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l'Homme qui fait sauter le monde

les oeuvres > ADAM ET EVE REVISITES

L’Homme qui fait sauter le monde par Jean Suberville , Chiron éd.,1927 , 1 vol. broché, in-12ème , 248 pp. couverture muette. roman d’expression française
1ère parution : 1927
Adam et Eve revisitésla cité foudroyée

Jean SUBERVILLE

(1887-1953) Ecrivain français du sud de la France. Enseignant, professeur de lettres classiques. Prit part au conflit de 14-18. Humaniste et d'inspiration catholique. Romancier, poète, dramaturge.Ses premiers romans expriment la haine de la guerre. Pièces jouéees dans les théâtres parisiens. Au total, plus de 42 romans  et des écrits littéraires théoriques

Le récit s’ouvre sur la domination du monde par le bolchevisme. Paris en est devenue la capitale mondiale :
« Par-dessus la ville immense, sur la colline ensoleillée, le temple de l’humanité qui n’est autre que l’ancien Sacré-Cœur de Montmartre, érigeait dans le ciel gris-bleu ses coupoles byzantines gris-blanc dont le faîte arborait, à la place de la croix abolie, les signes jumelés de la faucille et du marteau. »
Elle a été vaincue après une résistance molle contre l’alliance honnie:
« Les Germano-Russes investissent la capitale et la soumettent à un bombardement apocalyptique. Les socialistes ont compris ; ils passent le bouclier à leurs collègues communistes. Drapeau blanc. Armistice. Entrée dans Paris. Drapeau rouge. Alors, l’Arc de Triomphe et les Invalides, le Louvre et Notre-Dame, mille ans de notre histoire servent de cadre à ce spectacle : Attila qui passe, tandis que des politiciens courbent leurs tête chenue et leurs lauriers civiques sous sa botte, que des éphèbes asexués zézayent des dithyrambes aux naseaux de son pur sang dégoûté ; que des folles aux noms historiques jettent des fleurs à ses hordes, et que la foule en délire, le fameux  prolétariat, acclame ses bourreaux qui viennent le libérer. »

Maintenant y siège Savourine, Petit Père des peuples, leader mondial, « Président du Conseil Central de l’Union Internationale des Républiques Socialistes et Fédérative des Soviets», avec son bras droit Armenof, juif rusé et roublard, chef de la police. La capitale de la France est dans un état lamentable :
« On n’apercevait qu’une grisaille uniforme, trouée de vides noirs où gisaient des ruines définitives, et marquées de taches rougeâtres que faisaient les constructions soviétiques. L’aspect intérieur n’était pas moins lamentable. Depuis longtemps les ravaleurs ne rajeunissaient plus les façades lépreuses, et à jamais s’était endormie la vigilance urbaine qui maintenait la beauté des perspectives. La vieille cité, vouée à la décrépitude, attendait, elle aussi, de mourir.»
Lorsque Savourine prend la parole c’est pour constater l’immense difficulté des Soviets d’éradiquer les pulsions naturelles de la vie, l’Ego de l’individu, toujours en embuscade. Bien que le Prolétariat ait partout étendu son empire, il semble être arrivé à une impasse, car il n’arrive pas à faire plier la Nature sous sa volonté. A cause de cela, dans son discours approuvé par tous les Bolcheviks orthodoxes, Savourine ordonne la mise en œuvre du « Grand Soir » qui aura lieu en septembre de l’an 2000 :
« Ah ! s’il existe un dieu, qu’il soit maudit ! Qu’il soit maudit, ce méchant accoucheur d’un monde avorté !(…)
Ah ! ce dieu pervers a bien enchaîné Prométhée, et son immortel vautour a dévoré notre cœur inépuisable ! mais Prométhée va mourir enfin ! Et, ramassant toutes les malédictions lancées depuis le commencement des siècles contre le tyran divin, nous lui cracherons à la face avec notre dernier souffle, en lui criant : « Vive ma mort ! Vive ma mort ». A ce mot, l’immense foule se leva et répondit en un écho formidable qui fit trembler le puissant édifice : «Vive ma mort ! »

Il importera d’éradiquer la totalité de l’espèce humaine, de faire « sauter le monde » pour empêcher définitivement l’Ego individuel de saboter l’idéal communiste. Tout sera  mis en œuvre en ce but pour que, dans un délai d’un an, à l’heure prescrite, les cadres du Parti, après avoir piégé les différentes villes, bâillonné les opposants éventuels, détruits, brûlés, gazés tous les malheureux en désaccord avec leur grandiose projet, puissent provoquer la catastrophe finale.
Ce discours fut suivi par une fête où apparut Nadia, la propre fille de Savourine, dans une danse païenne. La toute jeune fille subjuguera Claude Véron, un jeune ingénieur d’Occitanie, qui tombera éperdument amoureux de celle-ci, sentiment « bourgeois » par essence, et donc interdit.
Son attitude attire l’attention d’un mystérieux personnage âgé, bibliothécaire de son état, prénommé Patrice,  qui promet de tout mettre en œuvre pour que Claude puisse rencontrer Nadia. Patrice, ancien   ami de Savourine,  est surtout le dernier prêtre en activité : il songe à faire fuir le couple hors de l’universel gâchis. Patrice fait admettre Claude au sein d’une sous-commission, présidée par Armenof, chargée de préparer la sape de la salle du Grand Conseil, lors de la destruction finale.
A la  première rencontre entre les jeunes gens, Nadia, comme toute bolchevique sincère, s’offre à Claude, mais ce n’est pas ce que le jeune homme attend d’elle.  Partout dans le monde les opposants sont traqués et éliminés de toutes les façons possibles :
« Quant aux récalcitrants qui tentaient de s’échapper dans cet effarant désert interdit, les équipes spéciales les tuaient comme des chiens, après les avoir soumis à des tortures variées, quand elles en avaient le temps. Chaque soir, du côté de Vincennes, le canon tonnait. La bombe éclatait, la mitrailleuse crépitait : c’étaient les condamnés qu’on expédiait par masses dans l’autre monde. On ne chômait pas non plus au Père-Lachaise. Dans une vaste cour rectangulaire, aux dalles humides, d’où montait une forte odeur de chlore, sous la surveillance des gardiens, la baïonnette au canon et le fusil chargé en bandoulière, opéraient des équipes de forçats incinérateurs, à demi-nus, hirsutes, ruisselants de sueur. Les lourds camions arrivaient à heure fixe, apportant leur cargaison funèbre. Deux hommes se hissaient dessus, piétinant les corps avec indifférence. Ils prenaient les cadavres, l’un par les pieds, l’autre par les épaules, et hop ! les balançaient par-dessus bord vers deux camarades qui les recevaient au hasard de la chute et les disposaient en tas.
Souvent, le mort n’avait plus de tête, ou n’avait plus de jambes, ou se réduisait à un tronc affreusement mutilé. C’était alors, du camion à terre, une volée de tronçons humains ramassés et jetés à la fourche et à la pelle. Telle était la moisson bolchevique. (…)
Au fond, occupant tout un côté de l’immense cour, étaient rangés les fours dont les gueules aux deux battants de fer, laissaient voir, quand elles s’ouvraient, des ventres de briques énormes et voûtés, où s’entrelaçaient et sifflaient les souples serpents des flammes.»

Mais Armenof a peur : il ne veut pas mourir ! Il compte sur l’amour paternel de Savourine envers sa fille pour sauver sa propre peau. Pour cela, il importe de faire des avances à Nadia. Le dîner offert à Nadia par Armenof se passe mal : elle refuse les avances bestiales du juif renégat, se rendant enfin compte que son désir se porte sur Claude.
A nouveau, Patrice arrange une deuxième rencontre entre les jeunes gens, lors d’une messe secrète qu’il célèbre en présence de rares fidèles anonymes par crainte des représailles. L’heure fatidique approche, durcit les attitudes. Armenof, qui a fait suivre Nadia, triomphe,  en s’emparant du couple et de Patrice.
Il oblige Savourine, en réunion plénière, à condamner sa propre fille. Ce dernier cède à la contrainte mais promet de se venger. Quant à Claude et Patrice, ils seront emprisonnés. Le premier servira comme fossoyeur aux fours crématoires du Père-Lachaise, le second, pour qui Armenof a réinventé les « fillettes » de louis XI, dépérit, oscillant entre la vie et la mort, jusqu’à ce qu’un de ses fidèles le délivre.
Le dernier jour de septembre s’annonce. A minuit, Savourine déclenchera l’apocalypse. Armenof fait enlever Nadia de son cachot pour s’envoler avec elle vers une retraite sûre, dans le sud de la France. Mais il avait oublié la haine de Savourine à son égard qui l’oblige, devant tous les cadres bolcheviks, à s’enfermer avec lui dans le poste de commandement – qui deviendra leur tombeau- sous la surveillance d’Oural, un prolétaire de base, mastodonte incorruptible et sans pitié, d’où ils devront présider à la mise à mort de l’espèce humaine.
Nadia sera retrouvée par Claude, juste à temps délivré de sa géhenne par un Patrice moribond. Traversant Paris en feu, le jeune couple s’envolera à bord de l’avion d’Armenof au moment même où la capitale, comme de nombreuses autres villes, est foudroyée. Savourine et Armenof, ayant voulu reculer devant leurs responsabilités, se sont entretués et c’est Oural, le prolétaire, qui déclenchera l’apocalypse, en appuyant sur le bouton fatal :
« Minuit. Le camarade Oural, au nom du prolétariat souverain, avait sans hésitation déclenché la fin du monde. Alors, ce fut inexprimable. Paris et la terre sautaient dans une cataracte ininterrompue de foudres et de tonnerres. Etouffant les longs ululement des foules épouvantées et le vacarme infernal des orchestres déchaînés jusqu’à la dernière minute de l’orgie ; bouleversant les ondes radiologiques qui continuaient à diffuser dans l’air, autour de la planète, le blasphème bolchevique ; éteignant toutes les lumières de son souffle monstrueux, la catastrophe éventrait la terre, balayait le sol, frappait le ciel.
Les puissants édifices se soulevaient, se disloquaient et s’écroulaient comme de châteaux de cartes ; les hautes tours se rompaient comme des tiges d’avoine sèche ; les chaussées se fendaient et, béantes, vomissaient leurs égouts.
Notre-Dame, le Trocadéro, le Panthéon, les Invalides, le Palais de Justice, le Temple de l’Humanité oscillaient sur leurs bases et s’éboulaient sur la ville avec un fracas effroyable. (…)
Maintenant, la terre brûlait tout entière sous la torche des gigantesques volcans qui s’étaient ouverts à l’emplacement même des grandes cités. »

Un pamphlet virulent du communisme totalitaire. Le récit, composé dans une vision chrétienne, expose, de manière quasi-prophétique, tous les crimes auxquels se livreront une dizaine d’années après la parution du roman, les dictatures européennes. L’aspect psychologique des personnages domine le rendu naturaliste de la catastrophe : un récit intéressant par ses outrances mêmes.


couverture du roman "l'homme qui fait sauter le monde"
couverture du roman en première édition (existe-t-il une jaquette?)
 
 
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