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la Conquête de Londres

les oeuvres > LA CITE FOUDROYEE

la Conquête de Londres par François Léonard, Atar éd., 1912, 1 vol. broché , in-12ème, 240 pp. couverture muette. roman d’expression française. notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N°31, mai 2003
1ère parution: 1912
menaces idéologiques - la cité foudroyéeépidémiesguerres futures 1

François LEONARD
(1883- ?) Romancier belge.

Scrells et Villiers, deux biologistes, dont l’un spécialisé dans l’étude du " microbe de la  mort ", se dirigent vers Londres à bord du paquebot «l’Alexandria». La vision de la cité en ce 22ème siècle est terrifiante. D’abord apparaît:
"L’ulcère de son agglomération. Partout, le carbone, le phosphore, l’acide sulfurique, vomis par ses cheminées, tuaient le rire enfantin des fleurs, couvraient les feuilles de poussières malades, de déchets corrosifs, et empoisonnaient, en un mot, l’âme divine du printemps."

Puis, l’industrie humaine et la pollution:
"Partout, la mécanique, la vapeur, l’électricité, les Forces se bousculaient; partout, on entendait gronder les meules, rouler le tonnerre des bielles, siffler les courroies, exploser la matière sous le choc sourd des lourds marteaux-pilons; partout, s’écrasant les unes contre les autres, les usines, comme d’horribles monstres accroupis, pendaient leur visage sinistre vers le bonheur fuyant de l’eau."

Les quartiers riches établissent enfin un tel contraste avec les docks que le Londres de ce siècle futur ressemble comme deux gouttes d’eau à son frère de l’ère victorienne. Les mêmes crispations sociales se font jour, comme l’existence d’une masse prolétarienne écrasée sous le poids des trusts, notamment celui de Perkins,  roi du radium:
"Ah! Combien significative de l’écrasement physique et moral subi, depuis des siècles, sous l’entassement prodigieux, magnifiques et cependant homicide des grandes forces sociales! Combien tragiquement révélatrice de l’exigence des trusts, mangeurs de chair humaine! Tout ce qui grouillait là, dans les repaires du vice et du crime, avait autrefois travaillé sur la rive droite, dans l’enfer des usines, s’y était usé, déformé, lassé, perverti."
Pourtant le cours de l’histoire a plutôt été favorable à l’Angleterre. Une nouvelle guerre contre l’Allemagne est en passe de se terminer à l’avantage des Britanniques, grâce à des engins de mort hautement techniques:
"Sous l’attaque des flottilles d’aéronefs armés de fantastiques projecteurs d’énergie, les centres industriels de l’Allemagne, un à un étaient incendiés, broyés en l’étau des forces émises par le vainqueur, ou déchiquetés à distance par l’infernale téléaction des appareils Wing."

L’armée, démobilisée a pu prendre ses quartiers de repos à Gillingham, ville voisine et adversaire économique malheureuse de la grande capitale anglaise. La présence de soldats en ce lieu va s’avérer être une pièce essentielle dans les conflits sociaux émergeants. Entraînée par les leaders syndicaux, Samfery et Graven, soutenue par la CGT internationale, la foule des prolétaires , à l’occasion des élections proches, réclame une chambre plus libérale . Le message, ponctué par quelques défilés, n’a pas été entendu par le Président Dickinson, à la solde du magnat Perkins.  
Lorsqu’échouent des tractations devant desserrer le carcan de la répression sociale, les défilés se font émeutes, les émeutes, révolution. Les hordes, sous la conduite de Samfery, envahissent les lieux d’argent. La grève est générale, les banques pillées, la Bourse mise à sac. Plusieurs charges de cavalerie se brisent sur la détermination des pauvres de WhiteChapel:
"L’armée requise, impuissante à arrêter sans effusion de sang la marée montante de ces hordes, les regardait passer, apparemment paisibles, de rue en rue, de carrefour en carrefour, comme des masses d’encre et de boue, comme des alluvions gonflées de futurs cataclysmes, comme de sombres et tragiques caravanes rampant sous le poids formidable de leur destin. De tous côtés, les halls rougeoyants des fabriques, encore embués des brouillards malsains du travail, déversaient en silence leurs avalanches d’hommes."
La bourgeoisie, sentant tourner le vent de l’histoire, coopère en un premier temps avec les prolétaires pour tirer son épingle du jeu. Le président Dickinson, avec  d’autres magnats, désertent la capitale pour se réfugier à Gillingham. Perkins, homme dur et sans scrupule, avait envisagé de faire tirer sur la foule au canon avec l’aide du croiseur formidable "Algoria". Ce plan échoua, les marins de l’Algoria fraternisant avec la foule (prémonition de l’auteur qui anticipe sur la véritable histoire du " Potemkine " ?) Devant cet échec, il parvient à canaliser une partie des émeutiers dans un quartier bas de la ville et, faisant ouvrir les vannes, les y noya comme des rats. La rage des prolétaires ne connut plus de limite, la révolution fédérant toutes les énergies - surtout à l’annonce de la mort de Samfery - ils renversèrent le gouvernement capitaliste pour y établir un Comité de Salut Public: Londres venait de tomber aux mains des insurgés:
" Kensington, Bayswater et Camden-Town avaient été pillés et dévastés. Puis le feu avait été mis au Parlement. En ce moment même, au coeur de la Cité, la bourgeoisie, d’accord avec la plèbe, pillait les banques particulières et incendiait les locaux des journaux conservateurs "
Parallèlement aux émeutes, se déroule une autre tragédie: celle des épidémies. Le laboratoire de Villiers, où il se livrait à l’étude du " microbe de la mort ", sorte de cocktail bactérien éminemment dangereux, a été la proie des flammes lors des émeutes. Les bactéries ne périrent pas dans le feu et se répandirent dans la population. De nature endémique au départ, l’épidémie n’inquiéta que Scrells et Villiers, les autres savants et médecins étant occupés par les émeutes. Mais avec les désordres et la malnutrition, elle devint explosive:
"Déjà la nourriture se faisait rare; et autour des maigres victuailles arrachées à prix d’or à l’égoïsme des terriens, la férocité des appétits criminels se déchaînait. A Uxbridge, les Chinois armés de stylets avaient poignardé, la nuit une partie de la population indigène. Les habitants qui avaient pu échapper au massacre s’étaient sauvés vers les villages voisins et cachés dans les bois, en attendant l’arrivée des secours promis de Northampton."

Les révolutionnaires, vainqueurs sur le terrain, eurent un tout autre ennemi à combattre, insidieux et terriblement présent, décimant les rangs des prolétaires, ce que n’avait réussi à faire les capitalistes. La Cité présente un visage sinistre:
" Décembre vint... Dans les palais, parmi la gloire éteinte des siècles disparus, les fantômes de la douleur erraient comme des apparitions de légende. A Hyde Park, des corps squelettiques, pâles et grelottants, tordus en des spasmes hideux, s’écroulaient, tels des troupeaux de forces vaincues, dans la fraîcheur de l’herbe. Puis ce fut la neige... A gros flocons, elle recouvrit tout de son linceul.... Dans les rues, les cortèges de la mort se suivaient comme de longs chapelets noirs sur son blanc tapis silencieux.
"
Une aide internationale s’organise, impuissante à enrayer le fléau. Scrells, Villiers, Perkins ont été tués. De loin, Dickinson envisage, la mort dans l’âme, de cautériser les deux plaies - sociale et physiologique - à l’aide de l’armée basée à Dillingham, ce qui, entre autres avantages, permettra à la cité concurrente de Londres de rejouer un rôle de premier plan dans l’histoire de l’Angleterre. Il fut décidé d’éradiquer par le fer et le feu toute la racaille révolutionnaire:
" Exactement sous eux, et à cinquante mètres à peine du sol, fuyait le vol ondulé des yarsques triangulaires, armées de glouses métalliques qui se soulevaient et s’abaissaient tout à tour d’un mouvement rythmique, et ressemblaient, vues ainsi, à d’affreuses pattes d’insectes géants. Derrière la flottille des yarsques, venaient, en groupe, les sphères Pooks, lourdes et lentement tournoyantes, avec leurs yeux superposés de lentilles violettes, les fuses à radium, verdâtres, anguleuses, allongées, telles des phasmes; les gyroscopes et les barques sinéliennes avec leurs projecteurs; les aéroplanes Wing et la foule sautillante, déjà toute hérissée d’étincelles bleues, des spirigraphes. "
Le massacre s’arrêta lorsque Londres ressembla  à un champ de ruines abrasé sur lequel ne souffla désormais plus que le vent :
" Au nord, du côté de Woodham Ferris, tout un campement de réfugiés, d’environ 50000 personnes, avait été à la fois brûlé et englouti en une crevasse de la terre; les cuirassés aériens, au moyen de leurs téléprojecteurs, y avaient utilisé une force telle que, en moins d’une minute, le sol avait fait place à l’abîme, et qu’en ce cataclysme, la vie humaine, telle une poussière insignifiante tourbillonnant en un incendie gigantesque, avait disparu à jamais. "
Un récit étonnant où le pire côtoie le meilleur.  Le pire, un style qui se veut " épique " et qui souvent n’est qu’amphigourique, une volonté de démontrer que le bien ne peut sortir d’une justice populaire même si, par ailleurs, elle est justifiée. D’ailleurs, Dieu ne s’y trompe pas, qui envoie ses anges exterminateurs pour achever ce que les gens de bien n’ont pas réussi à accomplir. Le meilleur, la description de cette Londres du futur, impressionnante de puissance avec une imagination qui nous rend concrètes toutes les armes diaboliques et pas très éloignées de celles qui existent réellement, enfin cette prescience d’une révolution urbaine à venir qui part du désir de justice sociale jusqu’aux exactions ouvrières, telles qu’elles se développeront dans la véritable Russie tsariste de 1917.


couverture du roman "la Conquête de Londres"
couverture muette poour ce roman anglophobe
 
 
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