l'Odyssée du Vagabond - destination-armageddon

Aller au contenu

Menu principal :

l'Odyssée du Vagabond

les oeuvres > MENACES ET GUERRES NUCLEAIRES

l’Odyssée du Vagabond par Luke Rhinehart, Robert Laffont éd., 1984,  coll. " Best-Sellers ", 1 vol. broché, in-octavo, 404 pp.  couverture illustrée. roman d’expression anglaise (USA)
1 ère  éd. : 1983    titre original : Long voyage back
menaces et guerres nucléaires


Luke RHINEHART

(1932-) De son vrai nom Georges COCKCROFT. Ecrivain américain. Education militaire. Professeur de littérature américaine (Long Island) A emprunté le pseudonyme littéraire de son personnage. Pour marquer sa liberté ,  ses décisions sont livrées aux jets de dés (Mariage). A vécu au Mexique et dans l'île Majorque en Espagne.

Lorsque Neil le skipper et Jim le fils de son employeur et ami Frank,  atteignent la baie de Chesepeake à une centaine de kilomètres de Washington, les nouvelles internationales étaient préoccupantes. Prêts pour une virée en mer, Frank leur avait fixé un rendez-vous à Christfield, de l’autre côté de la baie, où ils devraient également embarquer Jeanne, une de ses amies, et sa fille Lisa. Tous réunis, ils repartiraient en mer sur le trimaran « Vagabond ». Mais le sort en a décidé autrement. La guerre nucléaire mondiale venant de débuter,  tout près d’eux, une bombe avait anéanti Washington :
« Auparavant, ils avaient tous écouté le transistor. Sur la bande AM, ils n’avaient pu capter que cinq stations là où, d’habitude, il y en avait plus d’une quarantaine. Des bribes de nouvelles chaotiques, parfois à peine cohérentes arrivaient. Ce n’était que lorsqu’une information avait été répétée plusieurs fois, et sur des postes différents, qu’ils la croyaient vraie. Ainsi, il paraissait établi que Whashington, New York et entre cinquante et cent grandes villes avaient été détruites ; que le nombre des victimes se situait  dans une « fourchette » de vingt à quatre-vingt millions ; enfin,  que la plupart des grandes  stations de radio et de télévision ne fonctionnaient plus. Et ce n’était qu’un début… »
C’est le sauve qui peut. Neil suggère de prendre la large alors que Frank souhaite maintenir son rendez-vous. Une course contre la montre commence pour chaque personnage, liée à son destin propre :
« Jeanne regarda de nouveau son rétroviseur et vit la même lueur. Elle jeta un bref regard sur sa gauche : deux voitures la dépassaient à toute vitesse. Alors, elle se retourna carrément : la lueur grossissait à l’horizon, s’élargissait, s’élevait… le noyau central semblait baisser d’intensité à mesure que le reste du ciel s’illuminait. Les doigts de Lisa s’enfonçaient dans la chair de son bras, qui tremblait toujours. Jeanne pensa simplement : « une bombe nucléaire est tombée sur Washington. » Elle en ressentit sur le coup ni terreur ni peur, seulement une lucidité à l’égard de l’événement.»
Lorsque Neil arrive à Christfield avec, derrière lui, un immense nuage de cendres radioactives, c’est pour sauver Jeanne et Lisa menacées par la folie humaine. Déjà, des personnages douteux ont pris son bateau d’assaut, notamment Macklin, une sorte de truand, qui tente aussitôt de prendre le pouvoir à bord. Neil l’accueille malgré tout car,  en ces circonstances,  il a besoin d’un second à poigne. De retour du ravitaillement à quai, il s’aperçoit que Vagabond a disparu. Macklin le lui a volé, avec à son bord tous ses amis.
Le skipper légitime sait qu’il lui faudra reprendre son bien avant que Macklin ne le fasse sortir de la baie. Avec Olly, un ancien capitaine pêcheur haut en couleurs et marin émérite, qui, lui aussi, n’a plus rien à perdre, ils se lancent à la poursuite du trimaran, réussissant par ruse à investir son bord. Macklin sera désarmé et si Neil l’épargne à nouveau c’est qu’il lui sera indispensable dans les jours à venir. Il est d’ailleurs plus que temps de chercher Frank qui monte sur Vagabond avec Tony, un autre individu susceptible d’aider à la manœuvre.
Vagabond prend le large en direction du sud alors que des retombées radioactives s’abattent sur un pont que Frank et Neil nettoient scrupuleusement :
« Une terreur diffuse planait sur les équipiers de Vagabond, tandis qu’ils continuaient de descendre le Chesapeake vers l’Atlantique. Ceux qui attendaient, entassés dans le carré, parlaient à voix basse comme s’ils étaient à une veillée funèbre. De tous côtés, les monstrueuses masses grises semblaient converger avec des intentions meurtrières : tandis que l’un des nuages virait au nord, l’autre bouchait l’horizon sud au-dessus de Norfolk, c’est-à-dire la région où ils étaient contraints de passer. Ils n’échapperaient pas aux retombées. »
Les journées en mer sont très dures pour des non-marins, des êtres désespérés et qui vivent dans la promiscuité. Souvent les terribles tensions seront apaisées par la douceur de Jeanne. D’autre part, Neil, vu les circonstances, fait adopter un règlement de fer auquel tous seront soumis. Sur terre règne la désorganisation la plus complète et les nouvelles les plus insensées circulent.
A bord, après que plusieurs d’entre eux aient souffert de la maladie des radiations, les survivants se divisent dans leurs options. Les uns souhaiteraient pousser jusqu’aux Caraïbes pour mettre le maximum de distance entre eux et la menace,  les autres, dont Frank et Tony,  encore mus par un esprit patriotique, suggèrent d’aborder au plus vite la terre ferme pour pouvoir se mettre à la disposition des forces combattantes.
Neil, quoiqu’ancien combattant, et Olly, savent qu’il importe de fuir mais devant la fatigue engendrée par des jours de  mer sans pitié, ils se résignent à gagner le port de Morehead City, à la pointe du cap Hatteras. Dès leur arrivée, l’organisation locale de l’armée les avertit de se tenir à disposition. Vagabond devra être réquisitionné et tous les hommes valides rejoindront les rangs. Les autres, dont les femmes, seront reversés parmi les réfugiés. Ils trouveront asile dans un grand garage désaffecté. Olly, trop vieux, restera à bord en attendant. Jim et Tony touchent leur paquetage. Jeanne travaillera avec Katya, une nouvelle venue, pour soigner les nombreux grands brûlés. La situation semble désespérée :
« Une dizaine de personnes gisaient à même le sol de ce qui avait dû être auparavant une grande salle d’attente ; certains de ces malheureux gémissaient et l’un d’eux hurlait. Deux au moins étaient déjà morts. La salle sentait le vomi. Tous ces corps agonisants, sur le parquet, avaient des brûlures irréversibles. Un homme n’avait plus d’yeux et son visage était arrivé à un tel point dans l’horreur que sa vue était difficilement soutenable : la peau d’une de ses joues pendait comme de la chair sur un croc de boucher. »
Neil se résout à rejoindre la corvette commandant le port dont il croit connaître le capitaine, un ancien ami de l’école militaire, tandis que les conditions des réfugiés s’aggravent jusqu’à devenir insupportables :
«D’autres maladies commençaient à faire autant de ravages que les radiations et les brûlures. Les dysenteries, le typhus et le choléra devenaient rapidement endémiques dans de nombreuses régions du monde : en effet, l’interruption du réseau électrique avait entraîné une raréfaction et une pollution des ressources en eaux dans les régions surpeuplées. Et la maladie mystérieuse apparue dans l’Ouest des Etats-Unis s’étendait… »
La rencontre de Neil avec le commandant tourne au désastre. En lieu et place de l’homme fier dont il se rappelait, il rencontre un être brûlé, velléitaire, dont le seul objectif est d’attendre la mort,  et qui lui signale que la défaite des Etats-Unis est totale. Il lui apprend aussi que de nouvelles retombées sont attendues au-dessus de la région pour les jours prochains :
«la Guerre », l’holocauste : la guerre des missiles, des bombardiers, des lasers, des satellites ; la guerre mettant en action toute une technologie sophistiquée de la science militaire moderne ; la guerre entre les Etats-Unis et leurs alliés d’une part, l’Union Soviétique et ses alliés d’autre part ; cette guerre était finie.  Plus personne n’envoyait de missiles ; les explosions nucléaires avaient cessé. La mort descendait encore du ciel, mais elle tombait à présent lentement, comme une pluie molle. Les gens mouraient encore mais ils ne quittaient plus ce monde dans une lueur de feu, pulvérisés ou réduits en cendres. Ils disparaissaient d’une façon plus naturelle, plus banale : vaincus par la faim, le typhus, le choléra, la dysenterie, l’épuisement et le désespoir. Personne n’avait crié victoire, personne ne s’était avoué vaincu. »
La décision de Neil sera vite prise : il faut repartir, tout de suite ! Battant le rappel de ses compagnons avec Katya en prime, il tente de sortir d’un port surveillé jour et nuit. Feignant un naufrage qui détournera l’attention de la vedette patrouilleuse, ils se retrouveront au large,  en fuite devant l’horreur.
Voguant vers les îles Saint-Thomas où ils espèrent enfin jeter l’ancre, ils subissent encore la dureté quotidienne de la vie à bord,  là où les jeux de pouvoir se révèlent de plus en plus intenses. Neil est amoureux de Jeanne mais n’ose se déclarer à cause de Frank. Jim et Lisa resserrent leurs liens affectifs. La lutte pour la survie est continuelle, la pêche aléatoire. Ils apprennent aussi que de nombreux pays du sud rejettent les Américains qu’ils accusent d’avoir mis le feu aux poudres :
«Et c’est ainsi que dans la foulée de l’holocauste et du conflit Nord-Sud, une troisième guerre commença : une guerre aussi ancienne que l’est l’humanité : une guerre entre ceux qui mangent à leur faim et ceux qui ne mangent pas à leur faim. Les gouvernements d’Amérique du Sud se cramponnaient à leur pouvoir, exécutant tous ceux qui résistaient, tous ceux qui tentaient de franchir leurs frontières, tous ceux qui remettaient en cause l’état de  siège par lequel ils se protégeaient. A travers le monde, les réfugiés de guerre menaient un combat le plus souvent perdu d’avance. Un combat pour survivre. Une guerre était finie. Les survivants ne l’avaient pas remarqué.»
Devant l’invasion des réfugiés, les Caraïbes se ferment, la piraterie se fait coutumière. Ils en feront l’expérience au large des Bahamas où des soldats déserteurs tentent de s’attaquer à Vagabond. Avec l’expérience acquise, le groupe les met en fuite et se fixe comme escale le port de Charlotte Amélie, capitale de l’île de Saint Thomas.
Bien que les restrictions pleuvent, ils ont quand même le droit de quitter le bord. Mais ici, rien ne peut s’acquérir sans or ou sans argent. Or, ils avaient un besoin vital de trouver des vivres dans cette société qui commençait à se désintégrer. Jim et Lisa, de plus en plus repliés sur eux-mêmes s’étaient liés d’amitié avec des jeunes de l’île et passaient leur temps à zoner. Comment reprendre la mer ? Grâce à Philip et Sheila, un couple d’anglais, désireux de partir eux aussi, un plan fut mis en place.
Dans l’île s’était cachée une bande de pirates dont il fallait voler et les vivres et le bateau. Avec Jeanne comme appât sexuel, Neil et les siens attaquèrent avec succès les bandits, s’emparant du Mollycoddle et du Scorpio deux bateaux qui, avec Vagabond, allaient leur permettre de quitter l’île. Le départ se fit dans la précipitation car une émeute généralisée anti-Blancs venait d’éclater ce matin-là.Sous la mitraille, Macklin et Tony manoeuvrèrent, prenant à bord Katya et Neil en toute dernière extrémité. Avec la mer démontée et Philip blessé, la sortie du port fut un enfer :
« La première vague d’une hauteur de sept à huit mètres était une colline plutôt qu’un mur d’eau, et elle était coiffée d’une couronne d’écume blanche. Le grondement s’intensifia, puis la vague gigantesque les saisit, souleva l’avant de Vagabond et l’ensevelit aussitôt, heurtant sauvagement les trois coques : trois mètres d’eau déferlèrent sur tout le bateau, faisant voler en éclats l’arrière de la timonerie et propulsant le bateau à une vitesse d’une vingtaine de nœuds. Olly, Jim, Jeanne et Frank se retrouvèrent écrasés et entassés contre le mur et le panneau de descente vers le carré, tandis que Neil se cramponnait à la barre. »
Grâce à l’habileté de Neil le danger fut jugulé avec une seule victime, Katya, emportée par la vague gigantesque. Le convoi reprend la route du sud, vers Punta Arenas , l’extrême pointe de l’Amérique. Cependant, la peste qui vient d’éclater à bord d’un des bateaux crée une nouvelle situation conflictuelle : Macklin et Tony, subvertissant Frank, font sécession. Menaçants les autres, ils espèrent s’emparer de Vagabond laissant le groupe en perdition. Le revirement de Frank qui lui coûtera la vie, règlera définitivement le sort de Macklin écrasé entre les deux quilles de bateau. Tony, abandonnant Vagabond, cherchera la terre à bord du Scorpio. Le groupe meurtri et endeuillé aura au moins un motif de satisfaction: les guérisons de Jim et de Lisa que la peste a épargnés.
C’est donc au sein d’une famille ressoudée que Neil et Jeanne aborderont à Punta Arenas où, avec quelques autochtones indifférents au sort du monde, quelques Roumains et d’autres rescapés de l’holocauste, ils tenteront de refaire leur existence dans la paix et la  sincérité :
«Au Nord, les guerres auxquelles ils avaient échappé continuaient sans doute à faire rage. Ici, au bout du monde, quelques survivants s‘étaient rassemblés. Ils luttaient encore pour survivre, mais ils luttaient ensemble et non plus les uns contre les autres : un premier pas sur la route du long retour d’Apocalypse. »
« L’Odyssée du vagabond » est un grand roman dans lequel se conjuguent l’amour de la mer et du grand large, une vision humaniste de l’homme et une description minutieuse de la folie nucléaire. C’est une œuvre aux rebondissements multiples et à l’action enlevée qui se lit d’une traite. Peu connu en France malgré sa date de parution récente, il n’en constitue pas moins une performance impressionnante dans le genre.


couverture de la jaquette du roman "l'Odyssée du Vagabond"
un ouvrage en sa première éditon française
 
 
Retourner au contenu | Retourner au menu