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la Fin du monde (Bourgeade)

les oeuvres > GUERRE DES SEXES, MATRIARCAT

la Fin du monde par Pierre Bourgeade , Denoël éd., 1984, coll. " L’Infini ", 1 vol. broché, in octavo, 235pp. couverture muette. roman d’expression française
1ère parution : 1984
le dernier homme -  guerre des sexes, matriarcat


Pierre BOURGEADE

(1927-2009) Ecrivain français protéiforme: romancier, poète, journaliste, scénariste, dramaturge. Une oeuvre variée sous les thématiques de l'érotisme et de la solitude. A également écrit de nombreux romans policiers.

A la Gare Saint-Lazare , un jour de juillet, le narrateur attend sa " veuve ".  Elle arrive en compagnie d’une amie. Cette rencontre sera prétexte à une suite de fantasmes de type sexuel, plus délirants les uns que les autres, dont le point commun est la disparition des femmes.  
La femme, être aimé et haï à la fois, nécessaire et superflu, se verra tour à tour, dominée, dominante, assassinée et poussée sur la voie du métro par le narrateur ou brûlée dans un incendie allumé intentionnellement par des mâles en rut.
Le tissu même des mots s’érotise et les jeux de mots constants sur les boules de billard/ queue de billard,  et les testicules / verge, montrent le délire/désir croissant du narrateur. Le mal s’amplifie lorsque les femmes ne mettent plus de filles au monde: " Je lui demandai combien il avait enregistré de naissances à cette heure de la nuit. Deux, me dit-il. Garçons ou filles ? Deux garçons. Il fut un peu surpris de ma question : de toute évidence les enfants attendus ne pouvaient être que des garçons ou des filles, et nul ne saurait s’inquiéter de voir naître à la file deux , trois, ou quatre garçons. Mais à l’heure où je lui posai cette question, j’avais déjà noté que, dans mon propre service, étaient nés treize garçons et pas une seule fille. "
Dans sa quête passionnée, le narrateur ne retrouve plus les femmes qu’il a connues. Elles ont mystérieusement disparu ou se sont transformées en petits garçons. La même vision semble être partagée par tous ses frères masculins. Par une sorte d’involution, la nature entière cesse de fournir des femelles :
" On connaît la suite, : les horloges continuant de tourner à l’envers , le soleil roulant dans le ciel d’ouest en est , les jours s’enfuyant de la nuit à l’aube , les traités de paix précédant les guerres , les guerres revécues une à une sans que rien permettre de les éviter , les hommes frappés de rajeunissement , les vieillards contraints d’avancer vers l’âge mûr , les hommes d’âge mûr vers l’adolescence , les adolescents vers l’enfance , et tous, au fur et à mesure que le temps passe , vers ce moment effrayant de la naissance , devenant infimes au point de disparaître bientôt dans un autre être , ces êtres, les femmes, rentrant elles-mêmes les unes dans les autres , emportant dans leur ventre l’humanité, à la manière des tables gigognes ou des poupées russes, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une seule, la première, dont le ventre contient tout , y compris ce rêve. "(…)
" Les événements se précipitent. Faute de donner naissance à des filles, les femmes se condamnent elles-mêmes à mort. Elles prennent irrémédiablement de l’âge alors que des hommes continuent de naître.  L’aspect des villes se modifie. Les rues se peuplent de garçonnets, d’adolescents, d’hommes mûrs ... et de vieillardes.
Celles-ci s’éteignent l’une après l’autre, et d’abord en Occident , où la pollution urbaine et l’habitude des plaisirs ont rendu l’espèce plus fragile. Plus une seule femme blanche ! De grandes armées se mettent en marche. Elles vont arracher les femmes de couleur aux peuples qui les détiennent indûment. "

L’état d’urgence est décrété. La civilisation est en péril : c’est la fin du monde par  extinction de l’espèce. De nouvelles lois seront promulguées qui permettront aux hommes de copuler avec les rares femelles animales que des expéditions guerrières auront pu retrouver. C’est pourquoi il reste au narrateur à jouer à Pygmalion en modelant dans la terre glaise un corps de femme à qui sa verge insufflera la vie,... et qui mettra au monde une fille, Eve :
" Cette nuit-là dure mille ans. Le rêve du premier jour s’est accompli. Je vois , comme annoncé, les femmes disparaître , les hommes demeurer seuls sur la planète , puis s’éteindre eux-mêmes, un à un. Il ne reste que moi. La végétation a tout recouvert. Dans une clairière, je somnole.
Un matin, suivant un chemin de fougères et de ronces, j’atteignis la lisière de la forêt. Le soleil se levait, faisant miroiter l’eau des fossés. Le ciel était blanc. Je regardai la terre. Elle était faite de limon épais qui donnait envie qu’on le touche, de la main. Je me mis  à genoux et, peu à peu, avec ce limon que je mouillai d’eau, je façonnai le corps d’une femme. "
Un roman dérangeant par son intensité. Il a le mérite de libérer le roman cataclysmique de son carcan thématique  pour affirmer de façon native, brute, en quelque sorte, l’obsession du désir érotique, de la volonté de puissance, de l’amour fou , qui sous-tend toute la problématique du genre.


couverture du roman "la fin du monde"
couverture muette pour une fin du monde originale
 
 
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