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Je brûle Paris

les oeuvres > MENACES IDEOLOGIQUES

Je brûle Paris par Bruno Jasienski, Flammarion éd. , 1929, 1 vol. broché,  284 pp., in-12 ème . couverture muette. roman d’expression française. notice bibliographique in " le Bulletin des Amateurs d’Anticipation Ancienne " N° 27, pâques 2002
1ère parution : 1929
la cité foudroyéemenaces idéologiques - épidémies


Bruno JASIENSKI

(1901-1938) Ecrivain polonais. Poète, journaliste. Promoteur du mouvement futuriste. Auteur de manifestes poétiques. Emigre à Paris où il écrit son roman (une réponse à paul Morand) Militant communiste. Retourne en Russie pour y poursuivre des activités littéraires. Interné au goulag et fusillé sur ordre de Staline.

Dans le monde ouvrier impitoyable de l’entre-deux guerres, Pierre se fait licencier sans espoir de retrouver du travail. Partageant la vie des sans-abris, il aperçoit les lumières de la ville comme un rêve perdu, et surtout Catherine, sa fiancée, sa promise, sortant d’un bouge, aux bras d’un gros richard. Fou de douleur, il en conçoit une haine terrible envers l’humanité qu’un ancien ami, venu juste à propos, lui permettra de réaliser. Prenant pitié de sa situation, Bernard, qui travaille à l’Institut, lui montre toutes sortes de  préparations biologiques mortifères dont le dosage minimum n’a d’égal que la capacité de nuisance :
" Ici, dans ce verre qui ne paie pas de mine, nous avons un jardin d’acclimatation unique en son genre : toutes les épidémies terrestres. Dans cette éprouvette, à gauche, la scarlatine ; dans celle-ci, le tétanos ; à côté la fièvre typhoïde ; dans la suivante, le choléra. Hein, c’est pas mal comme collection ? Tu vois là, à droite, ces deux éprouvettes à liquide blanchâtre et trouble ? C’est la préférée de notre assistant – la peste (…) Les bacilles sont forts comme des éléphants ; (…) Représente-toi ça, si on lâchait toute cette horde pour une petite promenade en ville ! Il n’en resterait pas lourd, hein, de notre Paris !
Profitant d’un moment d’inattention de Bernard, Pierre s’empare des tubes pestifères qu’il videra dans l’un des réservoirs d’eau potable de la ville de Paris :
" Alors Pierre retira de sa poche deux petites éprouvettes. Il les examina attentivement. Un liquide blanchâtre et trouble les remplissait. Pierre les secoua légèrement devant la lampe. Ensuite, les éprouvettes dans une main, il s’approcha de la grande pompe centrifuge actionnée par un moteur Diesel. (…) Alors, avec la grosse clef, il se mit à ouvrir le robinet de l’entonnoir de la pompe. (…) Les deux éprouvettes débouchées, il versa lentement leur contenu dans la gorge de l’entonnoir, qui haletait lourdement. "
Quelques heures plus tard, l’on emmène le premier pestiféré moribond à l’hôpital,  puis, la ville, prise de frénésie, constate une augmentation exponentielle du nombre de ses morts :
" Des  milliers de robinets, comme des veines ouvertes de Paris, coulait avec bruit l’eau glacée et limpide et la ville, sans force, pâlissait de chaleur et de faiblesse. La première ambulance fut aperçue à dix heures du soir sur la place de l’Hôtel-de-Ville. (…) Le jour se leva suffocant et blafard : les magasins restaient fermés. Sur la chaussée, comme dispersées par la panique, des chaises traînaient. Les lampions se balançaient dans les rues désertes, comme des bulles gazeuses sur un marécage stagnant. La plupart des journaux ne parurent pas. Radio-Paris annonçait qu’à midi on avait enregistré 160.000 cas mortels. "
En quelques jours, l’univers parisien se modifie profondément avec des services administratifs et policiers  totalement désorganisés.
Le moment est venu pour le jeune Chinois P’an Tsiang Koueï d’imposer une nouvelle loi. Ayant vécu une enfance misérable de coolie à Pékin, il a pu acquérir un niveau de connaissances qui lui a permis de connaître le sens du mot "exploitation. ". Devenu leader ouvrier reconnu dans son pays, la peste le surprend pendant qu’il étudie à Paris. Ayant déjà tissé ses réseaux et devant la faiblesse de la ville, il décrète que le Quartier latin deviendrait zone chinoise d’où serait exclue les Blancs sous peine de mort :
" le 30 juillet, Radio-Paris diffusa une nouvelle stupéfiante : dans la nuit du 29 au 30, les jaunes du Quartier Latin avaient fait un véritable coup d’Etat. Ils avaient chassé tous les blancs sur la rive droite et proclamé une république autonome des jaunes. (…) Le gouvernement provisoire déclarait, au nom de tous les jaunes, que sur le territoire de la nouvelle république, dans le but de lutter contre l‘épidémie des Européens, aucun blanc ne serait toléré et serait passé par les armes dès sa capture. (…)
Suivait un court appel aux jaunes, dans lequel le gouvernement leur confiait les bibliothèques et les musées, trésors inestimables de la culture européenne que l’on devait conserver intact pour les générations futures. Les proclamations étaient signées au nom du gouvernement provisoire par P’an Tsiang-koueï. "
Suivi aussitôt par le rabbin Eel-Zéar ben Tsui qui y voit l’opportunité pour lui et ses concitoyens juifs de se faire une place au soleil. Ainsi la zone de l’Hôtel de Ville devint zone juive dont l’entrée était sévèrement contrôlée. M. David Lingslay, le grand capitaliste américain en déplacement d’affaires s’était bêtement fait piéger au moment où la ville fut déclarée en quarantaine. Comme il lui était impossible de partir, il en profita pour rendre des visites régulières à sa maîtresse parisienne qui, au bout du compte, l’infectera, l’obligeant à réviser ses valeurs de vie.
L’occasion fut splendide pour les Russes exilés à Paris, en la personne de Solomine, un ancien chauffeur de taxi, de prendre le pouvoir sous le sobriquet de "Capitaine Solomine." Avec les siens, il tiendra une autre partie de la capitale, exigeant des royalistes de la rue de Grenelle qui ont décrété le royaume de France retrouvé, la remise de leurs prisonniers soviétiques aux Russes installés dans un édifice du Faubourg St Germain. Mais c’est autour des Buttes-Chaumont que la peste fit surgir les camarades prolétaires de la République de Belleville menée de main de maître par les camarades Laval et Lecoq :
" le 4 août, les ouvriers des quartiers de Belleville et de Ménilmontant, poussés par la nécessité impérieuse de s’emparer de la totalité des biens indispensables à leur vie, glissant entre leurs doigts, déclarèrent leur territoire république autonome soviétique. Les soldats passèrent de leur côté. En réponse, en signe de protestation, dans la même journée les camelots du roi avec l’aide de la population catholique du faubourg Saint-Germain prirent le pouvoir sur la rive gauche, des Invalides au Champ-de-Mars, en proclamant le rétablissement de la monarchie."
Quoique bien structurés, les prolétaires meurent de faim, enfermés dans leur quartier. Le camarade Lecoq suggère un audacieux coup de main pour s’emparer des stocks de farine situés en aval de la Seine. Avec deux péniches,  il s’approche, rompant la quarantaine, des moulins du village de Tansorel. L’aller fut un jeu d’enfants, le retour un cauchemar, sous les bombardements et les tirs russes.
Paris continuant de mourir, le destin de chacun fut bientôt écrit. T’san Tian, qui faisait fusiller à tour de bras les ennemis de la révolution chinoise fut contaminé intentionnellement par un étudiant dont la femme n’avait pas trouvé grâce aux yeux du tyran. Les Juifs, ayant eu vent de la présence de David Lindslay, établirent avec lui un compromis : ils l’emmèneraient  avec eux aux USA à condition qu’il établisse les contacts nécessaires leur permettant d’arriver à bon port. Il accepta mais, pris de remords et pour ne pas contaminer à son tour les Etats-Unis, il trahit les Juifs en donnant aux autorités américaines toutes les indications qui leur permirent d’envoyer le navire des immigrants par le fond.
Solomine  fut tué dans une rixe. La peste poursuivit son œuvre de désertification dans Paris, puis s’arrêta faute de combustible. Elle avait épargné les prisonniers, les malfrats, les bagnards au fond de leurs geôles. Rendus à la rue, ils constatèrent leur bonheur. Avec des mots simples, empreints de bon sens, ils décidèrent tous de garder Paris isolé du reste du monde et d’y fonder la première Commune Libre du Premier Gouvernement mondial. Ils prospérèrent, veillant scrupuleusement à maintenir le silence radio, se nourrissant avec simplicité des produits agricoles cultivés dans la ville même. Paris devint la parfaite société utopique et égalitaire rêvée par les philosophes du XIXème siècle :
" Là où auparavant s’étendait la nappe lisse de l’asphalte, de la Chambre des députés à la Madeleine, et des Champs-Elysées aux Tuileries, au souffle léger de la brise, se balançaient les épis d’un champ de blé. Des hommes aux larges épaules, hâlés, vêtus de blanc, moissonnaient. Des hommes et des femmes, aussi légèrement vêtus, glanaient et chargeaient des camions de gerbes d’or. A l’extrémité du champ des femmes allaitaient des enfants. (…) Là où auparavant s’étendait le Luxembourg, des carrés de choux-fleurs blanchissaient au soleil, et un jardin potager immense étalait ses quadrilatères. "
Le pot aux roses fut découvert par un avion étranger qui survola la capitale par hasard. Mais il était déjà trop tard. Le puissant appel révolutionnaire issu de Paris, courant de ville en ville, fit rapidement des émules en Europe où s’instaurèrent de nouvelles formes de gouvernement basés sur le respect de la personne humaine..
" Je brûle Paris " est une fable utopique dans laquelle un  temps de purification  précède nécessairement la mise en place d’une société nouvelle. Un style métaphorique, des destinées individuelles qui se fondent dans l’aventure collective, rendent ce roman encore lisible de nos jours. La preuve en est qu’il a été récemment réédité.


couverture du roman "Je brûle Paris"
couverture de la première édition du roman. Existe-t-il une jaquette?
 
 
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