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la Conspiration du silence

les oeuvres > DISETTE D'ELEMENTS

La Conspiration du silence par V. Gamma, éd. par l’auteur (500 exemplaires ), 1937, 1 vol. broché, in-quarto, 69pp. couverture muette (comporte un H/T/ NBl. de Jean Feildel.) roman d’expression française. notice biographique in " Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°s1 et 1 bis, mai 1990.
1 ère  parution : 1937
menaces technologiquesdisette d’éléments

V. GAMMA
(aucune référence)

La France du futur jouit d’un statu quo politique, la bourgeoisie au pouvoir s’accommodant à la fois de périodiques révoltes prolétariennes et de la modernité radioélectrique :
« Mais, s’informeront non sans quelque timidité les psychologues de l’avenir, qu’était devenue dans tout ce hourvari la mentalité française, qu’étaient devenues ces qualités de bon sens, d’équilibre gai, d’intelligence, d’ardeur au bien, cet amour du beau travail qui caractérisaient autrefois les gens de notre pays ? Ces qualités, euh ! eh bien, avouons-le, le rouge au front, elles étaient quelque peu reléguées aux vieilles lunes sinon foncièrement reniées. La France maintenant était un pays sommaire . Quarante millions d’individus avaient un petit poste de T.S.F. à la place de la tête et du cœur et vivaient ainsi. »
Les postes de T.S.F. qui crachottent leur bruit et  leurs messages débilitants ont trouvé un accueil dans tous les foyers et dans tous les domaines. Le bruit universel, le fléau musical, empêche dorénavant les gens de penser, de lire, de vivre :
« Chaque restaurant, chaque gargote avait au moins son poste. Vous caressiez votre amie, l’été, au fond d’une tonnelle perdue dans la campagne, lorsque sévissaient, telle la plus imprévue des douches, les redoutables ondes. A 2.000 mètres, au sommet de l’Alpe, vous encaissiez de gré ou de force la boîte à musique. Très loin en mer, les chalutiers déversaient à la ronde les ritournelles infernales. Il y avait belle lurette que des âmes charitables en avaient doté les postes de police, les asiles de nuit, les cellules de prison. Les églises naturellement n’avaient pas été épargnées. »
La réaction se mit en route en la personne de Léonidas Graphigny qui, excédé du bruit insupportable vécu dans son H.L.M., fédéra autour de lui quelques personnes de bonne volonté et deux  inventeurs dans le but de fonder « la Conspiration du silence. »  Les conspirateurs devront tout à Caprica l’ingénieur, et Trinitrol, l’inventeur de la « boîte à silence » qui contient « la poudre S. », laquelle, une fois enflammée, annihile pour quelques heures toute manifestation sonore des ondes radioélectriques.
Caprica, de son côté, a découvert deux autres applications intéressantes : la Réversibilité Immédiate des ondes et leur Captation Systématique. La Réversibilité Immédiate permettrait aux mécontents de dire immédiatement son fait à l’émetteur d’un message et le forcer à admettre les conséquences désagréables de celui-ci. Par la « Captation Systématique », les ondes pourraient être « noyées », détournées ou annihilées de manière durable.
Avec ces prodigieuses découvertes, les conjurés élaborèrent un plan d’action qui consista à détourner les messages envoyés par la T.S.F. Ils truffèrent  les discours politiques de pitreries, les contes pour enfants d’obscénités, les textes littéraires de jurons et les conseils publicitaires de fausses informations.  Au bout de peu de temps, un malaise social se fit jour, qui s’amplifia jusqu’à susciter des litiges que l’on demanda au Tribunal de Lahaye d’arbitrer :
« On vivait dans un scandale perpétuel et grandissant. Les honnêtes gens ne portaient plus sans les plus vives appréhensions la main sur les boutons de leur poste de T.S.F., s’attendant au pire. Très vite – et on les comprendra - ils préférèrent y renoncer d’eux mêmes et plus d’un résolut la question et mit fin à ses angoisses en défonçant d’un coup de pied définitif la maléfique boîte à musique. (…) En une semaine, les six plus grosses fabriques d’instrument de T.S.F. firent des faillites retentissantes et leurs valeurs boursières tombèrent à rien. D’autres ne tardèrent pas à suivre cet exemple et ce fut un fiasco général. Les boutiques des brocanteurs s’encombrèrent de postes récepteurs – on ne les accepta plus bientôt que pour le bois des caisses à des fins de chauffage – et bientôt même personne n’en voulut plus. »
L’on employa tous les arguments pour répondre à l’attaque envers les ondes sonores . L’on invoqua le salut de la patrie, le bien de l’humanité, la défense de l’esprit français, la disparition d’un patrimoine artistique. L’on alla même jusqu’à arrêter les présumés coupables sans que l’Etat ne put prouver nettement leur responsabilité dans la dégradation du bruit. En conséquence, les désordres sociaux s’amplifièrent inexorablement, provoquant la diminution de la vente des appareils de T.S.F. ou la mise en chômage de fabricants de postes émetteurs. On alla même jusqu’à piller des magasins de musique. Lorsque le gouvernement voulut réagir, il était trop tard. Ses ordres lancés à la police et à l’armée étaient gauchis, pervertis, détournés, déformés, annihilés. Alors des émeutes spontanées libérèrent les conjurés et les mirent au sommet de l’Etat. Tous les opposants au silence furent déportés dans des régions sans émetteurs, sans bruit, sans musique, dans des « zones de silence ».
Léonidas Graphigny proclama la naissance de la « Dictature du silence » et entreprit de suite l’élaboration d’une réglementation contre le bruit, dont l’application prendra du temps, tellement profond fut le mal qu’avait provoqué le fléau radioélectrique.
Une nouvelle sous forme de pamphlet, éditée à compte d’auteur, dans laquelle, tout en dénonçant les excès des médias (bien perceptibles aujourd’hui ), l’auteur prend une posture conservatrice égale à celle de Georges Duhamel dans les « Scènes de la vie future».


couverture du roman "la Conspiration du silence"'
couverture de la seule édition connue
 
 
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