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la Fin du monde (Mureçay)

les oeuvres > L'APOCALYPSE REALISEE

la Fin du Monde par Thomas Mureçay, Eugène Figuière éd., 1934, 1 vol. broché, 219pp. couverture muette.  pièce de théâtre d’expression française.
1 ère  parution : 1934
l’apocalypse réalisée

Thomas MURECAY

(Maurice THOMAS). Ecrivain dramatique.

Une pièce en trois actes et quatre tableaux qui met en scène le Seigneur, fatigué de l’impertinence et de la cruauté des humains. Durant le jugement de Jeantilou, un condamné à mort décapité à tort, défendu par l’ange Patifol, Grégoire, ex-souverain Pontife, et le Suicidé, ex-professeur de philosophie, attendent leur tour, ce  qui met le comble à l'irritationde Dieu :

«LE SEIGNEUR - Qui es-tu ?
GREGOIRE - Vous ne me reconnaissez pas, Seigneur ? Grégoire, Grégoire X
LE SEIGNEUR, radouci  - Je vous connais tous, mes enfants. Mais c’est grand l’Univers et je perds la mémoire des noms. Qu’est ce que tu faisais parmi les hommes ?
GREGOIRE - J’étais pape, Seigneur.
LE SEIGNEUR - Pape ?
GREGOIRE -  Oui, Seigneur.
LE SEIGNEUR, se tournant vers Alexandre : - Tu connais, ça, Alexandre ?
ALEXANDRE - De mon temps ça n’existait pas, Seigneur.
GREGOIRE - J’habitais Rome, Seigneur. Rome, la Ville Eternelle.
LE SEIGNEUR - La ville Eternelle ? Tu habitais une Ville Eternelle ? (Il rit) Tu as de la chance.

ALEXANDRE  - J’ai entendu parler de Rome, Seigneur. Quand je vainquis les Perses à Arbelles, Rome était une République…
LE SEIGNEUR, le coupant - Ne me parle pas de tes batailles et de tes massacres, Alexandre. Tu aurais mieux fait de repiquer toute ta vie des pieds de violettes. (A Grégoire) mais toi, explique-toi donc. En quoi consistait ta fonction
GREGOIRE  - Du trône de Saint Pierre je commandais aux chrétiens, Seigneur.
LE SEIGNEUR - Les Chrétiens ? Ceux qui m’appellent : Allah ?
GREGOIRE -  Non seigneur.
LE SEIGNEUR -  Ceux qui m’appellent : Brahma ?
GREGOIRE -  Mais non plus, Seigneur. Enfin, j’étais votre lieutenant sur la terre.
LE SEIGNEUR - Mon Lieutenant ? (Il rit à gorge déployée) Tu étais mon lieutenant sur la terre ? (Il se tourne vers les autres qui rient respectueusement) Ces moustiques sont impayables. »
Tocquard, le magistrat qui a condamné à tort Jeantilou ne manifeste aucune compassion envers ce dernier.
Dieu le Père décide donc d’éradiquer cette race ingrate, poussière dans l’infini de sa création, expérimentation ratée :
« LE SEIGNEUR, seul – Et maintenant, que j’en finisse avec cette vermine terrestre. Cette vermine que je déteste et que je déteste d’autant plus que je l’aie plus aimée. (Temps) Ah ! fils maudits, les seuls de mon royaume que j’avais faits à mon image. (Temps)
Je leur avais tout donné : le courage, l’intelligence, la domination sur les autres êtres. Ils n’en ont usé que pour s’exploiter plus férocement les uns les autres et pour multiplier les souffrances autour d’eux.
Pour les sauver, je leur ai montré la pitié. Ce fut mon plus beau don. J’avais compté sans leur hypocrisie. Se refusant à être bons, ils simulèrent la bonté.
Toujours insatisfaits, m’auront-ils assez fatigué, au cours des siècles, de leurs sottes et orgueilleuses imprécations ? Maudits, mes fils ! Je vous maudis ! Vous allez rentrer dans le néant, dans le néant dont je n’aurais jamais dû vous tirer.
Vous, si prompts à vous massacrer, soyez contents ! Vous mourrez tous ce soir et vous n’aurez plus jamais, jamais de raison de vous plaindre ni de vous, ni de moi. »

Intervient François d’Assise qui intercède en faveur des humains qu’il connaît bien. Il supplie le Seigneur de lui accorder vingt-quatre heures de délai, le temps, avec les moyens modernes de communication, pour qu’il puisse faire comprendre à l’humanité où se situe l’intérêt de celle-ci. Dieu le Père accepte à contrecoeur.
François est expédié sur terre en présence de Vernalo, un propriétaire de journaux, Radiolet, le Président des clubs des Radiophiles, Zaterding, qui occupe une fonction éminente à la SDN, et Rocherbilt, le banquier.
Se retrouvant tous ensemble à la suite d’un pressentiment incompréhensible, ils voient entrer François qui leur communique les décisions divines. Après un moment de flottement, il ne leur faut pas moins qu’un tremblement de terre localisé à leur immeuble pour les convaincre de la véracité des dires du saint homme. Par voie de presse, par les ondes, par le canal politique, ils répandent l’incroyable nouvelle, prêts à faire adopter toutes les attitudes positives à leurs compatriotes pour écarter le sort fatal.
Le délai imparti s’étant écoulé, et comme rien de fâcheux ne s’est passé, ils en concluent qu’ils ont été les victimes d’une énorme farce, font interner François et retombent dans leurs erreurs précédentes. Celui-ci est rappelé par Dieu le Père qui l’oblige à assister à la mise à mort de la planète, en demandant à Alexandre de lâcher sans délai le missile purificateur :
« ALEXANDRE, très calme – La fusée suit la bonne direction, Seigneur. (Silence) Elle approche… (Silence) Elle va toucher son but… (Silence) Elle le touche.
LE SEIGNEUR – La terre sort-elle de son orbe ?
ALEXANDRE - Elle commence, oui, Seigneur.
LE SEIGNEUR - Ce n’est pas fini ?
ALEXANDRE - Non, Seigneur
LE SEIGNEUR, au comble de l’anxiété - Elle n’a pas éclaté?
ALEXANDRE  - Non, Seigneur. Elle tombe et tournoie mais elle n’éclate pas.

LE SEIGNEUR  - Qu’est-ce qu’ils ont inventé encore, les misérables ? Tu avais bien chargé la fusée ?
ALEXANDRE – Mais oui, Seigneur.
LE SEIGNEUR  - Chut ! (Ils retiennent leur respiration. On entend,  enfin, un petit claquement lointain et ouaté)
ALEXANDRE - C’est fini.
LE SEIGNEUR - Pauvres enfants ! (Il s’essuie le coin de l’œil, d’un revers de main.) Mais ne valait-il pas mieux ? Je n’y comprenais plus rien moi-même. (A Patifol) Tu effaceras le numéro 987 sur le grand livre, mon enfant…et tu feras, devant,  une petite croix à l’encre rouge.
RIDEAU. »
Une fable peu commune où l’humour le dispute à l’amertume, où l’ironie va de pair avec le pessimisme. Un avertissement en forme de jeu théâtral.


couverture de la pièce de théâtre "la fin du monde"
couverture muette pour cet ouvrage (et cet auteur) peu connus
 
 
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