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la Force mystérieuse

les oeuvres > DISETTE D'ELEMENTS

la Force mystérieuse par J.H. Rosny Ainé, Ferenczi éd. , 1936, 1 vol. broché grand in-8 ème ,  174 pp., couverture illustrée par Claude Escholier.  roman d’expression française
critique in « Fiction » N° 335  
(paru également in « Quatre pas dans l’étrange »,Hachette éd., 1961, coll. « le Rayon fantastique » N°79)
1ère  parution : 1913 ( in " Je Sais Tout " N° 96 du 15 janvier 1913, N°97 du 15 février 1913, N°98 du 15 mars 1993 , N° 99 du 15 avril 1993, N° 100 du 15 mai 1993), illustrations de Lanos.
invasions extraterrestresdisette d’élémentssociétés post-cataclysmiques 1


J.H. ROSNY AINE

(1856-1940) Alias J.H.H.Boex. Après des études scientifiques, s'installe à Paris.Publie d'abord avec son frère, puis seul. Signataire du "Manifeste des Cinqs" contre Zola. Partage ses préférences entre science-fiction (dont le terme n'existe pas), fantastique et préhistoire.  Président de l'Académie Goncourt. A exercé une grande influence sur ses épigones. Véritable fondateur de la  SF moderne. A donné son nom à un prix littéraire.


Deux physiciens, Langre et Meyral, font une découverte stupéfiante: la lumière est malade, elle se dédouble, les longueurs d’onde les plus longues dévorant les plus courtes. Suite à cela, la folie gagne les rues de Paris, le psychisme des gens étant perturbé. Ils se piétinent incapables de résister à leurs mauvais instincts. C’est dans cette ville en délabrement que Langre et Meyral vont arracher Sabine, la nièce de Langre, des griffes de son mari.
Ils la mettent en sécurité dans leur laboratoire et continuent leurs recherches. Ils apprennent bientôt que les vagues de folie destructrices sont liées au rythme solaire, à la disparition des couleurs du spectre ce qui entraîne aussi la perturbation totale des communications. Peu à peu le rouge, puis le jaune, le vert, puis le bleu, disparaissent. Enfin vint :
" L’aube, puis le jour, un jour qui ressemblait aux nuits du poète quand l’aurore boréale monte à travers les nuées. "
Le groupe, réuni autour de Langre, subit un dernier assaut, fatidique pour beaucoup d’humains, le froid se fait sibérien, la folie rôde. Soudain le phénomène, comme une vague, décroît. Mais il a laissé des traces douloureuses en modifiant le comportement des individus.Nos deux héros se réfugient à la campagne, dans une villa, pour se reposer. Ils constatent qu’un lien émotionnel de plus en plus intense, les unit. Meyral note, en face de l’impossibilité de quelques-uns à s’éloigner de la maison:
"Remarquez que d’instinct nous nous sommes approchés de la maison, c’est à dire du centre favorable.Ce qui m’étonne le plus c’est en somme qu’il ne s’agit pas d’un instinct proprement social. Nous ne désirons pas nous réunir à d’autres groupes. Les groupes du village ne le désirent pas non plus... Hier, quand j’ai voulu aller seul au bord de l’Yonne, j’ai ressenti, à mesure que je m’éloignais de vous tous un véritable sentiment de détresse."
Le phénomène du " groupisme " est né. Les membres d’un même groupe seront désormais obligés d’évoluer ensemble sous peine de mort. L’humanité a changé de nature. Les liens sociaux universels se sont rompus pour donner naissance à une sorte "d’Homo-Gestalt", à la mobilité circonscrite dans une zone d’action réduite :
" Il inscrivit quelques notes sur son carnet et reprit sa route. Ce fut pénible, ce fut douloureux. De minute en minute la difficulté s’aggravait. Quand Meyral ayant dépassé l’îlot fut en vue de l’aqueduc, la marche devint épuisante : c’était comme s’il avait traîné un chariot, de grosses gouttes de sueur coulaient dans sa nuque. En même temps une souffrance aiguë envahissait tout le corps; les tempes semblaient pressées par des plaques de bois: le coeur haletait; des brûlures lancinaient les poumons. Il savait que ses peines se répercutaient là-bas, moindres cependant, réparties, diluées. Jusqu’à l’aqueduc, il persévéra; enfin la fatigue devenant intolérable et se sentant à bout de forces, il s’arrêta:
-Inutile de pousser plus loin l’expérience! Le soulagement musculaire fut instantané. "

De retour, Meyral fit part de son expérience aux autres membres du groupe. Langre surenchérit:
«Si je n’étais en proie au plus absurde optimisme, je serai saisi d’horreur. Car tout se passe comme si nous étions devenus une sorte d’être unique.»
Langre arrive à la conclusion suivante:
" Oui... nous sommes pris dans un piège immense... Nous sommes saisis par une autre vie. "
Cette " autre vie " se manifestera par des taches sur le corps de tous les membres.  Pourtant l’été est splendide et les récoltes s’avèrent bonnes. Tout irait donc pour le mieux à l’intérieur du groupe qui partage des émotions de plus en plus intenses si ce n’était l’arrivée d’une nouvelle menace: le "carnivorisme". Comme une épidémie, un besoin incoercible de viande se fait jour parmi les humains, les rendant identiques à des animaux. Entre temps, nos héros s’aperçoivent que les taches qui les recouvrent sont toutes réunies en un réseau de filaments qui se nourrissent de l’énergie des émotions:
" Vous croyez que ce flux (celui qui a entouré la terre) tout entier était vivant? –Non -Vous croyez que les taches le sont? -J’en suis sûr. Le phénomène dont nous sommes victimes est d’ordre organique. Chaque groupe ,selon moi, est englobé dans un être. "
La menace du carnivorisme se fait pressante car le manque de viande est mortel. Venu de Westphalie le mal se répand sur l’Europe et se rapproche de la villa où se trouvent nos amis. Langre en organise la défense lorsque le groupe , à son tour, est atteint par la maladie. L’idée lui vient que des champignons combleraient le besoin de viande. Il emmène ses compagnons dans une vieille champignonnière, perdue au fond des bois, où ils pourront assouvir leur besoin. En mangeant des cèpes par grosses quantités, ils se sentent mieux instantanément.
Ils décident donc de s’établir là pour repousser les "carnivoristes" qui s’approchent, en s’alliant avec les groupes voisins, à qui ils révèlent leur secret. En attendant l’assaut final, Meyral et Langre, devenus chefs,  font fortifier le village. L’attaque survient :
"On commençait à percevoir des voix sourdes, des grondements de bêtes, de piétinements. Cela venait de l’ouest, mais à mesure la rumeur se propageait au nord et au sud. Parfois un cri sauvage, une plainte retentissante annonçaient des blessures ou une agonie. "

Après ce combat sauvage, la villa est épargnée et la vie continue cahin-caha, jusqu’à ce que leur arrivent des nouvelles d’espoir  
" Chaque jour, les nouvelles devenaient plus favorables. Le lien surnaturel qui entravait les sociétés se défaisaient rapidement: l’action individuelle reprenait. "
La conclusion appartiendra à Langre lorsque, devant un aréopage distingué de physiciens, il exposera sa théorie:
" On peut conjecturer que c’est UN MONDE ou un fragment de monde qui a rencontré notre terre. De toute évidence CE MONDE appartient à un système très différent de nos systèmes solaires. Il ne s’ensuit pas qu’il fasse partie de systèmes situés en dehors des étendues occupées par la voie lactée et par les autres nébuleuses .
Il se peut que notre espace comporte des espèces différentes d’univers, tantôt susceptibles d’agir partiellement les uns sur les autres, tantôt d’une indifférence et même d’une perméabilité mutuelles à peu près complètes. Dans ce denier cas, la coexistence des univers, quelle que soit leur proximité, ne donne lieu à aucun trouble perceptible, tandis que dans le premier cas des cataclysmes proportionnels aux analogies sont possibles.
Le monde qui vient de passer au travers de notre système n’avait pas assez d’analogie avec le nôtre pour détruire notre terre (la masse planétaire semble n’avoir subi aucune modification sérieuse), mais il en avait suffisamment pour attaquer nos énergies superficielles et pour menacer la vie. Un degré d’analogie de plus, ou un passage moins rapide de la catastrophe, et l’animalité terrestre disparaissait.  Quoiqu’il en soit, nous posons l’hypothèse que nous avons subi le heurt d’un monde, incapable de compromettre l’existence de notre globe, et même de troubler sa marche, et que ce monde comporte, comme le nôtre, un règne organique."
"La Force mystérieuse" est un chef-d’œuvre de l’anticipation française. L’action, constamment relancée, l’intrigue qui ne s’embarrasse pas de fioritures sentimentales (contrairement à l’habitude du roman de l’époque) , des personnages bien campés, cela seul suffirait à en faire un bon roman. Les idées extraordinaires qui annoncent la science-fiction moderne foisonnent : disparition des couleurs et leur influence sur le psychisme, création de l’Homo-Gestalt, rencontre avec un univers parallèle et des êtres radicalement  autres, font de Rosny Aîné l’un des auteurs-clés de la science-fiction d’expression française.


couverture du roman "la Force mystérieuse"
couverture du roman dans la collection du "Livre moderne illustré" chez Ferenczi
 
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