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la Cage de Londres

les oeuvres > INVASIONS EXTRATERRESTRES

la Cage de Londres par Jean-Pierre Guillet, éd. Alire, 2003, Québec, 1 vol. broché in-12 ème , 243 pp. couverture illustrée par Jacques Lamontagne. roman d’expression française (Canada)
1 ère  parution : 2003
invasions extraterrestres


Jean-Piere GUILLET

(1953-)  Ecrivain canadien. Maîtrise en éducation (Université de Montréal) Intérêt pour la littérature et la SF. S'adresse à tous les groupes d'âge mais préférentiellement aux adolescents. Actif dans le milieu éducatif pour faire partager son amour de la SF. Quelques romans, contes et nouvelles. Prix de a Littérature pour la Jeunesse.

Les Martiens de Wells (le prophète !) sont de retour. Ayant réduit le reste des Terriens en esclavage, leur nature trop différente de ces derniers les empêche de les reconnaître comme des êtres pensants. Ils s’en servent comme du bétail, des vaches, dont il faut traire le lait, c’est-à-dire le sang, puisque les Martiens sont des vampires. En conséquence, ils ont bâti un centre d’élevage rationnel sur l’ancienne cité de Londres en ruines :
« Le 2ème  cercle d’Oxford est une grande enceinte circulaire, où se pressent environ cent cinquante personnes, enfants, adolescents et adultes dans la force de l’âge. Trois arches dans le mur communiquent avec les compartiments voisins : au sud, le 1er  cercle d’Oxford ; au nord, Cambridge ; à l’est, Chelsea Bis. On désigne aussi ces larges salles bétonnées comme des « arrondissements » d’une vaste agglomération. En tout, trente-deux arrondissements similaires forment la grande cité de Londres ».
En confinant les humains dans des salles sphériques mais communicantes, il leur est loisible non seulement de les traire, mais aussi de changer leur litière, de les désinfecter ou d’éliminer les unités les moins productives (les vieux notamment ou ceux qui ont mangé du rat, ce qui rend leur sang incompatible avec le leur). Du côté des hommes, cette situation est vécue dans la fatalité et la passivité, dues essentiellement à leur méconnaissance  des intentions des Martiens, êtres qu’ils prennent pour des dieux.  L’invasion dont Wells (le prophète !) a parlé en premier est appelée la «Sainte Invasion » :
« Autrefois, paraît-il, l’Humanité a vécu une longue période de purgatoire. Une période terrible. Les Londoniens connaissaient la souffrance, étaient victimes de pénibles maladies, devaient trouver eux-mêmes leur nourriture, devaient se vêtir (difficile à imaginer), construire des abris pour se protéger des éléments (encore plus bizarre…, des écarts de température, de l’eau qui tombait du ciel, des éclairs et du tonnerre… quel monde inconcevable !) Puis un prophète, Wells le visionnaire, a annoncé le premier la Sainte Invasion. »
Nus, nourris, mis en stabulation, les esclaves humains ne pensent plus à se révolter. Au contraire, ils ont développé un ensemble de rites religieux pour expliquer les agissements des Martiens, « Maîtres » mystérieux et tout-puissants. En accentuant l’aspect religieux, la vénération à l’égard de leurs tortionnaires,  les « Prefesseurs », aidés par des acolytes, insufflent, en tant que médiateurs, la vraie foi à leurs ouailles qui doivent se soumettre en toutes choses. La première traite (prise de sang) est attendue avec impatience par les jeunes humains qui,  comme nouveaux initiés, pourront participer à un rituel d’accouplement, la sexualité formant le deuxième pilier de la stabilité dans la cage de Londres :
« Garçons et filles sont nus, comme la plupart des occupants de la vaste enceinte bétonnée. Mais leurs longs cheveux ont été savamment tressés par leurs mères en arabesques complexes pour la cérémonie rituelle. Quand ils ressortiront de la chapelle du sacrifice, leur crâne sera rasé. Leurs aisselles et leurs organes génitaux seront aussi proprement épilés, de même que la poitrine et le visage des garçons. »
Enfin l’ordre social est assuré par un « mâle dominant ».  En cet environnement clos, les Martiens-vampires (les Drocres) prélèvent régulièrement le sang des humains par rotation, en vue de l’expédier sur Mars pour approvisionner le Clone , une sorte d’entité collective. Les conditions de vie sur Mars (Rocre) sont devenues de plus en plus rudes, ce qui a rendu l’invasion de la troisième planète impérative :
« La cargaison de lait en provenance du Troisième monde était la bienvenue. Car la famine menaçait le Clone drocre. Le monde souche, dans sa grandiose majesté, imposait des conditions bien rigoureuses au bourgeonnement de la vie »
Aujourd’hui, l’humanité, réduite à néant, hormis quelques êtres sauvages hantant encore les ruines des premières cités, est prisonnière dans quatre centres d’élevage établi sur les divers continents.
Georges, jeune bête humaine et curieuse, lors d’une traite, éveille la curiosité d’un jeune drocre  qu’il prénomme Will ; celui-ci tient à en faire un animal familier (Ggeg), qui pourra lui rendre de menus services. De retour en salle commune, Georges est perçu de manière ambivalente par ses congénères : les uns l’évitent, les autres le craignent mais personne – pas même le mâle dominant - n’envisage de lui faire du mal puisque c’est un protégé des dieux. D’autre part, un vieux drocre à l’instinct dévié s’est pris d’affection pour Margie, une splendide jeune femelle qu’il emmène sur Mars lors d’un de ses voyages. Elle survit difficilement à l’expédition et, sans les soins attentifs de son protecteur,  ne reviendrait pas sur Terre.
Georges/Ggeg, à travers la fréquentation constante avec Will, prend progressivement conscience de l’état d’abaissement des humains. Ne laissant rien paraître de son irritation, Ggeg est embarqué par Will à bord d’un tripode. Le Martien veut lui montrer le monde extérieur à la cage et jouir ainsi de sa surprise :
« A toute vitesse (pour s’amuser un peu des soubresauts de Ggeg) il (= le drocre) dirigea son tripode vers l’antique Repaire des animaux. Envahi par la végétation, c’était un fouillis de pierres disloquées et de poutrelles tordues ; des squelettes de bâtiments qui portaient par endroits les traces calcinées des canons infrarouges ; des ponts effondrés au milieu du fleuve ; les restes d’une tour ridicule »
Soudain, un événement inattendu met le feu aux poudres, l’assassinat d’un humain sauvage par Will qui réduit l’homme en cendres au moyen du rayon ardent. Par surprise, Georges blesse Will, s’empare du tripode, le manœuvre maladroitement, tue quelques Martiens, défonce le toit de la stalle Chelsea 2 et met pour la première fois les siens en contact avec le vaste monde. Traumatisés par le trop-plein d’espace libre,  les humains refusent de suivre Georges, lui reprochant d’avoir attenté à leur sûreté :
« Le premier jour, de très nombreux curieux se sont pressés hors de l’enceinte de Londres… sans trop s’éloigner. Mais les étranges conditions à l’extérieur troublent les plus braves : le soleil aveuglant, trop chaud ; le sol inégal, les cailloux qui blessent les pieds nus;le vent qui agite follement les herbes rouges ; les bruits inquiétants d’animaux inconnus ; la lune et les étoiles suspendues dans le vide, qui pourraient se décrocher et vous tomber dessus à tout moment ; et cet orage horrible, hier, comme dans les anciennes légendes d’avant la Sainte Invasion ! »
Alors, avec Margie et le mâle dominant, ainsi qu’un petit groupe de courageux, Georges tente de rejoindre les derniers hommes sauvages dans les ruines de Londres. En attendant, les drocres, qui ont introduit malgré eux des rats sur Mars, ont fort à faire avec ces derniers, qui, en s’adaptant, menacent la survie même du Clone. Peut-être la Terre sera-t-elle délivrée des Martiens par un allié inattendu…
Merveilleux petit roman, intelligent et alerte, la « Cage de Londres » se veut à la fois un hommage à H.G. Wells et une suite à son récit. Les Martiens vainqueurs sont saisis dans leur « inquiétante étrangeté », la description de leur être et de leur biosphère reste l’une des plus crédibles qui soit dans le domaine romancé des Aliens. La minutieuse relation des conditions de vie sur la planète rouge, celle des derniers Terriens assimilés à un cheptel signe un bon récit d’une jeune auteur canadien,  à rapprocher de la nouvelle « la Soie et la chanson » de Fontenay


couverture du roman "la Cage de Londres"
couverture dans l'esprit de "la Guerre des Mondes"
 
 
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