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L'ENTROPIE PROGRESSE...

L’entropie représente ce concept d’ordre physique qui veut que plus le temps passe, plus s’instaure un état simplifié de la matière et du cosmos. Avec les siècles et les millions d’années égrenés comme les perles d’un même collier, et partout dans un univers soumis à l’expansion, tout ce qui est complexe tend à se simplifier, le vide se creuse, les étoiles s’éloignent les unes des autres, l’agitation moléculaire se calme jusqu’au repos absolu, la chaleur disparaît au profit du froid. Partout s’installera la mort. Aucune date n’a encore été avancée pour cet événement ultime quoique la science ait fixé la naissance de l’univers à environ quinze milliards d’années et celle de la terre à cinq milliards d’années.
La mort de la terre, lorsque le soleil se transformera en une immense géante rouge, ne coïncidera donc pas avec la mort de l’univers. Mais pour le système solaire (et pour l’homme) se sera tout comme. Une fin du monde inéluctable que les romanciers, soumis à leur imagination des lointains, se sont amusés à décrire dans ses moindres détails, comme Wells  avec sa « machine à explorer le temps » ou Hodgson dans sa « Maison au bord du monde ».
Car s’il est des fins du monde incertaines, celle-là est on ne peut plus sûre mais, ô combien, lointaine ! A vrai dire, tellement lointaine que la plus grande confusion y règne quant à la durée à franchir pour y parvenir, avec des nombres tellement énormes que l’esprit s’y perd. Le règne des dinosaures coïncide approximativement avec le Secondaire, soit deux cents millions d’années. L’espèce humaine n’est dominante que depuis un million d’années : quel sera son avenir (si elle en a un) dans deux cents millions d’années ?
Qu’importe la durée. Par l’artifice du voyage dans le temps, le romancier nous fait assister à la fin de notre propre monde : un soleil rouge et sans chaleur, un ciel noir aux étoiles dispersées, une mer étale sans marées, un paysage dépouillé aux formes douces, une végétation étrange et des êtres humains dégénérés et se mourant malgré leur science, tels sont les poncifs du thème.
Avec, parfois, des variations. Chez Campbell Jr., la vision est technologique : des robots, produits et successeurs de l’espèce humaine depuis longtemps disparue, entretiennent stérilement et pour l’éternité des cités vides. Chez Stapledon gagné aux idées de Spengler, c’est au travers des cycles qu’évolue l’homme, de renaissances en chutes spectaculaires, il reconquiert le cosmos à de nombreuses reprises. Chez Flammarion, la difficulté à admettre la fin définitive de toutes choses se nourrit des « habitats spirituels » chers à Kardec. L’âme de l’homme, après la disparition de la matière, y survivra, entamant un nouveau processus d’évolution dans son paradis métapsychique.
Et puis, les optimistes. Chez eux on ne se contente pas d’observer. La terre condamnée se bouge à la recherche d’un nouveau soleil, laissant derrière elle un système solaire stérile, comme chez Carsac (la Terre en fuite) ou François Léonard (le Triomphe de l’homme). Parfois même, confronté à la mort inéluctable, l’espèce humaine tire sa révérence avec panache en un grandiose feu d’artifice, préférant la brièveté et l’intensité à une longue agonie obscure, comme en cette extraordinaire nouvelle « le Suicide du monde ».
La fin du monde par usure, par une consomption lente et ignominieuse, n’est ce pas la plus éclatante métaphore  de la mort du vieillard, terne et sans éclat ? Les fins du monde, même situées à l’extrême limite du temps, nous ramènent rapidement à notre conscience malheureuse, formant un socle conjectural solide d’où naissent régulièrement des œuvres qui se plaisent aux variations sur le néant, pris au vertige de leur propre anéantissement.




 
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