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l'Oeil géant

les oeuvres > MENACES COSMIQUES

l’Oeil géant par Max Ehrlich, Hachette éd., 1951, 1 vol. broché, in-12ème, 254 pp., coll. " L’Enigme " jaquette illustrée, roman  d’expression anglaise (USA)
1ère parution: 1951   titre original: the big eye
menaces cosmiques

Max EHRLICH

(1909-1983) De son nom complet Max Simon Ehrlich (à ne pas confondre avec Paul Ehrlich)  Ecrivain américain. Après des études à l'université de Michigan, il débuta sa carrière comme journaliste (Evening news, The Republican), puis se dirigea vers la radio: scripts, adaptation de romans, de nouvelles; ainsi que des scénarios pour la télévision (série "Star  Trek") Son roman le plus connu est "l'Oeil géant".

David Hughes est l’adjoint du Dr Watson, astronome de réputation mondiale qui s’occupe de " l’oeil géant ", c’est à dire du télescope du mont Palomar. Au moment où s’ouvre le récit, la tension est vive entre les Américains et les Soviétiques. Ces derniers paraissent employer une arme secrète qui rompt l’équilibre de la terre en déstabilisant les USA. Des tremblements de terre, des inondations catastrophiques se multiplient qui ne peuvent être provoqués que par ces Soviétiques tant haïs. C’est du moins la thèse du joyeux va-t-en guerre, le général Harshaw, qui ne souhaite qu’une chose: déclencher la 3ème guerre mondiale, la 1ère guerre nucléaire, et de casser du Soviet!
Le docteur Watson est convié à une réunion de la dernière chance à New York, en compagnie de tous les militaires munis d’un cerveau, en y apportant ses arguments écrits . Ne pouvant s’y rendre, Watson y délègue David. Le jeune homme débarque dans une ville de New York au bord de la crise de nerfs. Le centre en est quasiment désert et toutes les fonctions habituelles d’une cité sont paralysées. Les gens ont peur du déclenchement imminent des hostilités, d’autant plus qu’à son arrivée survient une nouvelle secousse tellurique descellant toutes les vitres et semant la panique parmi les citoyens encore présents:
" Fasciné, les cheveux plaqués aux tempes par une horrible sueur froide, Hugues regardait de tous ses yeux, incapable de remuer pied ou patte, incapable même de respirer. C’est alors que les premières vitres s’abattirent d’un coup, du haut des fenêtres du Plazza Hôtel, du Savoy-Plazza, du Tiffany et du Plummer. Elles dégringolaient en cascades de verre, en avalanches d’éclats mortels qui s’abîmèrent dans les rues. Des cris de frayeur retentirent. Des gens couraient de toutes leurs forces pour s’abriter sous les portes cochères. Un grand gaillard s’effondra dans un flot de sang, la tête à moitié tranchée au vol, par une façon de couperet. "
Malgré le danger, David court vers Cora, sa bien-aimée qui , comme journaliste, n’a pas voulu fuir la ville. Il passe la nuit avec elle, en dépit de sa morale puritaine , et bien lui en prend car un coup de téléphone de son patron lui apprend que, toutes affaires cessantes, il doit revenir immédiatement au Mont Palomar. David obéit . Il arrivera sans peine à convaincre Cora de l’accompagner. En utilisant son passe-droit et en se camouflant à l’occasion, le retour se fera sans problèmes.
Avec stupeur, il apprend de la part du majordome Francis, que sont réunies autour de Watson les sommités mondiales en matière de cosmologie, y compris les Russes. Watson lui apparaît fermé, préoccupé, soucieux . Il y a de quoi. Un bolide a été découvert fonçant vers la terre. Celui-ci, de la grandeur de Jupiter, sans qu’aucun doute ne soit permis, coupera l’orbite de la terre le soir du 24 décembre 1962. Ce sera la fin du monde. Lui et ses collègues ont vérifié plus de mille fois la trajectoire du corps céleste :
" Cela paraissait impossible, bien sûr. Dans l’immensité de l’espace infini, la terre n’était guère qu’un grain de poussière. Il en était de même de cette nouvelle planète, de cette planète Y. Toutes les lois qui régissent le hasard étaient contre cette conjonction, qui n’avait qu’une chance sur des milliards et des milliards de se réaliser. Et, cependant, elle était fatale. Les orbites s’intersectaient. Le point de collision était patent. Et rien ni personne ne pourraient empêcher le cataclysme. La fin du monde. La fin du monde ! La fin du monde! Les syllabes cognaient contre les parois du crâne du jeune homme avec une résonance tragique. "
La nouvelle de la fin du monde fut proclamée lors d’une conférence de presse. Le monde entier, frappé de stupeur, mesure alors le minuscule laps de temps qu’il lui reste à vivre et au-delà des réactions instinctives d’une somme d’individus apeurés - suicides " préventifs ", vols, viols, fornication, jouissance débridée, - entreprend une totale reconversion morale:
" Puis, à mesure que le temps passait, le dérèglement s’atténua . Les gens retrouvèrent une forme d’équilibre, se résignèrent à vivre sous la menace de la planète, puisqu’ils étaient impuissants à en détourner le cours. Des millions d’indifférents se convertirent, se mirent à fréquenter assidûment les sanctuaires et les temples. (...) L’argent avait perdu beaucoup de sa valeur relative. Son utilité s’amenuisait dans la proportion où se rétrécissait l’avenir. Les riches distribuaient leur fortune. (...) La pauvreté se résorba progressivement. Vers les derniers mois de l’an I, les mendiants avaient disparu. (...) En juillet, un gouvernement mondial fut instauré."
La guerre est bannie (qui la ferait encore et pour quel gain?), un gouvernement mondial est instauré, des comités de salut public naissent comme des champignons pour organiser le minimum vital dont aurait besoin l’humanité jusqu’au jour fatidique, puisque tout échange économique s’arrête net.  
La planète maintenant visible dans son approche tourne toujours la même face  vers la terre, comme un oeil géant, comme l’oeil même de la conscience. Beaucoup d’humains y voient l’oeil d’un dieu vengeur décidé à se débarrasser de sa créature malfaisante. « L’Oeil géant » - c’est ainsi qu’on nomme la planète vagabonde par glissement sémantique - répand une lueur malsaine dans le ciel terrestre qui éclipsera bientôt celle de la lune. Les hommes continuent de vivre en attendant le choc final. David et Cora donnent naissance à un bébé et agissent "comme si..." Le Docteur Watson meurt gelé, assis devant le tube du télescope géant.
Le moment fatidique étant imminent, David a décidé de mourir debout, en homme, avec toute sa famille. Entraînant sa femme et portant son enfant, ils sortent affronter l’instant fatal, comme bien d’autres êtres humains:
" On n’entendait aucun bruit en dehors du carillon lugubre et funèbre des cloches. Aucun véhicule ne circulait plus, aucun klaxon ne cornait par la ville paralysée. Sous la voûte sonore des glas, des milliers et des milliers d’êtres humains avaient envahi les rues, se pressaient sur les boulevards, engorgeaient les parcs, masse compacte et silencieuse, figée dans une attente morne. Des oraisons ferventes et des gémissements montaient des églises et des temples à la pâle lueur des cierges. L’empreinte de la mort marquait déjà tous ces visages tournés vers l’Oeil Géant, ceux des hommes, ceux des femmes et jusqu’à ceux des enfants. Toute peur avait disparu et faisait place au calme et à la résignation. Le ciel s’empourpra davantage. La planète parut augmenter de volume . Les cloches sonnèrent plus fort ! Il était trois heures. D’un même élan tous les gens se jetèrent à genoux dans la neige, courbèrent la tête et se mirent en prière dans l’expectative du dénouement final.
Les cloches cessèrent de tinter. Tout fut silence. "

La collision n’aura pas lieu. L’Oeil géant évite la terre, diminue de volume puis disparaît causant à notre globe des dégâts limités, quelques raz-de-marée titanesques, des tremblements de terre, du volcanisme... , bref, des broutilles.
La planète est sauvée et, dans les jours qui suivirent, David mettra la main sur une note de Watson qui stipule clairement que celui-ci savait tout dès le début, le bolide ne devant que frôler la terre et non l’écraser. D’où l’idée d’une mise en scène de la fin du monde, décision prise à l’unanimité par le groupe de savants, désireux d’extirper une fois pour toutes la guerre et de rendre morale la vie publique nonobstant les déséquilibres et les morts que devait obligatoirement engendrer une telle décision.  Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité , grâce à la menace universelle  de l’Oeil géant, les êtres humains se seront sentis solidaires devant le danger et auront modifié leur comportement en conséquence. David gardera pour lui la terrible découverte.
Malgré quelques naïvetés charmantes (les protagonistes contempleront la venue du bolide du pas de leur porte), quelques outrances caractéristiques pour décrire la psychologie des militaires, quelques avertissements moralisateurs très anglo-saxons, on peut noter la tonalité optimiste générale dans laquelle se développe l’intrigue (David et Cora ont un bébé malgré le danger mortel). Les savants, loin d’être les promoteurs du désastre - lieu commun habituel dans le genre - sont au contraire les artisans d’un véritable renouveau social en assumant personnellement les conséquences de leur complot du silence. Une oeuvre originale dans le cadre d’une thématique vétuste.


couverture du roman "l'Oeil géant"
jaquette de l'édition française du roman
 
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