondait ".
Les Russes, par une attaque atomique généralisée, en pratiquant la politique du " tapis de bombes " avaient anéanti tous les centres névralgiques du monde libre. La seule possibilité pour Patton était de créer un contre-feu, soit d’appliquer le plan " Grogy " qui visait à couper l’Europe en deux, du Danemark à l’Italie, par une lancée de bombes thermonucléaires de façon que les Russes soient obligés de stopper leur avance :
"Le cas a été prévu de longue date au plan Grogy. A  l’heure H, du Danemark à Venise, le tapis, avec une zone de réaction d’une profondeur de cent vingt-cinq kilomètres, sera déversée (…)  Ce tapis doit interdire radicalement aux Soviets toute possibilité d’avance. "
Bien que de nombreuses capitales européennes, de grandes cités fussent broyées en ce jeu insensé, le succès du tapis de bombes ne fut pas total. Les Russes parviennent à contourner l’obstacle par la Belgique :
" Au-dessus de la Ruhr, au-dessus du Palatinat, le tapis est tombé, plus puissant même qu’il n’avait été prévu. Mais plusieurs centaines de bombardiers atomiques n’ont pu survoler l’objectif central. (…) Patton s’éponge : -Trente millions de morts sans doute. Pour un coup incomplet, c’est-à-dire raté. Le colmatage allemand est fichu. "

Il faut réagir. Patton, avec ses blindés et son aviation, broie tout devant lui, d’autant plus que les Soviets s’appuient sur les communistes européens qui constituent la cinquième colonne,  en cet affrontement généralisé. En de nombreuses villes, des soulèvements révolutionnaires les mènent au pouvoir où ils commettent des exactions sans nom :
"Des cris effrayants retentissaient, des cris perçants, des cris stridents. Patton avait pris un communiste à la gorge : - Qui crie ainsi ? Qui crie ? -Monsieur, ce sont les femmes qui brûlent…- Des femmes brûlaient. Les femmes des riches. Les femmes des ennemis politiques. Les femmes des tués des fossés, enfournées dans les souterrains du vieux château. "
La campagne de France débute avec difficulté.  Dans le nord du pays, les Français ripostent encore mais les bombardements continuels auront bientôt fait place nette. Là aussi, Patton tranche dans le vif: il faut " atomiser " ! Plutôt mort que rouge !, telle est sa devise :
"Patton commençait à piaffer. -Monsieur le Président, il faudra qu’on atomise ! - Qu’on atomise ? - Ses yeux firent trois tours, comme dans le visage des enfants de couleur. Patton le conduisit à une grande carte d’état-major. -Nous tiendrons encore vaille que vaille à la Seine jusqu’à ce soir.
Si nous nous y accrochons plus longtemps, demain nous serons bouclés et détruits. Il faut filer. Et il faut couper. A l’est du Rhône,   aussi, d’ici quarante-huit heures, tout sera cuit. Là encore, le barrage atomique est l’unique solution. ".
Comme au temps de la deuxième guerre mondiale, la bataille des Ardennes sera décisive. Les Soviets repoussent l’armée de chars de Patton. Le général, plutôt que de se faire enfermer, fonce vers le sud où il aperçoit les fuyards que la guerre a jeté sur les routes :
" Mais c’est au-dehors qu’est la vraie tragédie. Des dizaines de milliers d‘autos flambent. Des milliers de morts grillent, les chairs grésillantes, crépitantes. Des milliers de blessés, le visage cuivré par les lueurs de l’incendie, se tordent en d’horribles grimaces, parmi leurs intestins épars comme des serpents gris et verts. "
C’est une véritable vision d’apocalypse :
" Des cadavres retournés sur le ventre, noircis déjà, gonflés comme des outres, pourrissent dans des tourbillons de mouches immondes. D’autres cadavres ont été poussés pêle-mêle dans des voitures fermées, abandonnées. On dirait qu’ils regardent par la vitre, les yeux glauques, le poil hirsute, gris-verts. D’autres, noirâtres, découvrent des dents jaunes, dans un rictus horrible. "
Pendant ce temps, l’Amérique tergiverse et hésite à se lancer dans le conflit. Or, tout retard aggrave la situation. Les trois quarts de la France sont déjà aux mains de l’ennemi. Encore et toujours, Patton ne voit qu’une solution : celle d’atomiser. La France du Nord, puis la région parisienne formeront une seconde ligne de défense qui permettra le repli vers les Pyrénées des restes de l’armée occidentale. Les gens, mourant de faim, bloquent les seules pistes d’aviation encore opérationnelles. Une distribution de vivres aggrave la situation. Afin de dégager les abords des pistes, Patton envisage de griller les pauvres bougres au lance-flammes !
Johnny, le fiancée de Daisy, est grièvement blessé dans une escarmouche aérienne. Le retrait se précipite,  alors que partout en Europe s’organise le massacre de la bourgeoisie. Patton en tire la conclusion suivante:
" Hitler voulait collaborer, avait besoin de collaborer. Alors la France restait pour l’Allemagne un partenaire éventuel, et un partenaire important. Aujourd’hui, les Soviets ont dix partenaires possibles, bien plus importants que votre pays (…) Depuis Hitler, faisait remarquer, sarcastique, Patton, plus un politicien anti-communiste n’a eu le peuple avec lui en Europe, n’a été capable de lui insuffler une foi, une volonté, un enthousiasme.  Nous avons racheté en solde, après 1945, des lots de socialistes, embourgeoisés, ficeliers , et des prédicateurs en cravates "
L’Italie est tombée aux mains des communistes ainsi que les grandes villes du sud. La situation est désespérée car, roulant en convoi près de la Bidassoa, la colonne occidentale est attaquée, et bientôt,  la tête de Patton ornera le fût d’un canon de char. Grâce aux Russes présents sur le terrain, Daisy évitera d’être violée par les communistes français mais sera immédiatement déportée dans un kolkhoze andalou. La bride est lâchée à tous les crimes, c’est la fin de la civilisation :
"La civilisation n’est qu’un vernis qui saute au feu des grandes passions grégaires. Ces tourmentes sont comme une libération de l’animal – homme. Elles le démusèlent. Il se rue. Il retrouve son état naturel. L’état naturel de l’homme n’est pas la civilisation. La civilisation n’est qu’un accident; l’animal, c’est la substance. Après des milliers d’années de religion, de mœurs policés, l’animal, en cinq minutes, se retrouve instinctivement "
L’Europe vaincue se trouve sous la domination rouge. Partout dans le monde, à l’exemple européen, les révolutions grondent, en Afrique, au Brésil, en Amérique même,  des mouvements fomentés par des agitateurs noirs, amènent des pro-Soviets au pouvoir. Israël est anéanti:
"La seule chose certaine que les Russes se racontaient en s’esclaffant, c’est que l’Etat juif de Palestine avait été liquidé par un tapis. Liquidation dans la ligne. (…) Moscou n’avait pas eu besoin, pour régler définitivement le problème juif d’utiliser comme Himmler des camps de concentration. Les Juifs s’étaient concentrés eux-mêmes en Palestine ; un tapis les avait envoyés en masse et en colonne chez Jéhovah. "
Quant à Daisy, sa journée de travail terminée, elle sert de viande à soldat. Partout, à travers le monde, s’étalent des zones mortes contaminées par la radioactivité. Un autre univers a jailli du néant :
" Les zones occidentales qui furent atomisées, il y a deux ans et demi commencent à redevenir habitables, mais le Praesidium des Soviets a ordonné qu’on les conservât provisoirement comme zones de réserves (…) l’ancien Paris, à cause de son importance ferroviaire, a été dégagé partiellement, grâce à l’effort des travailleurs de Leningrad qui ont adopté l’ex-capitale de la IVème République. Elle contient une cinquantaine de milliers de nouveaux habitants, slaves sans exception, campant surtout dans la banlieue. Elle s’appelle Lenina. Les Iles britanniques et l’Irlande sont restées totalement vidées de leur population civile, occupées uniquement à leur extrémité Ouest, par des installations militaires : bases sous-marines, rampes de lancement de fusées, aviation. "

Nous connaissons les sympathies pronazies de Jean Doutreligne, alias Léon Degrelle, chef du mouvement rexiste belge durant la deuxième guerre mondiale; le lecteur ne s’étonnera donc pas des opinions professées, ici et là, dans le texte. Au-delà de la profession de foi, il se trouvera confronté à l’un des récits les plus effrayants qu’il lui ait été donné de lire dans le champ  cataclysmique, du type " guerre totale ". L’effet de vraisemblance s’articule sur un vécu encore proche. La chair torturée, les morts par millions, l’aliénation des uns, la haine des autres, l’hypocrisie et la mauvaise foi constantes, justement concrétisées en des personnages puissants, donnent du corps à l’ouvrage. L’épouvantable machinerie d’une guerre,  peut-être pas si future que cela, fait froid dans le dos. Un cauchemar à lire et qui sonne juste.


couverture du roman "la Grande Bagarre"
une belle couverture pour cette première édition d'un roman belge
 
 
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