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la Dernière jouissance

les oeuvres > FINS DU MONDE, FINS DE L'HUMANITE

la Dernière jouissance par Renée Dunan, France-édition, 1925, 1 vol. broché, in-12ème, 277 pp. couverture muette,  roman d’expression française
1ère parution: 1927
fins du monde, fins de l’humanité


Renée DUNAN

(1892-1936) Femme écrivain, critique et poétesse.  Femme de lettres françaises, d'inspiration anarchiste, naturiste, pacifiste. Se lia avec de nombreux surréalistes et collabora au "Crapouillot". A écrit énormément sous de nombreux pseudonymes, des ouvrages populaires, érotiques, de science-fiction.

En un proche futur survint la fin d’un monde qui balaya les sociétés humaines et ses valeurs, effaçant de la surface de la terre la quasi-totalité de l’humanité. Une faille de l’écorce terrestre, appelée « la Grande Faille »  apparue entre l’Alaska et la Terre de Feu, s’ouvrit, plaie béante de 3000 km de long, laissant s’échapper un gaz mortel baptisé le «Nécron » contre lequel il n’existait aucune parade :
« La fureur des éléments se manifestait cependant avec une ampleur cosmique. Des pics plus hauts que le mont Everest apparurent et se résorbèrent soudain. L’océan Pacifique subit des dénivellations effarantes et fut la proie d’une tempête comme le monde n’en avait jamais connu. Tous les navires y coulèrent à la fois. La Péninsule Gangétique descendit sous la mer avec trois cent millions d’humains. »
Les déplacements des populations restantes générèrent des guerres. La Sibérie, relativement épargnée, devint un Eden désiré. L’Europe se désagrégea, pourrie par « la sueur de sang » :
« Les « Sueurs de sang » parurent dans l’ancien monde. On les vit d’abord en Espagne, puis en Algérie. Peu après, l’Est méditerranéen était en proie à l’atroce mal. Les Balkans furent dépeuplés en quelques mois. Dès novembre, la Hollande et l’Angleterre se trouvaient touchées et on apprit que le Plateau central commençait à mourir aussi. »
A terme, l’atmosphère terrestre, destinée à devenir irrespirable, provoquerait la mort de toutes les espèces vivantes. Pour lutter contre le fléau, à Paris, un groupement de savants mit en application la découverte d’un chimiste, Jacques Landève, qui trouva la formule salvatrice. Ils décidèrent, pour annihiler le Nécron, de fabriquer l’antidote à grande échelle, regroupant autour d’eux tous les hommes encore valides, qui acceptèrent de travailler sans se plaindre jusqu’à la mort :
« On évida le sous-sol qui fut bientôt autour de Paris creux comme une éponge. On y découvrit fer, charbon et cuivre. La sixième année, on trouva une énorme nappe de pétrole. Des usines vertigineuses furent crées. La seconde année, six millions d’humains travaillaient. La quatrième, la totalité de l’humanité vivante appartenait aux usines de Broun. »
C’est ainsi que se forgea le noyau d’une impitoyable dictature. Et lorsque le Nécron fut vaincu, quelques dizaines d’années plus tard, les « Mille » - ainsi appelait-on les successeurs de Jacques Landève et leurs familles -, sous la conduite du plus ancien d’entre eux, Tadée Broun, dirigeaient de leur cité parisienne transformée en blockhaus, les usines souterraines où un peuple d’esclaves extrayait le «Bion », l’antidote salvateur.
La société des Mille s’appuyait sur une police redoutable dont le chef, Paulin Vialy, ne reculait devant aucun assassinat de masse pour assurer la tranquillité des siens. Un glacis gigantesque séparait la Cité des Mille des usines et des foyers ouvriers, un réseau téléphonique dense, des espions et des indicateurs omniprésents, des mises à mort immédiates, étouffèrent durant longtemps toute velléité de révolte. Ainsi Vialy arrivait-il à contenir la douleur, la jalousie, la haine de millions de travailleurs. Quinze révoltes avaient déjà été noyées dans le sang.
Mais Vialy n’était pas dupe. Il connaissait la fragilité de sa classe sociale, amollie et sybaritique, s’adonnant, maintenant que le Nécron était vaincu, aux plaisirs anciens : Tadée Broun et ses familles se servaient largement d’esclaves féminins puisés dans la couche populaire, dont ils firent des citoyens de seconde zone, comme les artisans dont ils dépendaient, et les collaborateurs dont Vialy dressait la liste.
Leurs désirs étant instantanément comblés, ils pouvaient se livrer à tous les plaisirs, baignant dans des orgies alors que la haine des travailleurs, alimenté par le fanatisme religieux de Diavide, le chef des révoltés, grandissait démesurément. Au-delà de la zone parisienne vivaient aussi quelques «réfractaires », des individus qui avaient réussi à s’évader des usines, résolus à affronter le Nécron encore résiduel en certains lieux.
B 309 – les esclaves portaient un numéro- est une femme splendide et dévouée à Tadée Broun, en réalité une espionne de Diavide. Grâce à elle, les futurs insurgés purent prendre connaissance des pièges et chausse-trappes mis en place par le chef de la police.La révolte finale se déclancha au cours d’une fête des Mille, au moment où Vialy avait envoyé son amie de cœur, Mannya, s’assurer de la sécurité des souterrains. Elle ne revint pas. Alors il partit à sa recherche au moment même où, un peu partout à Paris, les misérables sortaient de leurs huttes pour faire exploser l’une après l’autre les entrées souterraines et les usines de Bion :
« A dix heures du matin, l’assaut commença. De l’angle de Paris le plus rapproché de la Cité des Mille, jaillit, soudain une foule énorme, prodigieuse, agile, qui se rua vers le glacis en hurlant. Ce ruisseau humain s’élargit, devint un fleuve géant, puis un océan. On vit des centaines d’hommes culbuter et rester allongés, électrocutés net, mais des électriciens couraient dans la masse. Ils coupaient les fils, et toujours inépuisablement, sortait une cohue dense et furieuse qui s’étendait partout, courante et fébrile, en poussant des cris de mort. »
Vialy ayant pu rejoindre Mannya, les deux amants se trouvèrent isolés dans une foule survoltée qui ne les reconnut pas. Ils entendirent aussi Diavide, le meneur qui se prenait pour Dieu, annoncer aux foules hallucinées la victoire ou la mort, car B309 avait pu lui transmettre les plans d’accès aux dépôts d’explosifs d’une puissance énorme, la « klazzite », dont il promettait de se servir en cas d’échec : soit la foule vaincrait et anéantirait ses maîtres, soit il ferait sauter Paris et toute sa région !Ils prirent du repos dans un Louvre désaffecté :
« Ils trouvèrent un autre petit escalier secret, raide comme une échelle, qui perçait un mur d’aspect compact. Bientôt, ils furent dans un grenier encombré et puant la moisissure. Comme jadis, des toiles roulées, des cadres et des caisses, des statues, des débris de bois vermoulus et des toiles d’emballage régnaient en ce capharnaüm. Personne n’y était venu non seulement depuis trente ans, mais peut-être depuis l’ancien régime. »
Puis Vialy prit la décision de se sauver avec son amie en se dirigeant vers la campagne, persuadé que Diavide déclencherait l’apocalypse finale. La sortie d’une ville ruinée, baignant dans le sang, parcourues par des masses en furie avec ses massacres au gaz, l’explosion de bombes à Nécron, ses rafales de mitrailleuses, fut un calvaire. Au prix d’un effort inouï le couple atteignit la base d’une colline où ils s’estimèrent en sécurité, Vialy  étant prêt à contempler la mort en direct :
« Vialy regarda, béant d’horreur, s’effacer au lointain ce qui avait été le reliquat de l’humanité. Un raz de marée, fait de terre et de cailloux, s’agita soudain dans une furie démente, venant du lieu où le cataclysme était déchaîné. Devant lui les collines étaient rasées et des vallées s’ouvraient, d’où sortait un ouragan de cendres. Peu à peu le soleil s’éteignit, tandis que, sous Vialy, le sol, eût-on dit, s’enfonçait comme un vaisseau qui sombre. La nuit descendante était zébrée de fulgurations chimiques, de fureurs incendiaires, d’éclairs monstrueux qu’aggravait la balistique explosive de la klazzite, dans une rage de combinaisons oxydantes. »
Qu’allaient-ils devenir ? Un nouvel Adam et Eve ou les prochaines victimes du Nécron ? L’auteur laissera la question ouverte.
Manifestement inspirée par « Métropolis », Renée Dunan allie avec conviction un style apuré aux visions les plus sombres portées sur l’espèce humaine, sur ses mobiles, sur ses valeurs, sur sa morale. Avec un texte fortement charpenté dont le couple Vialy/Mannya forme l’épine dorsale, « la Dernière Jouissance » est un roman étonnant et vigoureux mis au service du genre cataclysmique.


couverture du roman "la Dernière jouisance"
couverture muette (jaquette?) pour ce roman bien ficelé
 
 
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